Une journée à Rock en Seine pour une cure de jouvence

Quand le festival Rock en Seine a annoncé l’année dernière la venue de The Cure pour une date unique en France, on devait forcément prendre notre place car on savait déjà qu’on allait vivre un moment unique !
Vendredi 23 août il est 13h35, nous sommes à Jourdain dans le 20e arrondissement de Paris, autant dire à l’autre bout du monde pour nous rendre au Parc de Saint-Cloud. On ira en métro, lignes 11, 8 et 10… dans la besace le premier roman d’Anne Pauly « Avant que j’oublie » aux éditions Verdier, la rentrée littéraire commence à peine et ce texte marque déjà l’ambiance d’un automne mélancolique. 1h05 plus tard arrivée sur place, les portes sont déjà ouvertes… Direction le stand de merch pour acheter le t-shirt de Cure des festivals d’été 2019, on croise Christophe Crénel, on part charger son bracelet cashless, les festivaliers arrivent par grappes, on a jamais vu autant de t-shirts de Cure (excepté au concert du groupe à Londres à Hyde Park en juillet 2018) qui retracent quarante ans de carrière. On voit un stand Fourme d’Ambert, un autre pour la Mirabelle de Lorraine, on se ravitaille au bar avec une première bière fraîche, la pinte est à 7 euros. On s’installe devant la scène des 4 vents, dans un carré d’ombre, pour attendre Love Supreme. Le duo français ouvre les festivités à 15h20.

Joseph Morice, chanteur à la voix rauque et chaleureuse, accompagné de sa guitare électro-acoustique et Kenzo Roz, claviériste discret, montent sur scène. L’ambiance sera feutrée, les chansons enveloppent délicatement l’audience, peut-être un peu trop, il manque toute l’emphase des versions studios, on reste sur notre faim mais on vous recommande vivement l’écoute de leur premier EP contenant pas moins de huit chansons. Ils sont signés sur le label Animal 63 (The Blaze, Johan Papaconstantino…).

Love Supreme – Lonely Feelings

Un cornet de 8 churros plus tard et une nouvelle pinte, on attend sur cette nouvelle scène le projet solo d’Ana Benabdelkarim, Silly Boy Blue que l’on a croisé chez Pegase en duo. Elle déambule avec ses creepers noires et son t-shirt de The Cure, on repense à nos années ados et new-wave. Avec ses machines et sa guitare elle assure un set d’une palpable et douce mélancolie. La chanteuse, on pense à Fever Ray parfois, délivre ses chansons percutantes, teintées de cold wave, à un auditoire attentif et convaincu. Elle est heureuse d’être sur scène et surtout d’être ce jour à l’affiche avec l’un de ses groupes fétiches, The Cure. Une belle découverte attachante et on attend son premier album avec impatience, on peut écouter son premier EP But you Will paru l’année dernière.

Silly Boy Blue – Cecilia

On repart à la conquête du festival, on passe devant le stand de l’un de nos disquaires parisiens préférés, Les Balades Sonores, on se voit distribuer des bouchons d’oreilles, une boîte de bonbons à la menthe, on reprend une pinte, on écoute au loin les mélodies tièdes des belges Balthazar, on s’arrête au coin « restauration », on hésite entre le saumon et une pizza chez Pepeto Pizzas, ça sera finalement une regina qui prendra l’avantage… 9 euros. Au loin encore, on écoute les efficaces MNNQNS que l’on avait déjà vu à la Gaîté Lyrique, le groupe remplace King Princess qui a annulé sa venue pour cause de « maladie », c’est une bonne chose, les Rouennais sont hyper efficaces sur scène, ça permet de glisser sur Eels de belle manière.

Entre les deux, on se fraie un chemin dans la foule pour voir Jeanne Added, que l’on avait repéré lors d’un hommage à Bowie à la Cité de la musique. Un premier album plutôt convaincant et rock, et un deuxième album plus électro et fade. La prestation est en demi-teinte… C’est pas mauvais, loin de là, les chansons répétées spécialement avec l’ensemble Accentus sont même plutôt intéressantes mais pour le reste, on n’est pas du tout convaincus. On quitte la grande scène pour essayer d’écouter Eels, nous n’avions pas recroisé Mark Oliver Everett depuis un concert mémorable à Dublin en 2000, où il était vêtu d’un pyjama d’hôpital. Aujourd’hui, il est habillé normalement ! D’une oreille distraite, on entend les riffs d’un groupe qui nous berce depuis 1996, on fait aussi la queue pour se ravitailler auprès du food truck Krispy Korean Chicken, 11 balles la portion rikiki, il paraît que c’était bon mais un peu cher. On part faire la queue aux toilettes, chez les mecs y a des filles qui s’essaient au pisse-debout… Ça glousse, ça rigole mais en même temps, il n’y a pas assez de toilettes pour les filles à Rock en Seine… Au loin, encore, on entend et voit Johnny Marr chanter Bigmouth Strikes Again… mais bon, il manque quand même Morrissey au chant.

Tout ça pour dire que maintenant, il est temps de rejoindre la grande scène et essayer d’avancer le plus près de celle-ci pour voir Robert and Co. Notre ferveur s’arrête à environ 50 mètres. C’est déjà pas si mal et on est au milieu, le son devrait être bon. Il est 20h30, le show commence à 21h00. Discussion de fans, par quelle chanson va-t-il commencer ? On a suivi les setlists de la tournée, peu de possibilités. Va-t-on avoir le droit à un inédit comme il s’agit de leur dernière date de festival ? On voit Eden Gallup s’occuper de la basse de son père, il avait remplacé celui-ci pour une date au Japon, Simon devant rentrer urgemment en Angleterre… La chaleur et l’engouement se font de plus en plus présents, les fans crient, plus que quelques secondes…


Les notes de Plainsong résonnent, l’album Disintegration, dont on fête les 30 ans cette année, sera joué sept fois avec notamment les superbes Last Dance et Disintegration.


Robert Smith souriant, presque gêné de cet accueil de folie, plus de 35 000 personnes ce soir, The Cure joue à guichet fermé. Avec sa démarche lunaire, il arpente la scène et sourit au public. Reeves Gabrels (un temps guitariste de Bowie), Simon Gallup à la basse, son ombre, son confident sur scène depuis presque 40 ans, Jason Cooper toujours caché derrière sa batterie depuis 1995 et Roger O’Donnell aux claviers vont avec Robert Smith offrir au public un set flamboyant oscillant entre tubes pop incontournables et perles pour les puristes sorties d’un répertoire riche de plus de 250 chansons.

On retiendra bien évidemment la sublime Just One Kiss, face B du single Let’s Go To Bed ou bien encore l’abrasive Primary ou 39 dont les paroles font écho au drame qui se joue actuellement au Brésil et sa forêt amazonienne en feu, Burn quant-à elle vient de la bande son du film culte The Crow. Le public est plutôt attentif, le choix des chansons est impeccable mais perturbe probablement les festivaliers ne connaissant pas la discographie du groupe.

Avec In Between Days le public se réveille, va suivre l’hymne des Enfants du Rock, Just Like Heaven. Les lumières et les projections derrière le groupe sont magnifiques. Les notes d’A Forest et la couleur verte des projecteurs embrasent la fosse, le final à la basse est toujours aussi intense. La première partie du concert s’achève sur Disintegration avec les larmes d’un Robert Smith toujours sur le fil et empli d’émotion. Son chant n’a jamais été aussi parfait. Les lumières s’éteignent, le groupe quitte la scène… les cartouches n’ont pas encore été toutes utilisées.

Cinq minutes plus tard ou presque… Lullaby tisse sa toile, le public est en liesse, une communion parfaite, on est vendredi quoi de mieux que d’entendre la chanson pop parfaite Friday I’m in Love, sur Close to Me et Why Can’t I Be You, Robert Smith s’avance sur la scène seul et s’essaie à des pas de danse, il va voir les fans du premier rang tout en restant en hauteur, certains sont là depuis 14h30, il sourit, le groupe est enjoué, le bassiste traverse la scène inlassablement pour voir son comparse Reeves Gabrels à la guitare, pour se mettre devant la batterie et blaguer avec un Jason Cooper concentré ou bien s’amuser avec le claviériste.

Enfin, la dernière chanson jouée ce soir sera Boys Don’t Cry… De quoi laisser le public sur une note nostalgique parfaite avec une chanson pop écrite 40 ans plus tôt. The Cure quittent la scène, il est 23h15, un vendredi soir, Robert Smith s’arrête, reprend le plein d’énergie avec des applaudissements largement mérités. Il promet revenir nous voir bientôt…

On quitte la grande scène pour prendre une dernière bière, une pinte de bière corse à 9 euros (soupir), on attend que la foule quitte le site… On part vers la ligne 10 bondée et fermée (re-soupir!!), on se dirige vers la ligne 9… il sera pas loin de 2h20 lorsque nous rejoignons notre quartier dans le 20e arrondissement. C’était une bien belle journée, pour fêter les derniers jours de l’été.

Setlist
Plainsong, Pictures of You, High, A Night Like This, Just One Kiss, Lovesong, Last Dance, Burn, Fascination Street, Never Enough, Push, In Between Days, Just Like Heaven, From the Edge of the Deep Green Sea, Play For Today, A Forest, Primary, Shake Dog Shake, 39, Disintegration
Rappel : Lullaby, The Caterpillar, The Walk, Friday I’m in Love, Close to Me, Why Can’t I Be You?, Boys Don’t Cry

Extrait du coffret « 40 Live Curaetion 25 + Anniversary » à paraître le 18 octobre.

www.rockenseine.com

Crédit photos : Cédric Duchamp

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