Track by track : Frédéric Lo – Hallelujah!

Associé pour toujours à l’extraordinaire résurrection artistique de Daniel Darc (Crèvecoeur, 2004), Frédéric Lo est un travailleur de l’ombre qui sait s’effacer pour mettre ses multiples talents au service des autres. Producteur, arrangeur, réalisateur et compositeur courtisé, il s’est également distingué en collaborant avec Alex Beaupain sur la bande originale à succès des Chansons d’amour de Christophe Honoré, en 2011. Mais c’est un Frédéric Lo beaucoup moins connu, l’auteur-compositeur-interprète, auquel nous nous intéressons aujourd’hui. Dix-huit ans après Les Anges de Verre, le Parisien réactive en effet une carrière solo jusqu’ici confidentielle et revient dans l’actualité avec le remarquable Hallelujah!, qui accueille les participations de quelques-uns des noms les plus prestigieux de son carnet d’adresses (Stephan Eicher, Robert Wyatt, la très rare Elli Medeiros). Piste par piste, le garçon nous présente ce troisième album élégant et sensible, partagé entre ballades vespérales et tubes pop à l’anglaise.

La clairière
J’ai voulu ouvrir l’album sur cette chanson claire-obscure et secrète… Le couplet est en Si majeur et le refrain passe en Sol mineur : le mineur et le majeur se côtoient, ce qui donne un contraste d’ombre et de lumière, de mélancolie et d’énergie. J’aime en chanson ces paradoxes. Le texte, comme quatre autres sur Hallelujah!, est de mon ami Alex Beaupain. J’ai connu Alex pendant la création des Chansons d’amour, le film de Christophe Honoré. Il avait écrit les magnifiques chansons, je les avais arrangées et produites. Le succès du film et de sa bande originale ont scellé notre amitié.

Cet obscur objet du désir
J’ai écrit cette chanson dans une forme première lorsque j’avais vingt ans, dans mon groupe Eleonora. La voir sortir aujourd’hui me remplit de joie : elle m’accompagne depuis longtemps.

Le bruit qui court
À l’inverse de La Clairière, cette chanson commence en mineur, et passe subitement en majeur : le spleen se transforme en allégresse, l’introspection en une voix universelle.

© Nicolas Despis

Dire
Écrite pour la bande originale du film Juillet août de mon ami Diastème. C’est une chanson folk, avec dans la production une légère influence de Prefab Sprout, période Steve Mc Queen. Paddy McAlloon reste un de mes maîtres.

Come
C’est naturellement que j’ai proposé à Elli ce duo. Adolescent, j’adorais Elli & Jacno. Leurs chansons, leurs classes étaient irrésistibles. J’ai rencontré Elli en participant à un concert hommage à Jacno. Après le concert, Elli est venue me voir visiblement bouleversée, me disant que notre version de Main dans la main l’avait touchée.

Eno Song
Cette musique me fait penser à By the river de Brian Eno. Pendant la production d’Amours Suprêmes de Daniel Darc, l’album post-Crèvecoeur, nous avions travaillé avec Robert Wyatt. Pendant une pause, j’avais demandé à Robert ce que faisait Brian lorsqu’il travaillait ensemble. Robert m’avait répondu : « Parfois rien, mais le fait qu’il soit avec moi me fait me sentir mieux ». J’avais trouvé que cette réponse pouvait être une belle définition du métier de producteur. Robert est un maître. Sea song dans Rock bottom reste une de mes chansons favorites.

En temps et en heure
Au début, la production de ce titre était plus guitaristique, comme un titre de Your Arsenal, l’album de Morrissey produit par Mick Ronson. J’ai cherché ensuite à la rendre plus humble, plus minimale aussi.

Mary
Un bugle martial en introduction, en écho à Lazarus, la chanson testament de David Bowie. En l’espace de trois mois, j’avais perdu mon père, douze morts suite aux attentats dans ma rue, un ami au Bataclan puis David Bowie, figure emblématique de ma génération. Son départ me sonna, comme la perte d’un père spirituel, figure tutélaire indispensable.

Ami
Un picking de guitare folk à la Everybody’s talking, bande originale du final de Midnight Cowboy chanté par Harry Nilsson, des choeurs à la Coney Island Baby de Lou Reed : j’aime créer en citant les maîtres, un continuum d’une famille pop rêvée.

Égaré dans la nuit
Cette chanson fut écrite avec Daniel Darc, entre Crèvecoeur et Amours Suprêmes. Elle resta longtemps inédite. Je pense souvent à Daniel. Notre collaboration fut évidemment très importante, et me laisse un souvenir ineffaçable.

Sortez les clowns
En écho à Send in the clowns repris par Sinatra, une ballade crépusculaire termine l’album sur un très beau texte de Benjamin Biolay : « le ciel est si bleu à la place du mort ».


Frédéric Lo sera en concert au Café de la Danse à Paris le 27 juin. L’Anglais Bill Pritchard, auteur d’un nouvel album, Midland Lullabies (Tapete Records), assurera la première partie de cette date unique en France. Pritchard & Lo présenteront également à cette occasion, et en exclusivité, quelques titres de leur album Rendez-Vous Street à paraître courant 2019.

www.watermusicparis.com
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