The Stroppies – Whoosh

(Tough Love Records / Differ-Ant)

Parfois, la réussite d’un disque ne tient pas à grand chose. Après tout, The Stroppies auraient pu être un énième groupe océanien autoproclamé héritier du ″Dunedin sound″, sortant un énième album hérité du ″Dunedin sound″. Au mieux, on aurait loué l’initiative. ″Mention bien″, mais sans plus. Au pire, on aurait parcouru la chose en diagonale. Et c’est à peine si cette écoute distraite aurait suscité l’envie de se replonger dans la discographie du triptyque en ″The″ (The Bats, The Clean, The Chills) du label néo-zélandais Flying Nun Records.

Oui mais voilà : avec Whoosh, les prévisions se révèlent contraires. N’ayant que très peu de dollars australiens en poche, The Stroppies – point de chute d’une pépinière de groupes venant des quatre coins de Melbourne (The Twerps, Dick Diver, The Stevens, Boomgates, Blank Statements, White Walls…) – ont eu recours à la bonne vieille recette DIY. Il fallait aller vite, pendant le temps imparti. Et surtout, il fallait faire avec ce qu’on avait. À vrai dire, pas grand chose si l’on en croit Claudia Serfaty : « Douze prises grossièrement coupées ». Rien de plus. Dit comme ça, ça peut paraître un peu juste mais au final, on tient là tout ce qui fait ″le style et la substance″ (My Style My Substance) du premier album des Stroppies. Urgence, naïveté, insouciance, fraîcheur… Ne serait-ce pas ici l’essence même de la pop ? Toujours est-il que Whoosh regorge de petits fragments bricolés qui collent à la tête.

(DR)

C’est que derrière tout ça, il y a aussi un vrai savoir-faire. Espiègles, The Stroppies brouillent les pistes. S’ils peuvent virer post-punk mais pas trop non plus (l’excellent single Nothing At All, Better Than Before ou encore The Spy), il leur arrive aussi de s’emparer d’un clavier pour le moins vintage (fil conducteur de Cellophane Car, d’Entropy, ou encore de First Times Favourite) pour des passages résolument jangly pop. Ces Australiens ont aussi des références. Forcément. Pavement (Pen Name), les Kinks (First Time Favourites), les Go-Betweens, voire même Stereolab (My Style My Substance, où l’on croirait aussi entendre les Strokes de The End Has No End le temps d’une très courte intro). Mais en version lo-fi. C’est une constance chez eux.

L’autre atout majeur de The Stroppies ? La présence de Claudia Serfaty. Le chant – détaché, parfois désabusé – de la jeune fille brune aux yeux fatigués met tout le monde d’accord (Nothing At All, My Style, My Substance, Better Than Before). Ailleurs, elle partage le micro avec Gus Lord. Que ce soit en duo, ou par effets de juxtaposition. Sans la transfuge des Blank Statements, ces Australiens n’auraient certainement pas le même impact. Et ce premier album, titré par une simple onomatopée, ne ferait pas figure de ce qu’on aime parfois appeler un ″petit grand disque″ du genre.

 

Tracklist
1. Nothing At All
2. Present Tense
3. First Time Favourites
4. My Style My Substance
5. Pen Name
6. Cellophane Car
7. Better Than Before
8. The Spy
9. Entropy
10. Switched On

Discographie
Whoosh (2019)

The Stroppies

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