The Futureheads – Powers

(Nul Records)

Avec leurs confrères de Maxïmo Park, venus de la ville voisine de Newcastle, The Futureheads, originaires de la cité ouvrière de Sunderland, incarnèrent la réplique du nord-est de l’Angleterre au renouveau indie rock qui secoua le pays au début des années 2000. Cocktail inflammable à base de post-punk et de power-pop, le premier album du groupe trône parmi les plus précieuses reliques de cette période courte et intense où le Royaume-Uni eu la bonne idée de remettre les guitares au centre de ses préoccupations. Armé d’une tripotée de tubes (Decent Days and Nights, A To B ou l’inoubliable reprise du Hounds of Love de Kate Bush), le quatuor avait tout bon dès le début, conjuguant dans un même élan l’urgence des Buzzcocks, l’adresse mélodique des Jam et la créativité de XTC. 

A raison d’un album tous les deux ans, le groupe du Wearside allait ensuite maintenir son cap jusqu’à la sortie de Rant (2012). Ce disque totalement a cappella, drôle de pas de côté pour une formation réputée pour ses riffs puissants et ses hymnes rassembleurs, réunissait des versions chorales de différents titres de son propre répertoire ainsi que quelques reprises assez inattendues (Kelis, Richard Thompson, Black Eyed Peas). Mais Rant devait avant tout marquer une rupture dans la trajectoire sans accroc des Futureheads, le guitariste-chanteur Barry Hyde entamant alors un combat contre de graves troubles de l’humeur (qu’il documentera quelque temps plus tard dans un album solo intitulé Malody), laissant à ses camarades le soin de se consacrer à d’autres projets. 

« Can You Repair Lost Relationships ? », s’interroge Barry Hyde en ouverture de Powers, un sixième album qui scelle les retrouvailles du groupe au terme d’un break aussi long que nécessaire. Après sept ans d’absence, les Britanniques réapparaissent dans un paysage musical profondément remodelé, marqué par l’éclosion d’une nouvelle génération de groupes à guitares célébrant avec fougue l’esprit post-punk des origines (Idles, Fontaines DC…). S’ils font déjà figures de vétérans en comparaison de ces jeunes pousses enragées, The Futureheads n’ont rien perdu de leur force de frappe, le désordre politique actuel ayant visiblement décuplé leur envie d’en découdre (l’europhile Across the Border). 

En ouverture, Jekyll et ses guitares anguleuses renouent ainsi avec la dynamique implacable des débuts du groupe, alors que les voix en strates de Good Night Out et de Listen, Little Man! nous rappellent que rares sont ceux qui maîtrisent aussi bien l’art de la punk-pop polyphonique. Sans éluder les raisons de leur éclipse prolongée (Headcase, Animus et Electric Shock abordent les épreuves traversées par Barry Hyde) et sans omettre d’esquisser quelques plans pour l’avenir (la « dovesienne » Stranger in a New Town, l’hypnotique Mortals en conclusion), ce Powers adéquatement nommé constitue bien l’une des plus belles surprises de la rentrée. Tout compte fait, les Futureheads nous ont manqué.

Discographie
The Futureheads (2004)
News and Tributes (2006)
This Is Not the World (2008)
The Chaos (2010)
Rant (2012)
Powers (2019)

Site officiel

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