The Fiction Aisle – Jupiter , Florida

(Chord Orchard)

Songe d’une nuit d’été…

Ceux qui ont comme moi fréquenté les chansons de The Electric Soft Parade dans la première décennie des années 2000, s’accorderont pour dire que Thomas White a ce petit truc en plus qui lui permet de se démarquer du tout venant indie pop. Du temps d’ESP, c’était sa faculté à composer des morceaux à tiroirs, des mélodies chausse-trappe, à construire des lignes accrocheuses ponctuées de brisures électriques qui rendaient leur musique si particulière.

Particulière et attachante, la musique de Thomas White l’est tout autant depuis qu’il officie avec The Fiction Aisle, mais encore plus singulière et personnelle aussi. Après deux très beaux albums de pop orchestrale mâtinée de jazz cinématographique (il faut absolument (ré)écouter Heart Map Rubric et son lot de classiques, une des plus belles choses entendues en 2016), voici venu le temps de visiter Jupiter, Florida, troisième album de The Fiction Aisle. Toujours imprégné de la même couleur mélancolique (bleue, comme la note, comme la couleur d’une nuit d’été au clair de lune), The Fiction Aisle étend sa palette musicale et varie un peu plus les ambiances.

L’album s’ouvre avec Gone, today, qui d’entrée met la barre très haute, merveille de mélodie au romantisme exacerbé, à l’instrumentation savamment dosée (du cœur et des chœurs, des guitares électriques juste ce qu’il faut, une petite touche de rythmique synthétique), morceau accroche-cœur qui happe immédiatement l’auditeur pour ne plus le lâcher. Vient ensuite The End of the Affair, titre forcément mélancolique et sensible, les chants désespérés étant décidément les plus beaux. Ten Years marque quant à lui un retour vers un format pop plus classique et plus simple, là encore mélodiquement parfait, au final joliment cuivré. Black River, morceau de bravoure de sept minutes qui, s’il peut s’avérer un tantinet déroutant de prime abord par son côté répétitif et inquiétant, finit par fasciner et vous emporter, implacable.

Arrive le  bien nommé Sweetness & Light, baume mélodique mid tempo qui, par sa douceur et sa joliesse, saura  panser toutes les plaies. Memory, morceau au long cours,  fait la part belle aux synthés avec son refrain hédoniste et son electro aérienne qui nous invitent à quelques pas de danse. Things Never Die, morceau magnifique que Thomas White considère comme l’une de ses plus belles jamais écrites – et je suis assez d’accord avec lui – ne dépareillerait pas sur une bande originale composée par John Barry. On finira par se laisser plaisamment dériver le long des neuf minutes de Will I Get Where I’m Going Before I’m Ready, bercé par des volutes de guitares rêveuses.

Outre la mise en son impressionnante et son sens mélodique remarquable, il faut souligner la qualité du chant de Thomas, toujours juste, parfaitement adapté aux formats et aux ambiances, tantôt conteur pop, tantôt crooner magnifique. Voici un disque merveilleux qui permettra à l’auditeur chanceux de contempler, au beau milieu de l’hiver, la voûte céleste, une nuit d’été, si possible sur une plage de Floride…

 

Discographie :

Heart Map Rubric (2015)
Fuchsia Days (2016)
Jupiter, Florida (2018)

https://chordorchard.bandcamp.com/album/jupiter-florida

Crédit photo : DR