The Fernweh – S/T

(Skeleton Key Records)

« The Fernweh est la meilleure chose qui soit arrivée à Liverpool depuis Jürgen Klopp ». La formule, signée Sarah Cracknell (la voix des indispensables Saint Etienne), ne manquera pas de titiller la curiosité des amateurs de ballon rond. Le célèbre technicien allemand, qui fait chavirer les travées d’Anfield Road depuis son arrivée à la tête des « Reds », et le groupe britannique dont le premier album sort en cette fin d’année chez Skeleton Key Records (le label des musiciens de The Coral), ont il est vrai en commun la passion du beau jeu et le sens du collectif. La comparaison s’arrête pourtant là, ou presque. Loin de l’univers footballistique, c’est en effet sur un tout autre terrain, celui du folk-pop psychédélique, que The Fernweh enchaîne avec maestria des passes lumineuses, des débordements fulgurants et des dribbles assassins.

Naviguant entre les rues de Liverpool et les vallées du North Yorkshire, le quintet (dont certains des membres ont autrefois officié chez Candie Payne, Edgar Jones ou The Zutons) a consacré trois longues années à l’élaboration minutieuse de son premier essai. D’abord annoncé pour l’été puis sans cesse repoussé, comme un pied de nez à une industrie musicale qui ne sait pas attendre, le disque de The Fernweh s’était transformé au fil des mois en une rumeur intermittente, en un fantasme devenu inassouvissable.

Dès la première écoute de ces quatorze titres délicieusement anachroniques, fourmillant d’échos de Fairport Convention, de Syd Barrett, de Moody Blues ou de Pretty Things, notre attente se voit récompensée au centuple. En effet, il nous faudra sans doute remonter jusqu’aux plus belles heures de The Coral (leurs parrains et modèles) pour trouver la trace d’un groupe anglais aussi brillant, capable de condenser toutes ses nobles influences avec une si gracieuse sophistication et de faire rimer avec autant de génie l’originalité du propos et la flamboyance de l’interprétation (Is This Man Bothering You?, Next Time Around).

Jamie Backhouse (guitares), Ned Crowther (chant, guitare) et Oz Murphy (claviers, saxophone) – un trio d’origine auquel sont venus s’ajouter Maja Angevik (voix, flûte) et Phil Murphy (batterie) – s’autorisent pour leur baptême du feu discographique des audaces auxquelles la scène d’outre-Manche ne nous avait plus habitués depuis longtemps déjà, imposant avec force une glorieuse succession de folk songs diaprées (One Hundred Flowers Bloom, Little Monsters), de pièces instrumentales évocatrices (Timepiece, Winterlude) et de mélodies pop en colimaçon (Brightening In The West, New Brighton Sigh). Enfin, du psychédélisme qui infuse régulièrement ses œuvres, The Fernweh a su ne retenir que le meilleur : cette relecture moderne et inspirée réussit à mettre de côté le maniérisme et le décorum tarabiscoté, tout en conservant le goût de l’expérimentation et l’importance de l’imaginaire (The LiarDressing Up Box). Une révélation majeure.

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Crédit photo : DR

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