The Divine Comedy – Office Politics

(Divine Comedy Records)

 

Pour le chroniqueur amateur et fan inconditionnel que je suis, parler du nouvel album d’un de ses chanteurs-compositeurs-paroliers préférés est comme s’attaquer à la face nord de, disons…, l’Everest (oui, oui pas moins !). Terriblement attirant mais ô combien périlleux et intimidant. Dois-je vraiment y aller ? La peur de ne pas être à la hauteur… Et puis, flûte ! Au diable les tergiversations ! J’y vais !

La vie est un jeu codifié dont les règles parfois nous échappent. Néanmoins, certaines phases de notre existence tentent de s’y soustraire. L’amour, par exemple, est de celles-là. Un sentiment d’ailleurs dépeint de façon formidable et sous toutes les coutures par Neil Hannon depuis 25 ans. Sur les onze albums précédents, tour à tour dandy, amoureux transi, tombeur de ces dames ou encore Casanova, The Divine Comedy (groupe à géométrie variable) a ainsi toujours aimé endosser des costumes. Et cette fois-ci, c’est celui du dynamique cadre exécutif qu’il revêt pour son nouveau double album Office Politics.

(DR)

Ah, les relations dans le milieu du travail ! D’aucuns (essayistes et autres psychologues) ont étudié et publié sur ce sujet sans pour autant le rendre très glamour. Mais Neil Hannon, avec sa musique et ses paroles à l’humour ‘tongue-in-cheek’, réussit à nous en faire quelque chose de nettement plus attrayant.

Une musique sans doute moins Divine Comedy-esque que d’habitude. Bien sûr, “il y a des guitares, un orchestre, de l’accordéon et des chansons d’amour et de jalousie” comme il l’écrit dans le mémo à caractère informatif (très drôle au demeurant) qui a accompagné la sortie du disque. Des morceaux comme Queue Jumper, Norman and Norma ou encore Absolutely Obsolete avec son cliché “I would do the job and make the money and you’d spend it” accrochent immédiatement l’oreille.

Cependant, pour décrire un monde parfois robotique/robotisé où l’individu peut être manipulé par l’autorité, broyé par les machines, quoi de mieux que d’utiliser ces dernières à des fins musicales et récréatives ? C’est ce que Neil Hannon a fait en laissant parler le fan de Kraftwerk, de Philip Glass et de Steve Reich (ceux-ci étant les protagonistes de Philip And Steve’s Furniture Removal Company) qui est en lui sur une bonne partie des 16 titres qui composent ce double album. Car, en plus des instruments habituels, on retrouve des synthétiseurs et des bidouillages électroniques qui prouvent l’amour de l’Irlandais pour la synth-pop du début des années 80.

On pourrait alors craindre que le flamboyant dandy ne disparaisse et ne se perde, et nous avec, dans les nappes et le brouillard synthétiques. Les titres, plus sombres qu’à l’accoutumée comme Infernal Machines ou Dark Days Are Here Again, pourraient le laisser penser. Mais c’est sans compter sur l’humour distancié et tout britannique qui le caractérise. L’humain reste au centre de tout. Un humain autour duquel tourne le monde qui, comme ce disque pour lequel la prise de risque est évidente, n’est sans doute pas parfait. Mais on le sait bien, la perfection n’est pas de ce monde. Ce qui n’empêche pas des artistes comme The Divine Comedy de s’en approcher. Ce nouvel album en est une preuve.

Discographie 
Fanfare for the Comic Muse (1990)
Liberation (1993)
Promenade (1994)
Casanova (1996)
A Short Album About Love (1997)
Fin de Siècle (1998)
Regeneration (2001)
Absent Friends (2004)
Victory for the Comic Muse (2006)
Bang Goes the Knighthood (2010)
Foreverland (2016)
Office Politics (2019)

thedivinecomedy.com

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