The Decemberists – I’ll Be Your Girl

(Rough Trade Records / Capitol Records)

Formé en 2000 à Portland, le groupe actuellement composé de Colin Meloy (chanteur, paroles, guitare), Chris Funk (guitare), Jenny Conlee (accordéon, piano, percussions, chant, synthé), Nate Query (basse, guitare) et John Moen (batterie) a su créer et faire évoluer un univers unique. D’abord signé chez Hush Records, puis chez Kill Rock Stars / Jealous Butchers Records, c’est toujours sur la major Capitol Records (et chez Rough Trade pour l’Europe) que The Decemberists a sorti le 17 mars dernier son huitième album studio, le classique et innovant I’ll Be Your Girl.
Savoir prendre des risques, dans une carrière musicale aussi longue, est périlleux. Etre capable de se renouveler pour éviter de se répéter n’est jamais évident. Alors que le groupe ronronnait tranquillement depuis les inusables Picaresque (2005) et The Hazards of Love (2009), voire l’indigeste The King is Dead (2011), The Decemberists avait refait parler de lui en 2015 avec l’album de la renaissance, What a Terrible World, What a Beautiful World. Une renaissance certes, mais une renaissance balisée, avec des univers connus mais tellement accrocheurs que cet album fut l’un des meilleurs sortis cette année-là, dans sa catégorie. Avec ce nouvel opus, le groupe prend vraiment une nouvelle direction, au risque de décevoir les fans de la première heure comme les nouvelles recrues.

Début 2018, Meloy and Co annoncent la sortie de I’ll Be your Girl avec à la production un quadragénaire en vue, John Congleton, que l’on a croisé chez St Vincent, Explosions in the Sky, The Polyphonic Spree ou bien encore Swans ou The Walkmen, sans doute un bon background. Le défi est énorme : se renouveler sans tomber dans le cliché et avancer vers des sonorités nouvelles.

Sur la chanson d’intro, Once In My Life, tel un mantra, Colin Meloy répète pendant cinq minutes à qui veut l’entendre qu’il aimerait que quelque chose se déroule bien, au moins une fois dans sa vie. La mélodie se met en place tout doucement, jusqu’à l’arrivée de synthés et d’un son plus électro, pas vraiment usités par le groupe. On enchaîne avec Cutting Stone, guitare/voix dans la plus pure tradition des Decemberists, puis la ligne de basse ronde et chaude comme on l’aime et une boucle de synthé, une douce mélancolie plane du début jusqu’à la fin. Severed commence aussi sur des notes synthétiques. Au refrain, John Moen frappe ses fûts avec frénésie. Chanson catchy, riff de guitare qui s’envole. Sur le court Starwatcher (que l’on pourrait rapprocher de The Rake’s Song sur l’album The Hazards of Love), un harmonica surgit des limbes. Les envolées de Your Ghost ou Everything is Awful nous rappellent le lyrisme du groupe d’antan, qui connaît la recette pour écrire des chansons identifiables, que le public peut reprendre en cœur facilement. On l’a d’ailleurs constaté à Amsterdam, pour leur concert dans la salle mythique du Paradiso, le 15 novembre dernier. La salle, pleine comme un œuf, reprenant les hits comme O Valencia! ou bien Sons & Daughters ou The Crane Wife 3 pour terminer sur l’épique The Mariner’s Revenge Song et son cachalot géant se promenant au bout de ficelle dans la salle. Immense bonheur de voir un groupe qui ne passe malheureusement plus en France…

Mais revenons à l’album. Sur Sucker’s Prayer, le groupe nous emmène dans les années soixante-dix, pour une superbe ballade au refrain d’une profonde tristesse (« I wanna love somebody but I don’t know how, I’ve been so long lonely and it’s getting me down, I wanna throw my body in the river and drown » – « Je veux aimer quelqu’un mais je ne sais pas comment, J’ai été si longtemps seul et ça me déprime, Je veux jeter mon corps dans la rivière et me noyer »). Avec Rusalka, Rusalka / The Wild Rushes, The Decemberists écrivent probablement ici l’une de leurs plus belles et touchantes compositions, un peu plus de huit minutes entre douceur et violence, calme et tempête. On termine cet album par la chanson I’ll Be Your Girl, qui donne son titre au disque, une berceuse où voix masculine et féminine se croisent pour mieux se retrouver.
Un peu plus de huit mois que ce huitième album est disponible, et c’est toujours un plaisir d’y retourner. Maintenant, on a hâte d’écouter la suite…

The Decemberists - I'll be Your Girl - Fanfare

Il y a quelques jours, le groupe annonçait la sortie de Traveling On EP, point final à l’aventure mondiale de cet album et de la tournée YOUR GIRL/YOUR GHOST TOUR, qui regroupera cinq chansons n’ayant pas trouvé leur place sur l’album : Down On The Knuckle, I Will Not Say Your Name, Tripping Along (Full Band Version), Midlist Author et Traveling On. Un beau cadeau pour les fêtes de fin d’année.

The Decemberists - I'll be Your Girl - Fanfare

Discographie
Castaways and Cutouts (2002)
Her Majesty the Decemberists (2003)
Picaresque (2005)
The Crane Wife (2006)
The Hazards of Love (2009)
The King Is Dead (2011)
What a Terrible World, What a Beautiful World (2015)
I’ll Be Your Girl (2018)

http://www.decemberists.com
https://www.facebook.com/thedecemberists
https://www.youtube.com/user/TheDecemberists

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