The Dandy Warhols – Why You So Crazy

(Dine Alone Records)

Ouvrons le dossier ″Dandy Warhols″. Au-dessus de la pile, on retrouve trois albums : le Dandys Rule OK de 95, Le Dandy Warhols Come Down de 97, et le Thirteen Tales From Urban Bohemia qui les propulsera tout en haut à l’entame du deuxième millénaire. En l’espace de cinq ans ans, et en dérobant ici et là le meilleur de la Britpop et de la culture indé US, les Dandy Warhols venaient de commettre le hold up parfait. Ride, Be-In, Boys Better, Not If You Were The Last Junkie on Earth, Everyday Should Be a Holiday, Good Morning, Godless, Get Off… Courtney Taylor-Taylor, dandy en chef au visage sculpté dans la pierre florentine, délivre tube drogué sur tube drogué. Et les kids fantasment sur les ″topless″ scéniques de Zia McCabe.

Dès lors, sur l’herbe sèche des festivals, c’était à celle ou à celui qui s’affichait avec le t-shirt à la banane zippée, devenue l’emblème du groupe. Welcome To The Monkey House (2003) venait de sortir et les Dandy Warhols étaient partout. Dans nos programmes télé avec un We Used To Be Friends utilisé en guise de BO pour la série Veronica Mars, au moment de la coupure pub avec un Bohemian Like You (tiré de Thirteen Tales…) usé jusqu’à la corde par une marque de téléphonie mobile, et même dans nos jeux vidéo. À Londres, en 2002, un certain David Bowie les invitera sur scène pour reprendre le White Light des Velvet. Par la suite, il les emmènera avec lui pour assurer les premières parties de son Reality Tour en 2003.

Crédit photo : Mike Morgan.

S’ils étaient partout, les Dandy Warhols n’allaient pourtant pas tarder à se retrouver au beau milieu de nulle part. Pourquoi ? Tout simplement parce que derrière l’image ″cool″ et hédoniste qu’ils ont toujours bien voulu se donner, les Dandy Warhols n’ont jamais cédé à la facilité et ne se sont jamais contentés de courir après leur glorieux passé. Dès Welcome To The Monkey House, précurseur d’un revival 80’s qui ouvrira la voie à beaucoup d’autres au début des années 2000, les Dandy délaissent la guitare. Et quelques-uns commencent à décrocher malgré des chansons assez extraordinaires (The Last High, I Am Sound).

Un tout nouveau studio verra ensuite le jour à Portland. Son nom ? L’Odditorium. Il deviendra le camp de base attitré des Dandy Warhols dans lequel ils se retrancheront pour confectionner tous leurs albums suivants. Dans ce laboratoire (qui abrite aussi aujourd’hui un « wine bar »), Courtney Taylor-Taylor s’amuse à jouer au petit sorcier. Si les Dandys se mettent alors à expérimenter avec un son toujours reconnaissable entre mille, les disques – malgré quelques fulgurances (Love Is The New Feel Awful, Everyone Is Totally Insane, Welcome The The Third World, Well They’re Gone, STYGGO, Doves) – se révéleront plus psychés, moins homogènes et passeront quelque peu inaperçus. Les Dandy Warhols n’ont pas perdu leurs ambitions : les albums sont toujours de chouettes albums (surtout Distortland, 2016), mais la presse n’est plus là pour en parler. Et lorsque les Dandy Warhols figurent au sommaire, c’est toujours pour évoquer la relation « je t’aime moi non plus » entretenue avec les Brian Jonestown Massacre. Au passage : aujourd’hui Anton Newcombe « like » toutes les photos Instagram des Dandys. Et tandis qu’il fait même de la promo pour eux, Courtney Taylor-Taylor s’affiche en concert avec un tee-shirt sur lequel on peut lire ″Brian Jonestown Manager″. La paix a été signée.

Le temps passe mais les Dandy Warhols sont toujours là. Aux contours « hippie-goth », pour ce qui est de l’image qu’ils ne cultivent plus vraiment. Exit aussi les excès et les embrouilles : ″I’ve got to admit, I’m too old for this shit″, chantait Courtney Taylor-Taylor sur The Grow Up Song en 2016. Hier, ils ont entamé une tournée européenne – ″sold out″ – histoire de fêter leur 25 ans d’existence. Une tournée qui s’accompagne d’un tout nouvel album intitulé Why You So Crazy.

The Dandy Warhols - Why You So Crazy
Crédit photo : Mike Morgan.

Ce disque est à l’image de ce qu’ont toujours été les Dandy Warhols : fun, élégant , étrange et parfois angoissant. « Les gens sont en train de perdre la tête », s’inquiète Courtney Taylor-Taylor, « c’est la première fois que je ressens cela de manière aussi forte. Et cette folie n’est pas naturelle ». Le leader des Dandys en veut « à la politique, aux chaînes d’actu, aux séries » et à son « président ». Ce qui donne un côté ″dark″ à ce Why You So Crazy quasi-schizophrène. Avec des passages réjouissants et ultra-pop, tendance ″western – country – surf″ colorée au feutre fluo : Motor City Steel, Small Town Girls, la formidable berceuse pour cowboy en fin de carrière Sins Are Forgiven ou encore Highlife, où l’on retrouve pour la première fois Zia McCabe au chant. Et d’autres moments beaucoup plus sombres et synthétiques, où les guitares – si elles sont encore là – sont délibérément reléguées au deuxième, voire au troisième plan.

Sans clairement virer electro, Next Thing I Know se veut atmosphérique. Thee Elegant Bum et Terraform bénéficient d’une basse plus prononcée et dansante, mais sont aussi à ranger dans la partie « expérimentation » de cet album qui cache d’autres curiosités. C’est le cas de la ballade gothique suspendue à un piano qu’est Forever. Premier single et autre grande réussite (en forme de mise au point avec l’industrie du disque), aux côtés de l’inquiétante et tortueuse To The Church, clin d’œil à l’église dans laquelle veut entrer Bowie le temps de son Modern Love (Gets me to the church on time (church on time) / Terrifies me (church on time) / Makes me party (church on time)).

L’efficacité de Be Alright et sa progression de guitares déjà entendue sur You Are Killing Me (Distortland, 2016) peut être un bon point d’appui pour tenter d’apprivoiser le neuvième épisode de la saga Dandy Warhols. Car Why You So Crazy n’est pas un disque à effet immédiat. Riche, rempli de fausses pistes, il se conclut même par une sonate au piano de plus de six minutes. Comme si Courtney Taylor-Taylor décrétait le retour au calme avec cet espoir, un jour, de retrouver l’image que l’on a pu avoir de la « classe américaine ». Celle incarnée par Fred n Ginger (Fred Astair et Ginger Rogers), et aujourd’hui fantasmée par des Dandy Warhols toujours aussi fantasques et aventureux. Même après ce quart de siècle que personne n’aura vu passer…


Tracklisiting

1. Fred n Ginger
2. Terraform
3. Highlife
4. Be Alright
5. Thee Elegant Bum
6. Sins Are Forgiven
7. Next Thing I Know
8. Small Town Girls
9. To The Church
10. Motor City Steel
11. Forever
12. Ondine

Discographie
Dandys Rule Ok – 1995
… The Dandy Warhols Come Down – 1997
Thirteen Tales From Urban Bohemia – 2000
Welcome To The Monkey House – 2003
Odditorium Or Warlords Of Mars – 2005
Earth To The Dandy Warhols – 2008
This Machine – 2012
Distortland – 2016
Why You So Crazy – 2019

dandywarhols.com

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