Surface To Air Missive – Shelly’s Gone

Parfaitement « jangly » et magnifiquement folk, Shelly’s Gone a pourtant tout de l’album susceptible de passer complètement inaperçu.

Il arrive parfois que l’on s’attache à des petits disques de rien du tout. Ces disques un peu mal fagotés dont personne ne parle, qui passeront de toute façon complètement inaperçus, et dont certains se demandent tout simplement pourquoi ils existent. En soit, ce cinquième album de Surface To Air Missive n’est même pas un disque puisqu’il n’est sorti qu’en K7. Qui plus est un 1er janvier, pendant que l’univers tout entier avait l’esprit occupé par le basculement dans cette nouvelle année, dont on ne se doutait pas encore à quel point elle serait – disons – historique. Autrement dit, dans le genre je mets toutes les chances de mon côté pour qu’on parle de mon travail , le multi-instrumentiste Taylor Ross fait partie de nos grands experts. Forcément, on se doute de la démarche un peu indie forever de la chose : que l’on écoute ou non son album, le maître à penser de Surface To Air Missive s’en moque. Totalement.

Au départ, il n’y avait donc pratiquement aucune chance de se retrouver en compagnie de ce Shelly’s Gone. D’autant plus que si Surface To Air Missive avait déjà publié quatre albums entre 2013 et 2018, aucun d’eux n’était parvenu jusqu’à nous. Or, c’est au détour d’une visite express sur la plateforme Bandcamp – plus précisément dans la section best selling – que l’on est tombé sur ce petit disque de rien du tout (donc) qui, pour être tout à fait honnête, ne nous quitte plus depuis le mois de janvier dernier. Même si les chansons semblent avoir été enregistrées dans une salle de bain ; et même si sur son île, Robinson aurait sans doute dégoté un matériel moins rudimentaire, peu importe : il y a en a pour qui cette modestie pop à la voix fragile qui déraille, faite de tout et de rien, entrera par la grande porte dans un petit panthéon personnel et secret.

Ne serait-ce que pour cette face B littéralement dévastatrice. Bien qu’on les aime beaucoup, les Rolling Blackouts Coastal Fever – c’est un exemple – ne parviendront sans doute jamais à atteindre un tel niveau de sensibilité surf que sur un titre comme Curse. Cette chanson c’est l’amour (et ses douleurs) à la plage. Définitivement. Juste avant cela, tandis qu’un condor passe (Swan’s Somme), c’est comme si on assistait à la réincarnation d’un Elliott Smith revenu de son Basement On The Hill et toujours enclin à regarder ce qui se passe du côté des Beatles (Victoria Station). Magnifique de justesse et de simplicité, cette percée folk et psyché – placée au cœur et en toute fin d’une collection assez exemplaire de mignonneries jangly mal enregistrées mais extrêmement travaillées (Easy Way, Making Do, Memo, Still, Trouble Is) – finit par tout emporter sur son passage. Elle contribue notamment à faire de Shelly’s Gone un disque à part. Et malicieux, car regorgeant de bonnes idées  : une flûte par ici, un piano et un synthé plaintif par là, ce coup de génie dans les accords un peu plus loin (Curse, encore).

Quelque part, ce disque est également un casse-tête. Car après tout, il ne possède en soit rien d’extraordinaire. Shelly est partie (…) Allez les gars, on en fait un disque avec nos guitares. Des comme ça, on ne les compte plus. Oui mais voilà, certains albums vivent parfois à travers ce petit quelque chose d’indicible. À travers ce charme familier et différent à la fois. Shelly’s Gone fait partie de ceux-là. Même pour nous, c’est la surprise. Belle et inattendue.

 

 

 

Bandcamp
Instagram

Discographie :
Surface to Air Missive (2013)
Third Missive (2015)
A V (2016)
Surface II Air Missive (2018)
Shelly’s Gone (2020)

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