Studio Electrophonique – Buxton Palace Hotel

(Violette Records)

Est-il acceptable à notre époque de rendre une chronique musicale avec plus d’un mois de retard ? Certes non car désormais le temps presse, tout va désormais plus vite, tout va désormais trop vite. Cependant, par-delà les excuses bien légitimes que j’adresse à l’équipe de Fanfare qui accepte avec toute la gentillesse caractérisant ses membres d’héberger mes quelques écrits en forme de (gros) coups de cœur, je me sens tout à fait capable de légitimer ce manquement à mes obligations. Ce retard est en très grande partie imputable à une œuvre avec laquelle je me suis de prime abord innocemment et gentiment acoquiné jusqu’à ce que les liens m’unissant à elle tournent littéralement à l’obsession. Car accepter de pénétrer dans les entrailles de Buxton Palace Hotel revient à renoncer à toute vision simpliste de l’analyse critique, le principal questionnement à son écoute n’étant plus de se demander si nous sommes en présence d’un bon ou d’un mauvais disque mais bien d’une œuvre majeure ou indispensable. Avouez que, ces dernières années, les occasions de se poser ce genre d’interrogation ont été plutôt rares et qu’il y a matière à perturber au plus haut point n’importe quel véritable amoureux du quatrième art considérant tout comme ce bon vieux Friedrich que sans la musique la vie serait une erreur.

Mais reprenons les choses à leur origine. L’été à peine entamé, j’étais destinataire d’un courriel de la part d’un ami dont je sais pertinemment que les écrits méritent toujours la plus vive attention. Quelques mots au sujet d’un nouveau projet musical à l’appellation pour le moins énigmatique, Studio Electrophonique, derrière lequel se cachait James Leesley déjà croisé au sein des plus que recommandables High Hazels, formation originaire de Sheffield. Un bon début, me direz-vous. L’annonce de la sortie d’un moyen format (nous reviendrons plus tard sur ce concept) chez Violette Records, label à la portée historique et émotionnelle nous renvoyant à un passé et un présent d’une incommensurable richesse puisque hébergeant Michael Head depuis ses pérégrinations musicales sous le nom de Michael Head & The Red Elastic Band, finit de me convaincre avant même toute écoute qu’une attention toute particulière allait devoir être portée au lien musical accompagnant cette information électro(pho)nique. Parlons-en du lien : un morceau au titre évocateur, Jayne, qui fit immédiatement chez moi écho à une autre Jeane, somptueuse B-side d’un petit groupe mancunien à jamais dans mon Panthéon musical. Mais quel ne fut pas mon émerveillement dès la première écoute de ce bijou hautement « Velvetien » (et forcément Underground) ravivant progressivement chez moi des émotions à fleur de peau liées au sentiment de vivre la genèse d’une rencontre musicale déterminante. De fait, la première depuis la découverte de The Cavalcade il y a près de dix ans au travers de leur EP Meet You In The Rain.

 

Studio Electrophonique
Photo : Ryan Lee Turton

Perdu entre félicité procurée par la découverte de cette perle rare et immense frustration de ne pouvoir en entendre plus, la seule issue semblait être malgré moi de m’en remettre au 20 septembre, date annoncée de la sortie d’un moyen format astucieusement nommé ELP, invention d’un tout nouveau concept de disque trouvant sa place entre le EP et le LP et ayant pour but de remettre à l’honneur le noble format 10’’ depuis trop longtemps délaissé. Mais c’était encore une fois sans compter sur la générosité de mon bienfaiteur qui, dans un délai bien plus court qu’il ne m’a fallu de temps pour rédiger cette chronique, me fit parvenir ce précieux don du Ciel dans son intégralité.

Car Buxton Palace Hotel s’inscrit dans cette lignée des disques rares, ceux-là mêmes générant l’envie de les partager avec nos plus proches amis tout en ayant le regret de ne pouvoir les garder pour nous seuls, ces œuvres riches s’appuyant sereinement sur le passé pour magnifier le présent. Revenons tout d’abord sur cette Jayne, délicate et intimiste, amie idéale auprès de laquelle il est si agréable de trouver réconfort. Emerveillons-nous devant l’implacable simplicité mélodique au sens le plus noble du terme du morceau Buxton Palace Hotel. Évoquons les fantômes de Bert Jansch et Nick Drake au travers de Ill With You, folk-song épurée dévoilant cependant écoute après écoute des richesses insoupçonnées.  Comprenons à l’écoute de I Don’t Think I Iove You Anymore l’adoubement de ce gamin par le roi Richard (Hawley) tant ce morceau condense en moins de trois minutes tout le charme et la finesse du crooner originaire de…Sheffield, tiens, tiens. Ressentons la justesse mélodique et la douceur de You Had Me Hanging On  porté par un chant des plus cristallins. Enfin, laissons-nous entraîner par Film Night, émouvante et entêtante ritournelle faussement maladroite envoyant valser le préjugé selon lequel pour rendre acceptable la musique à trois temps, la présence d’un quatuor à cordes est un indispensable minimum.

Six morceaux, pas un de plus. En six morceaux, James Leesley signe une œuvre indispensable qui, à l’image de son créateur, semble être perdue dans les méandres du temps. Il appartient alors à l’auditeur de (re)trouver le temps nécessaire afin (au minimum) d’apprécier à sa juste valeur cette merveille de sensibilité et de justesse. Figures de style pompeuses et autre emphase ne sont pas nécessaires pour décrire Buxton Palace Hotel ;  à son écoute tout semble si simple et évident. Le plus bel hommage que vous pourrez porter à ce premier essai de Studio Electrophonique est assurément de lui accorder de l’attention et du temps, beaucoup de temps tout comme je me plais à le faire…même si, je ne le sais que trop bien, il n’est pas acceptable à notre époque de rendre une chronique musicale avec plus d’un mois de retard.

Tracklisting
1. Jayne
2. You Had Me Hanging On
3. Ill With You
4. I Don’t Think I Love You Anymore
5. Buxton Palace Hotel
6. Film Night

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