S. Carey – Hundred Acres

(Jagjaguwar)

Tristesse du temps qui passe, certes, mais tristesse qui fait du bien.

Hundred Acres. On pourrait penser, d’après le titre du troisième album de Sean Carey, que la musique est bornée, limitée. Que l’on va rester en territoire connu. En effet, on retrouve autour de lui des musiciens qui officient habituellement avec Sufjan Stevens ou encore Bon Iver. Et pourtant, Hundred Acres est un disque qui ouvre des horizons intérieurs immenses.

Oui, la musique de S. Carey est mélancolique. Trop souvent, la mélancolie est associée au spleen baudelairien, à la noirceur, parfois à la douleur. Or, ici il n’en est rien. La musique de S. Carey est synonyme de légèreté, de douceur. Les titres s’enchaînent et invitent à la contemplation des étoiles une nuit d’été, à l’introspection. Chaque morceau serait ainsi un peu comme une photo Polaroïd dont les couleurs auraient perdu de leur intensité, fané comme les pétales de roses qui donnent leur nom au premier titre de l’album, mais dont la vision ravive des souvenirs heureux. Tristesse du temps qui passe, certes, mais tristesse qui fait du bien. Une mélancolie heureuse.

La musique de S. Carey est gracieuse. Habituellement, un batteur disparaît derrière ses fûts, appliqué qu’il est à maintenir la pulsation, le rythme. Ici, les fûts disparaissent, s’absentent derrière le chanteur et les nappes sonores qui donnent parfois à cet album une couleur aérienne presque éthérée, mais dont l’intensité est pourtant bien palpable. Le pouls qui bat est celui d’un monde calme et apaisé. Serein.

Discographie

All We Grow (2010)
Range of Light (2014)
Hundred Acres (2018)

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