Rose Elinor Dougall – A New Illusion

(Vermilion Records)

Lorsque nous avions rencontré Rose Elinor Dougall il y a une quinzaine d’années, la jeune femme faisait partie de The Pipettes. Girl group spectorien né de l’imagination du musicien britannique Robert « Monster Bobby » Barry, le trio connut un petit succès d’estime en raison notamment de ses jolies robes à pois, mais aussi et surtout grâce à un premier album affriolant (We Are The Pipettes, 2005), dont l’écoute fait aujourd’hui encore son petit effet. Il serait pourtant injuste de réduire la musicienne britannique à son statut d’ex-Pipette. Depuis son départ du groupe en 2008, Rose Elinor Dougall a en effet multiplié les collaborations (Mark Ronson, Baxter Dury) et sa carrière solo a clairement fait la démonstration d’un talent et d’une singularité qui culminent aujourd’hui avec son troisième album, A New Illusion.

Comme un trait d’union avec Stellular (2017), un deuxième essai plutôt orienté vers l’electro-pop, Echoes ouvre le bal sur une ligne de basse ascétique. La rythmique s’empare peu à peu du morceau, puis les claviers déposent en surface leurs nappes rétro-futuristes. That’s Where The Trouble Started, qui lui succède, commence à infléchir la cadence et dévoile la teneur de ce disque plus contemplatif et plus organique. Une simplicité de la démarche qui se rapproche finalement de l’esprit folk : « Je voulais juste m’asseoir au piano et jouer, je voulais revenir à quelque chose d’essentiel », explique Dougall. « Je me suis sentie guidée par un sentiment d’inquiétude. Il y a quelque chose de réconfortant et de solide dans cette relation instinctive avec la musique, avec le fait de jouer et de chanter ».

Rose Elinor Dougall - A New Illusion
DR

Wordlessly, Something Real ou Christina In Red et son outro fabuleuse mettent au jour un songwriting de plus en plus accompli, ne lésinant pas sur l’émotion tout en évitant l’écueil de la grandiloquence (Too Much of Not Enough). Délestées de tout superflu, les machines de Stellular ayant ici cédé leur place au piano, aux guitares ou encore au saxophone, les compositions de Dougall conservent tout leur mystère (Take What You Can Get, qui flirte avec la pop cosmique de Jane Weaver) mais elles s’épanouissent dorénavant dans un environnement plus apaisé (Simple Things). « Je me suis rapprochée de mon habitat sonore naturel », confesse la trentenaire, qui a elle-même pris en main la production de l’album en compagnie de Matthew Twaites (Mystery Jets, Esben and the Witch).

La Londonienne ne manque pas de savoir-faire, mais elle sait aussi choisir ses fréquentations. Son petit frère Tom (chanteur-guitariste du groupe TOY) est bien entendu présent sur A New Illusion. Euan Hinshelwood et Joe Chilton des excellents Younghusband ont également participé à l’enregistrement, tout comme Thomas White (The Electric Soft Parade) ou l’ancien frontman des oubliés Rialto, Louis Eliot. C’est d’ailleurs avec ce dernier que la chanteuse a récemment redonné vie à un ancien projet, répondant au doux nom de Moules Frites. L’élégant single I Should Care, hommage feutré à deux géants (Julie London et Barney Kessel), est sorti en catimini à l’occasion du dernier Record Store Day et le duo aurait un album dans les tuyaux. Rose Elinor n’a donc pas fini de nous surprendre.

Discographie
Without Why (2010)
Stellular (2017)
A New Illusion (2019)

roseelinordougall.tmstor.es

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