Robert Forster – Inferno

(Tapete Records)

Écouter un nouvel album de Robert Forster, c’est comme retrouver un ami que nous n’aurions pas vu depuis quatre ans : on sait à l’avance que la rencontre sera cordiale, que l’échange sera riche, on y va les yeux fermés. Toutes les heures passées avec lui sont immanquablement inoubliables et chaque sortie nous remplit d’une joie profonde. On sait aussi qu’il sera difficile de la quitter sans avoir la larme à l’oeil. Forster fait ainsi partie des rares artistes dont on peut affirmer qu’ils n’ont jamais déçu. L’œuvre qu’il édifie, enregistrement après enregistrement, restera gravée, la vie durant, dans une sorte de mémoire collective qui fait de lui l’un des meilleurs songwriters du circuit rock.

© Stephen Booth

Cette proximité qu’il sait installer avec son auditeur tire son origine d’une carrière exemplaire qui dessine une pop somptueuse, agrémentée d’une écriture travaillée tout en restant simple et touchante. Inferno ne dément pas, une fois de plus, l’équation savante qu’il met en place pour nous offrir le meilleur de lui-même. Sa voix de crooner si caractéristique qu’il s’évertue à placer sur des mélodies grandioses, les arrangements discrets mais d’une efficacité redoutable, tout fonctionne à merveille, sans qu’il soit permis de lui reprocher le moindre écart vers la facilité.

C’est sous la houlette de Victor Van Vugt, déjà rencontré lors de sa première sortie solo, que Forster a enregistré à Berlin lors de l’été 2018 et force est de constater que la collaboration de ces deux-là s’est avérée fructueuse. Les cœurs féminins, marotte de Robert Forster (souvenez-vous de Bird sur I Had a New York Girlfriend, l’une des meilleures reprises du monde), arrivent toujours à point nommé, les guitares soyeuses sont magnifiquement jouées, gommées d’effets inutiles, pour toucher du doigt le Graal de l’accord parfait. Le violon, très présent dans l’oeuvre de l’intéressé, se superpose avec constance sur les envolées harmoniques, à quoi s’ajoute un piano délicieux. La mélancolie des textes, très littéraire, empreinte d’une poésie que l’auteur maîtrise avec la plus grande dextérité. On se prend à rêver que Inferno (Brisbane in Summer), véritable tube en puissance qui donne son titre à l’album, soit enfin reconnu par un plus large public qui reste sourd à l’œuvre bâtie par l’Australien.

Il faudra ainsi bien admettre que Forster est à son apogée et vient de livrer l’une de ses meilleures productions. On quitte avec regret ce grand échalas en le serrant dans nos bras, infiniment reconnaissant de la dette dont nous lui sommes redevables, lui qui a régulièrement inondé notre discothèque de morceaux hors d’atteinte et touchés par la grâce. Le grand disque d’un grand bonhomme. Indispensable.

Discographie
Danger In The Past (1990)
Calling From A Country Phone (1993)
I Had A New York Girlfriend (1994)
Warm Nights (1996)
The Evangelist (2008)
Songs To Play (2015)
Inferno (2019)

Site officiel

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