Ride – This Is Not a Safe Place

Wichita / PIAS

″It’s funny people hate you to change, they want you just to repeat and stay the same″ (Repetition). Le drame lorsque l’on est un groupe sur le retour – qui plus est après deux décennies d’absence – est d’être constamment confronté à ce que l’on faisait auparavant. Dans le cas précis de Ride, tout ce qui sortira du studio sera de forcément comparé à Nowhere et Going Blank Again, les deux albums fondateurs du ″Wall of Sound shoegaze″ du groupe d’Oxford. Dès lors, il y a deux options : soit on tente de refaire la même chose (en moins réussi) et puis on se retrouve taxé d’immobilisme, soit on change tout, ou presque. A ses risques et périls. Pour This Is Not a Safe Place, Ride a choisi la seconde option. L’idée ? S’extirper un tant soit peu de sa zone de confort. En cet été 2019, Ride se moque un peu de tout, n’a plus grand chose à prouver et regarde au loin. La main est tendue vers un horizon lointain, et quelque peu incertain. A l’image de notre époque.

Il y a deux ans, Weather Diaries avait surtout conquis les non-initiés. Ceux qui étaient encore trop jeunes au début des années 90 pour avoir quelque chose à laisser derrière eux. En revanche, les fans de la première heure – en tout cas une majeure partie d’entre eux – ont semble-t-il fait la moue. La faute, peut-être, à une électronique mal dosée sur certains passages. Dommage, parce que Weather Diaries ne manquait pas de charme et proposait ici et là quelques fulgurances (Lannoy Point, Weather Diaries, Lateral Alice, la formidable et inépuisable Cali). Ce retour, considéré comme étant en demi-teinte, aura tout de même permis à Ride d’effectuer une longue et belle tournée ; on se souvient notamment de sa prestation à Hyde Park il y a un an, aux côté des Cure et d’Interpol. Weather Diaries aura aussi contribué à sceller durablement les retrouvailles entre Andy Bell et Mark Gardener, qui ont donc immédiatement décidé d’embrayer sur la suite. Et de rapidement donner un réel lendemain à la résurrection de Ride.

Ride - RepetitionLa pochette, l’intitulé de l’album, la forme et le contenu du premier single (Repetition)… Les indices étaient là, et suffisamment équivoques pour comprendre que Ride voulait proposer autre chose à travers This Is Not a Safe Place. Comme pour Weather Diaries, on retrouve le DJ londonien Erol Alkan. C’est d’ailleurs lui qui donne le tempo : ″Riiiiiiiide″, souffle une voix féminine pour casser la boucle electro rock qui ouvre les hostilités (R.I.D.E). Ça cogne, ça sature, et puis ça plane, histoire de rappeler que l’on se trouve bien chez Ride. Et non pas chez Depeche Mode, ou encore chez les Pet Shop Boys comme pourrait le laisser croire Repetition. Parce que là aussi, la montée est puissante. D’abord déconcertante, mais réellement convaincante au fil des écoutes. Du Ride, comme on l’a jamais entendu auparavant. Cette fois, l’électronique se montre bien plus adroite. Et ici, tout est fait pour élever le volume.

C’est d’ailleurs comme cela – le son poussé au maximum – que se livre véritablement This Is Not a Safe Place. Kill Switch se révèle être une impressionnante déflagration « white noise », au même titre de 15 Minutes, tandis que Jump Jet sera la bombe (discoïde) à retardement de la prochaine tournée. Et parce qu’il faut parfois aussi reprendre son souffle, on appréciera le très Wild Nothing Future Love (Andy Bell y chante comme s’il avait toujours eu 20 ans) ou encore la respiration Dream Pop Clouds Of Saint Marie. Pour autant, tout ce qui a fait l’essence de Ride n’a pas totalement disparu. Le groupe d’Oxford se payant le luxe de nous offrir l’une de ses plus belles contemplations (In This Room). Cet espace-temps s’écoule sur plus de huit minutes et vient conclure un album bien plus homogène que Weather Diaries. Sans contestation possible le meilleur depuis la reformation de Ride, et peut-être bien plus encore si – encore une fois – on décide de ne pas tenir compte de Nowhere et de Going Blank Again.

Liste des titres
R.I.D.E.
Future Love
Repetition
Clouds Of Saint Marie
Eternal Recurrence
15 Minutes
Jump Jet
Dial Up
End Game
Shadows behind The Sun
In This Room

Discographie
Nowhere (1990)
Going Blank Again (1992)
Carnival of Light (1994)
Tarantula (1996)
Weather Diaries (2017)
This is Not a Safe Place (2019)

Site officiel
www.thebandride.com

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