Richard Hawley, le dandy à la guitare

The Killing Moon d’Echo & The Bunnymen et I’m Waiting For The Man du Velvet Underground sont parmi les titres fétiches de Richard Hawley. Deux textes qui définissent à la perfection les thèmes si chers au songwriter.

Ce n’est un secret pour personne, Liverpool puis Manchester furent deux cités bénies des dieux en terme de création artistique. Il semblerait pourtant qu’Apollon ait poursuivi son périple jusqu’à Sheffield, la ville aux mille forêts. L’histoire ne dit pas quel luthier reçut ses faveurs, mais quoi qu’il en soit, il répandit sur cette ville le sens du rythme. Et c’est justement en ce lieu que naquit Richard Hawley. Enfant, Richard baigne dans une atmosphère propice à la création. Son père chante les grands classiques du rock américain, tandis que sa mère et sa tante se produisent dans les pubs de quartier. D’ailleurs, il composera en 2017 la bande son du film Funny Cow, retraçant l’épopée d’une femme tentant de percer dans le milieu du stand-up dans l’Angleterre des années 70-80. À l’âge de 9 ans, il « écrit dans sa tête ». Les mots se bousculent déjà et l’apprentissage de la guitare ne sera qu’une suite logique à cette prédestinée.

Vers la fin des années 1980, il officie au sein du groupe Treebound Story aux côtés de Paul Currie, Rob Gregory et Paul Infanti. Les vases communiquant agissant toujours et encore dans mon cerveau bouillonnant, je ne peux m’empêcher de penser aux différents signataires du label Sarah Records œuvrant à la même époque pour des groupes tels que The Field Mice, St Christopher ou encore Blueboy, notamment en écoutant Forever Green ou Swimming In The Heart Of Jane. La rythmique sans doute, et cette voix presque chétive qui inonde cette classe très fermée de la pop mélodieuse de l’époque. À noter, la signature unique de Richard Hawley qui œuvre déjà à travers cette guitare à la fois claire et lointaine. S’ensuivront quelques années au sein de Longpigs aux côtés de Crispin Hunt, Simon Stafford, Dee Boyle et Andy Cook. Le ton est bien plus prononcé, la guitare plus rude. Lost Myself et son penchant très Pixies, Sweetness avec ce petit je ne sais quoi des Californiens de Pavement. Un cap est franchi. Une soif certaine à étancher, un oasis à atteindre de toute urgence. Enfin, avant le grand saut, il y aura l’ère Pulp dont il gardera cet humour so british et si décalé notamment présent dans le clip de Serious (à visionner absolument). Mais la chrysalide s’impatiente et son fidèle ami Jarvis Cocker l’encourage à prendre son envol. Ce qu’il fera dès 2001 avec son album éponyme.

Richard Hawley - Fanfare
© Joby Sessions/Future

La chevelure hirsute a laissé place au rétro et à la mythique banane des fifties-sixties, gominée à souhait. Mr Hawley se tourne vers une époque révolue où il faisait bon vivre. Une époque où l’empressement et la surenchère ne s’étaient pas encore emparés de notre quotidien. Alors face à cette vague déferlante, il invite à ne pas s’éteindre au premier obstacle, et à contourner ou à détourner ce dernier (Baby, You’re My Light). Bien sûr, ce n’est pas sans difficulté, et parfois la lutte est vaine (Precious Sight, The Only Road, You Don’t Miss Your Water, No Way Home). A en croire ses textes, Richard Hawley y a lui-même laissé un nombre incalculable de semelles. Le sentiment amoureux reste donc le thème de prédilection du songwriter. Il évoque l’évidence, le langage du regard. Comme Marcel Mouloudji en son temps qui chantait « l’amour c’est quand je t’aime, l’amour c’est quand tu m’aimes, sans me le dire, sans te le dire ». Mais parfois, cet incontrôlable quitte définitivement le navire, laissant l’autre dans à sa peine (Darlin’). Commence alors une longue errance à travers les grands espaces et sous couvert du ciel étoilé (The Only Road, Tonight, Dark Road). Les éléments se lient et se délient. Pluie et tempêtes accompagnent ou se déchaînent. Le tout guidé par un spleen musical presque réconfortant. Le paradoxe de l’amour, sans doute.

De cette discographie affine émerge en 2012 l’album Standing At The Sky’s Edge, aux sonorités plus imposantes, frôlant parfois la saturation, comme un écho qui chercherait à s’imposer. Une fois de plus, je ne peux m’empêcher de partir à mon tour dans une errance intérieure me menant jusqu’aux portes des Jesus And Mary Chain et pourquoi pas jusqu’à celle de Johnny Marr. Mais Richard Hawley se veut aussi le messager de nos espérances. Ainsi, il nous invite à profiter du plus infime des moments en compagnie de l’être cher dans son superbe Tonight The Streets Are Ours à la mélodie à la fois délicatement satinée et enivrante. Le verbe fin et subtil de Richard Hawley n’a rien à envier aux plus grands : « You’re precious to me like Owen’s poetry (…) You’re precious to me like Blake’s poetry » (Heart of Oak), « I burn in the flames, flames of your eyes » (Love of  My Life), « I water flowers in the rain, I dance beneath your silver flames, I’m crippled by the sound of love » (The Only Road). Enfin, Richard Hawley, c’est également une carrière jalonnée de collaborations aussi riches que prestigieuses : Paul Weller, Arctic Monkeys, Lisa Marie Presley, Manic Street Preachers, Martin Simpson, Jarvis Cocker… Espérons donc que ces énigmes ancestrales ne soient jamais percées à jour, pour que le songwriter les illustre à nouveau de sa plus belle plume.

Discographie :

Richard Hawley (mini-album, 2001)
Late Night Final (2001)
Lowedges (2003)
Coles Corner (2005)
Lady’s Bridge (2007)
Truelove’s Gutter (2009)
False Lights From The Land (EP, 2010)
Standing At The Sky’s Edg
e (2012)
Hollow Meadows (2015)

www.richardhawley.co.uk