Paul Den Heyer – Everything So Far

(A Turntable Friend Records)

Autrefois aux commandes de Fishmonkeyman, formation oubliée du début des années 90 qui connut un bref et relatif moment de gloire avec le single I Told You Once, Paul Den Heyer avait plus ou moins disparu du circuit de la pop britannique. Ce n’est qu’à partir de 2011 que le nom de cet enfant des sixties, grandi au son des Beatles, de Bowie ou de King Crimson, recommence à circuler dans les milieux autorisés. A cette époque, le musicien de Liverpool est en effet devenu membre de Red-Sided Garter Snakes (projet d’ex-Chameleons, Puressence et Inspiral Carpets), et il a surtout commencé à produire les disques d’un jeune groupe local baptisé Sunstack Jones. Partageant avec ses jeunes concitoyens une obsession pour les arpèges cristallins des Byrds et la langueur du psychédélisme West Coast, Paul Den Heyer fait donc logiquement appel à eux l’été dernier et les invitent à lui servir de backing band lors de l’enregistrement de ce qui sera son premier album solo.

Paul Den Heyer qualifie sa musique de ″Britanicana″. Les neuf titres de Everything So Far lui donnent raison, en se situant précisément à la jonction du folk britannique et de la pop US hallucinogène des années 60 et 70. Logiquement, on se remémore ici les merveilleux londoniens américanophiles de Mojave 3, pour cette capacité à donner corps à la rencontre fantasmatique de Nick Drake et des Flying Burrito Brothers. C’est particulièrement vrai pour une première partie d’album à l’atmosphère cotonneuse, qui pourrait être l’oeuvre de shoegazers déguisés en cowboys, contemplant leurs  boots poussiéreuses en s’attaquant au répertoire de Neil Young (Technicolor Summer Sunshine). Ce n’est qu’à partir de Money Cloud que le naturel pop de Paul Den Heyer commence à refaire surface, trahissant les origines géographiques de ce beau disque de saison. Il va même jusqu’à titiller le grand Michael Head (The Pale Fountains, Shack), champion toute catégorie du songwriting de Liverpool, sur l’accueillant Home Song. Captivant et paisible comme une aube estivale, Everything So Far s’ajoute alors à la très longue liste des pépites discographiques charriées par les eaux troubles de la Mersey.

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