Nick Ellis, la voix de Liverpool

La ville d’Echo & The Bunnymen et des Pale Fountains possède une longue histoire de luttes sociales, de solidarité et de renouveau artistique. Nourri de cette tradition, le songwriter Nick Ellis plaide sur son troisième album pour une réhumanisation des rapports quotidiens.

Après diverses aventures collectives, notamment en tant que leader de The Maybes?, Nick Ellis a choisi de tirer un trait sur les compromis liés à la vie de groupe et aux projets d’équipe. Traçant désormais sa route en solitaire, ce musicien établi à Liverpool a fait paraître pas moins de trois albums et un EP en seulement trois petites années. Speakers’ Corner, le dernier chapitre en date de la belle histoire qu’il est en train d’écrire sous nos yeux, pourrait bien constituer le premier point culminant de cette discographie construite à pas de géant.

A rebours des innombrables formations néo-psyché qui saturent depuis quelques saisons le marché pop du Merseyside, et bien loin de l’indie-rock classique auquel il s’adonnait autrefois avec The Maybes?, le songwriter anglais confirme un retour aux sources, un recentrage sur les fondamentaux de son art. Une voix, une guitare acoustique et un harmonica discret, tels sont les attributs dominants du folk réaliste et narratif d’Ellis, dont l’élégante sincérité est une vraie bouffée d’oxygène au sein de la production actuelle. 

Les relations humaines et le langage sont au centre d’un album dont les thématiques s’inscrivent tout naturellement dans la très longue tradition de contestation et de solidarité qui ont contribué à forger l’identité de Liverpool. A l’heure où les êtres humains hyper-connectés communiquent tous azimuts mais ne se parlent plus vraiment, ce « working class hero » des temps modernes se souvient en effet que la transmission orale a toujours été au cœur des luttes sociales et des révolutions culturelles qui ont jalonné l’histoire mouvementée de sa ville.

Au service d’une écriture en prise directe avec un quotidien ayant pour toile de fond la fumée des usines et les alignements de maisons en briques rouges, les compositions de Nick Ellis assurent de miraculeuses liaisons transatlantiques. Entre le folklore britannique (Davey Graham, John Martyn, Bert Jansch) et l’influence du Nouveau Monde (Jackson C. Frank, Bob Dylan, Roy Orbison), ce Speakers’ Corner de haute volée aligne douze splendeurs folk intemporelles dont affleure la mélancolie lumineuse de Blue Summer, qui s’impose comme un classique instantané.

Nick Ellis recommande d’écouter sa dernière réalisation de préférence au casque, et surtout à une heure tardive, afin d’en apprécier pleinement toutes les subtilités. Il ne croit pas si bien dire. Précieux comme une conversation partagée au coin du feu avec un être cher, Speakers’ Corner est l’un de ces disques rares pour lesquels on retarde volontiers l’heure du coucher.

Exclusivement pour Fanfare, Nick Ellis a sélectionné dix chansons venues de Liverpool. Une savoureuse playlist à l’accent scouse où l’on retrouve notamment The Lotus Eaters, Michael Head, Edgar Jones ou encore The Wild Swans…

Speakers’ Corner est disponible en vinyl et en CD sur le label Mellowtone Records

Discographie 
Grace & Danger (2016)
Daylight Ghosts (2016)
Adult Fiction (2017)
Speakers’ Corner (2018)

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