Nada Surf, les rescapés magnifiques

Valeureux et magnifiques rescapés du syndrome ″one-hit wonder″, Nada Surf est de retour avec un Never Not Together qui vient clairement au contact, tout en renouant avec la précision et la flamboyance power pop de Let Go.

Sur sa veste en jean, est accroché ce badge qu’elle porte depuis un dernier ″evening with Nada Surf″. C’était il y a deux ans, lorsque les New-Yorkais avaient décidé de célébrer le 15ème anniversaire de l’inoubliable Let Go. Si la veste en question a depuis pris la pluie et quelque peu souffert des rayons du soleil, le badge n’a quant à lui pas bougé. Grand vainqueur de l’épreuve du temps, le message qu’il arbore – Always Love – se reflète toujours autant à la lumière du jour qu’aux lueurs de la nuit. Quelque part, cette injonction très flower power ″à l’amour″ est à la fois une constante chez elle, mais également l’essence même de ce qu’a toujours été Nada Surf : une bulle « fun » et adolescente, renfermant tout ce que l’on peut espérer en terme de bienveillance, d’attentions et de sincérité.

Les années 90, la tempête Popular, ses cheerleaders qui auront finalement fait sombrer un premier album dans l’oubli, les déboires de label lié un deuxième disque pressenti moins « dollars compatible », la ténacité dont ont fait preuve Matthew Caws, Daniel Lorca et Ira Elliot pour parcourir l’Amérique afin d’y vendre un maximum de merchandising, et ainsi récolter l’argent nécessaire pour envisager une suite à une carrière qui a bien failli tourner court… Sur l’histoire de Nada Surf, tout a déjà été dit et écrit. Y compris sur le côté francophone et francophile du groupe. Alors que rajouter si ce n’est placer le curseur ailleurs ? Et notamment sur cette capacité qu’ont eu ces rescapés du ″one-hit wonder″ à faire preuve d’une intelligence et d’un savoir-faire ″power pop″ volontairement accessibles et pour le moins hors norme. Au point de devenir une valeur sûre, voire ″refuge″.

À vrai dire, c’est surtout en 1998 que Nada Surf va véritablement s’immiscer dans les esprits. Petit à petit, cet album aux billes jaunes et bleues sur fond noir qu’est The Proximity Effect va faire son chemin, et s’imposer comme l’un de ces disques fétiches dont vous savez qu’ils ne vous quitteront jamais vraiment. Le côté « grand frère » de Matthew Caws, jamais le dernier pour se confier sur ses désillusions – ″The moon is closer to the sun than i am to anyone″ (80 Windows) – devait y être pour beaucoup. Mais ce Proximity Effect, c’est surtout un affrontement entre une incandescence US et une sensibilité peut-être davantage européenne. Une mésalliance totale qui fonctionne pourtant à merveille. À l’époque, même la frange ″skaters″ du collège qui ne jurait alors que par les Deftones semble attendrie, et apparemment heureuse d’avoir dégoté ce petit truc à l’âme sensible. Nada Surf rassemble. Et là aussi, on tient l’une de ses constantes.

Toujours est-il que cette ″leçon de power pop″ – tout de suite les grands mots ! – sera suivie d’un deuxième petit chef-d’œuvre. Plus subtil, certainement plus adulte, Let Go brillera notamment par ses ballades indé à tomber par terre (Blizzard of 77, Blonde on Blonde, Inside Of Love, Paper Boats). Si tout cela reste relativement classique, il convient plutôt de parler de classicisme. Nada Surf n’a jamais cherché à bousculer les lignes. Son songwriting n’a qu’un seul but : écrire la belle chanson, sinon efficace, qui sera toujours moins évidente qu’elle n’en a l’air, et partir à la conquête de vos instincts – disons… – primaires. Rien de plus, et c’est déjà beaucoup. La suite, on la suivra parfois de près (Lucky en 2008, You Know Who You Are en 2016), d’autres fois d’un peu plus loin (The Weight is a Gift en 2005, The Stars Are Indifferent to Astronomy en 2012). Mais peu importe : on espère avoir toute la toute la vie devant soi, et avec Nada Surf, on sait qu’on y trouvera toujours son compte. Nada Surf a de la ressource. On sait que la maîtrise s’aiguise encore davantage au fur et à mesure que les années passent. Et que la tradition ″power pop″ à la Big Star est décidément entre de bonnes mains.

Nada Surf - Never Not Together
Never Not Together sort ce vendredi 7 février chez Barsuk Records et City Slang.

Dès lors, aucune inquiétude au moment d’aborder Never Not Together. Un neuvième album enregistré au Pays de Galles, dans ce même Rockfield Studio où a vu le jour le Morning Glory d’Oasis. D’où peut-être ce côté un peu Wonderwall, dans le sens où Nada Surf cherche encore une fois à rassembler. Outre qu’à travers nos smartphones ou autres fabriques de « faux » que peuvent parfois être les réseaux sociaux :  ″Just try to be good and be less fake″ (So Much Love). Sans spécialement vouloir faire la morale – Matthew Caws reconnaît aussi y prendre part (″I’ve done plenty of that ″) – le spokenword auquel il s’adonne sur Something I Should Do explore également le gouffre qui sépare le réel de l’existence 2.0 régulée par ses ″likes″ , ses algorithmes et son overdose d’infos en continu : ″Empathy is good, lack of empathy is bad, Holy math says we are never not together ″. Un Popular connecté. Never Not Together est un disque bourré de bons sentiments – peut-être trop diront certains – qui vient clairement au contact (Come Get Me). Notamment dans la forme. Ici, Nada Surf tente de vous saisir. Soit par la main (Just Wait, le très Mercury Rev Looking For You, Crowded Star) ou par l’épaule (So Much Love, Come Get Me, l’hymne adolescent Live Learn and Forget, Mathilda, Ride in The Unknown). Et s’ils parviennent à vous attraper, ils ne vous lâcheront plus. Ça passe notamment par cette efficacité et une précision  que nous n’avions peut-être plus totalement retrouvées depuis Let Go.

Plus de vingt ans après ses débuts, et comme d’habitude – c’est à dire sans faire trop de bruit – Nada Surf poursuit son chemin ponctué de jolis disques. La bienveillance, la générosité et cette quête d’authenticité n’auront jamais été aussi présentes. Ça fera sans doute sourire la fille au badge.

 

 

Discographie

Nada Surf

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