Maxwell Farrington & Le SuperHomard – Interview

Qu’elles nous fassent rire, pleurer ou bien frissonner, les chansons de Burt Bacharach ont toujours été des bienfaitrices de l’humanité. On en veut pour preuve cette association magique et inattendue entre un artiste pop avignonnais (Christophe Vaillant, alias Le SuperHomard) et un crooner australien établi en Bretagne (Maxwell Farrington), qui trouve justement son origine dans l’une des mélodies éternelles de l’illustre compositeur américain. Une belle rencontre qui débouche aujourd’hui sur un disque pop aux orchestrations divines baptisé Once. Aussi sympathiques que talentueux, ces deux-là étaient vraiment faits pour se rencontrer et leur collaboration semble partie pour se prolonger bien au-delà de ce premier album déjà incontournable.

Fanfare : A quand remonte votre rencontre et comment est née l’idée de cette collaboration ?

(Christophe) : Nous avons fait connaissance lors du Mama Festival fin 2019 à Paris – Maxwell jouait avec Dewaere (groupe noise où il assure la chant) et moi avec le SuperHomard et le groupe qui m’accompagnait à l’époque sur scène. Lors de sa balance voix, Maxwell a chanté un titre de Burt Bacharach a capella qui a impressionné tout le monde et après les concerts nous avons bu un coup ensemble et réalisé que nous avions de nombreux goûts en commun : nous avons échangé quelques emails ensuite et une idée de collaboration a vite germé. Maxwell a commencé à écrire des paroles pour moi sur des titres que je faisais à l’époque, j’ai fait des arrangements sur des titres qu’il avait écrit, et on a trouvé que ça fonctionnait bien. Puis le COVID est arrivé : pour moi personnellement tout a été bouleversé (tournées annulées, tous les trucs prévus pour le SuperHomard sont tombés à l’eau) et j’ai pensé que c’était donc le moment de tout changer pour moi, de faire un truc différent. On a commencé à faire plein de chansons et aussi des reprises qui nous ont permis de mieux bosser ensemble.

Pourriez-vous citer les principaux groupes ou artistes envers lesquels vous éprouvez une admiration commune ?

(Christophe) : Je dirai principalement Lee Hazlewood, Scott Walker, Love, Harry Nilsson… mais Maxwell a une culture musicale très étendue et variée au niveau des styles : il connait vraiment plein de trucs dont je n’ai jamais entendu parler.

(Maxwell) : Lee et Scott surtout oui, par contre je n’ai jamais trop accroché à Love (ne dites rien à Christophe !) mais j’apprécie. Pour les compos et paroles, même si cela n’ a rien a voir, j’ai été pas mal influencé par Kevin Ayers, The Kinks, Bowie et bien entendu The Beatles.

Vous vivez dans des régions assez éloignées. Comment les chansons de Once ont-elles été composées et quel a été le processus d’enregistrement ?

(Christophe) : Nous avons commencé par nous envoyer des morceaux que nous avions écrit – Maxwell m’envoyait des démos de manière frénétique (il est hyper productif) : certaines vraiment très abouties, d’autres plus « libres », et de mon coté je faisais aussi des musiques en imaginant son chant dessus. J’ai commencé à enregistrer tout ça chez moi en rajoutant des arrangements de cordes et de cuivres, des guitares, des basses, des claviers, percussions etc… puis Maxwell écrivait les textes définitifs et rechantait dessus (parfois avec son téléphone pour seul outil) puis je remontais tout ça chez moi. On a fini par se rejoindre dès que cela a été possible pour réenregistrer ses parties vocales avec un vrai micro. Quand on a signé avec Talitres, j’ai pu aller enregistrer des batteries avec mon frère Olivier dans un vrai studio. Le mixage a ensuite été confié à Stéphane Laporte (AKA Domotic) qui a fait un travail vraiment fantastique.

(Maxwell) : Ouais.

Maxwell, tu sortiras prochainement un album sous ton propre nom et tu es également le chanteur du groupe Dewaere. Comment cette collaboration avec Le SuperHomard se situe-t-elle parmi tes différents projets ?

(Maxwell) : Je rajouterai que à côté de tout ça je suis aussi cuisinier au « Chaland Qui Passe » à Binic, du coup je vais répondre avec une métaphore sur la bouffe… Je pense à mes différents projets comme aux repas du jour : le p’tit dej’, le dej’ et le dîner. J’ai un gros appétit et j’adore cuisiner (ça veut dire faire de la musique si on me suit bien). Chaque repas a son importance, mais le homard le matin, midi ou soir est bon.

Christophe, pourrais-tu nous dire ce qu’exprime pour toi la voix de Maxwell et ce qu’elle apporte à votre musique ?

(Christophe) : Dès que j’ai entendu sa voix je me suis tout de suite dit que ce mec avait un truc vraiment à lui : c’est une voix de crooner oui mais avec une touche un peu punk / indie qui la rend unique à mon avis. Pour moi sa voix c’est la classe pop avec une touche foutraque et imprévisible qui lui donne tout son charme. Maxwell compose des chansons et écrit des paroles magnifiques et c’est en plus un type adorable, humble et cultivé.

(Maxwell) : Oh stop it…

(Christophe) : Et modeste avec ça…

L’album sort chez Talitres. Comment s’est passée votre rencontre et quels rapports entretenez-vous avec le label ?

(Christophe) : Talitres font partie du paysage musical indé français depuis 20 ans maintenant et je connaissais de nombreux artistes signés chez eux. J’ai toujours trouvé leur catalogue et leur manière de le défendre irréprochable. Je leur ai envoyé une démo de nos titres pas encore complètement finis. Sean, le boss du label m’a contacté très vite et s’est montré hyper enthousiaste : j’ai tout de suite senti que nous parlions le même langage et partagions la même vision de ce qu’un label peut et doit apporter aux artistes qu’il défend. Et je dois avouer que la qualité de leur boulot va bien au delà de ce que nous espérions Maxwell et moi.

(Maxwell) : Tout a fait d’accord.

Avec ce disque se poursuit la collaboration avec le graphiste Cyril Pooley (Woom Studio). Quel place occupe-t-il dans le projet et comment travaillez-vous ensemble ?

(Christophe) : Cyril est plus qu’un ami pour moi depuis plus de 30 ans : nous sommes très proches et avons aussi fait de la musique ensemble pendant de nombreuses années (c’est un roi du clavier vintage). Il est le graphiste le plus doué que je connaisse. Il réalise des clips en animation et créé des pochettes dans son studio Woom pour plein d’artistes un peu partout dans le monde. Il a crée tout l’univers visuel autour de mes précédents disques du SuperHomard. Sur cet album c’est bien entendu différent car nous sommes un vrai duo avec Maxwell mais Cyril a réussi à s’adapter afin de nous créer un clip et un artwork (reposant sur une œuvre du peintre Guillaume Pinard) qui colle parfaitement.

Pourquoi avoir choisi cette peinture de Guillaume Pinard pour illustrer la pochette du disque ?

(Christophe) : L’idée vient de Maxwell et quand il a proposé cette peinture pour illustrer notre pochette je me suis immédiatement dit que c’était elle qui représenterait le mieux notre musique.

(Maxwell) : Ça fait quelques années que je connais Guillaume, et je suis très très fan de ses univers différents. L’effet d’avoir un tableau de lui sur la pochette me touche beaucoup. C’était aussi une bonne ruse pour avoir un de ses tableaux chez moi (ou bien pour chez vous d’ailleurs) car sinon c’est un peu trop au dessus de mon budget.

Christophe, Le SuperHomard bénéficie d’une belle réputation outre-Manche et tu as notamment remixé Paul Weller, Jim Noir ou The Moons. As-tu l’impression que les Britanniques sont plus sensibles à ton univers musical que tes compatriotes ?

(Christophe) : Belle réputation je ne sais pas car cela reste assez confidentiel quand même mais c’est vrai que j’ai eu de très bons retours en Angleterre : Paul Weller y a fait pour beaucoup car il a parlé plusieurs fois du SuperHomard dans ses interviews. BBC 6 me défend aussi énormément depuis mon tout premier EP (Maple Key) en 2016 avec des gens comme Amy Lamé ou Gideon Coe par exemple. Mais je n’ai vraiment pas à me plaindre de l’accueil en France non plus : il s’y passe aussi plein de belles choses depuis le début.

Envisagez-vous une suite à ce premier disque commun ? Cette collaboration est-elle vouée à se prolonger sur scène (lorsque la situation le permettra) ?

(Christophe) : Oh oui ! Nous avons déjà commencé à travailler sur la suite d’ailleurs et avons déjà quelques titres en chantier. Et oui nous avons aussi monté un groupe qui va nous accompagner sur scène dès que possible. Nous avons déjà effectué une résidence à Paloma-Nîmes avec eux qui s’est passé à merveille et depuis nous n’avons qu’une envie : jouer ces titres devant vous, chers lecteurs.

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