Louise Feron – Louise Feron

(Virgin, 1991)

Réévaluation d’un chef-d’oeuvre méconnu de la pop française.

C’était en 2008, me semble-t-il. Grand amateur de John Cale, j’avais décidé d’explorer les productions du garçon : entre les Stooges, Modern Guy et Nico, un nom français sortit alors : Louise Feron. La Pop étant – aussi – une affaire de fil que l’on tire, je réussis à glaner quelques informations qui ne firent qu’attiser ma curiosité : un album sorti en 1991, composé par Dominique Laboubée, mythique leader des Dogs (le plus grand groupe de rock du monde en France, selon la formule consacrée), accompagné par une grande partie du groupe (auquel était venu s’adjoindre le grand Philippe Almosnino, qui sévira ensuite chez les Wampas puis Johnny Hallyday), et qui faisait suite à un hit sorti en 1988, l’ébouriffant Tomber sous le charme, toujours composé par Dominique sur les paroles sublimes de Louise (Pascale, de son vrai prénom). Au prix de recherches obstinées, je parvins à mettre la main sur ce fameux premier album de la belle quelques mois plus tard. Ce fût alors une révélation.

Dieu que cette musique est belle. Les mélodies pop et si accrocheuses de Dominique Laboubée sur lesquelles surfaient les mots et la voix claire, impériale de Louise. Et les hits potentiels qui s’enchaînaient sans discontinuer : L’ivresse des profondeurs, L’amour monstre, Souvenirs de l’Avenir.
Il y est souvent question d’amour, de séduction, de sexe mais tourné avec grâce, finesse et élégance folle – tout ce que j’aime –  comme dans le très beau Risque-moi :

« Assoiffe moi pour mieux me boire
Aveugle moi pour me mieux me voir
Blesse moi pour mieux me guérir
Parle d’amour sans rien me dire
Raconte moi entre les draps
Chaque nuit une nouvelle histoire
Dérobe toi, dévaste-moi,
Étonne-moi mais surtout risque moi »

L’enregistrement avec John Cale reste un événement pour la bande rouennaise, mais chacun a eu son propre ressenti sur l’investissement du Gallois dans le projet (lire à ce propos l’indispensable Too Much Class for the Neighbourood, de Catherine Laboubée, sortie en 2013 aux éditions de La Belle Saison, où tous les protagonistes du projet donnent leurs sentiments sur l’enregistrement), ainsi que sur la qualité du produit final : d’aucuns considèrent qu’il s’agit d’un chef d’oeuvre pop,  d’autres regrettent que la production additionnelle ait été confiée à Michel Coeuriot, qui travaillait alors beaucoup avec Laurent Voulzy ou Alain Souchon, et qui aurait « lissé » le son initialement très rock de Dominique Laboubée (son dont on peut avoir une idée sur le très brut Carmilla). Car les Dogs et Louise Feron sont avant tout d’immenses faiseurs de rock, dans la tradition la plus noble du terme, qui courent des Flamin Groovies aux Jacobites .Mais la puissance des mélodies de Dominique et le romantisme des mots de Louise transcendent ces querelles techniques. Les chansons sont là, immenses, et rentrent dans le quotidien de l’auditeur pour ne plus jamais en sortir.

Malgré le succès du disque, ce coup de maître ne serait pas renouvelé pour des raisons de contexte : les Dogs étaient alors en pleine période de restructuration interne (le départ d’une partie des membres de l’âge d’or, Mimi et Antoine), mais également du fait que, Louise était, comme elle l’écrivait très bien dans Risque-moi, un « enfant pas très sage » qui avait une « prédilection pour le sens interdit des sensations »… son comportement autodestructeur et erratique n’a pas favorisé une promotion optimale et cela ne pardonne pas. Elle réapparaîtra en 1997 avec Singulière et Plurielle, qui ne rencontrera pas son public, tout comme le très beau Passé Revenant, sorti en 2009, et qui reprend certains des titres inédits que Dominique avait composé avec elle avant sa mort en 2002.

Il était toutefois nécessaire de rappeler aux amateurs de pop la force de cet album et le fait que, malgré les méandres et les part d’ombre de ceux qui les font, les disques pop restent à jamais, immaculés. Louise, où que tu sois, je t’embrasse. Et merci.

 

Liste des titres :
L’ivresse des profondeurs
L’amour monstre
Souvenirs de l’avenir
Sans retour
Risque-moi
Les rues du hasard
Carmilla
Brume de chaleur
Années Lumière
Si tu savais
Tomber sous le charme
La morte Amoureuse

Discographie :

Louise Feron (1991)
Singulière et Plurielle (1997)
Le Passé Revenant (2009)

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