Les Secrets les Mieux Gardés de la Pop (9) : Funeral Advantage

Tyler Kershaw, alias Funeral Advantage, dont le nouvel EP Nectarine est sorti en février dernier, a évoqué avec nous le groupe qui lui a donné envie de faire de la musique, sa propension à écrire ses meilleures chansons la nuit en rêvant, ainsi que les sons qu’il expérimente loin des guitares pour son prochain album, sur un Korg MS 20 Mini et un Juno 106.

Bonjour Tyler, où est-ce que tu as grandi ?

Dans une ville au sud-est de Boston qui s’appelle Mansfield, dans le Massachusetts.

Est-ce que tes parents écoutaient beaucoup de musique ?

Mon père était à fond dans ce qu’on appellerait aujourd’hui le « classic rock ». Il mettait du Springsteen, du James Taylor et Queen à la maison quand j’étais petit. C’est mon oncle qui m’a initié à des groupes comme The Cure. C’est ainsi que le rock dépressif est entré dans ma vie, et il n’en est jamais sorti !

Est-ce qu’il y avait des musiciens dans ta famille ?

Personne dans ma famille, proche ou éloignée, n’est musicien ou artiste, donc ça a un peu été un choc quand j’ai commencé à jouer et enregistrer des démos avec mes potes. J’étais très mauvais élève et je traînais avec une bande de « voyous » quand j’étais à l’école et mes parents ont associé la musique à tout ça. Ils avaient en partie raison. Du coup, ils ne m’ont pas trop encouragé dans cette voie, ils comprenaient mal ce que la musique me procurait. Ils ont commencé à changer d’avis en voyant que ça me rendait heureux et qu’en plus j’arrivais à en vivre. C’était assez bizarre de voir d’autres jeunes qui étaient soutenus dans leurs rêves par leurs parents, qui finançaient leurs sessions d’enregistrements et leurs tournées à coup de milliers de dollars, et continuaient à les loger. Pour moi ça ne s’est pas passé comme ça et c’est tant mieux finalement. Ils croyaient en moi mais ils voulaient que je m’aperçoive par moi-même à quel point c’est compliqué de survivre sans un boulot « classique ». De toute façon, ceux qui étaient épaulés par leurs parents faisaient souvent de la merde !

Est-ce que tu aurais une anecdote d’enfance, pas forcément liée à la musique ?

Funeral Advantage
Photo de Clayton Smith

Quand j’étais en Third Grade (équivalent du CE2), j’ai été désigné pour faire un petit travail avec une de mes petites camarades. Et il se trouve que j’étais amoureux d’elle. L’école avait à l’époque quelques problèmes de budget et il n’y avait pas assez de bureaux pour tous les élèves. Il m’a donc fallu rester debout derrière elle et me pencher par-dessus son épaule pendant qu’elle lisait. Je faisais tellement d’effort pour rester cool que je n’ai pas réalisé que j’avais la bouche grande ouverte en l’écoutant. Je me suis mis à baver sur sa feuille, exactement sur le mot qu’elle essayait de lire. Elle s’est stoppée net et a demandé à l’enseignant si elle pouvait faire équipe avec quelqu’un d’autre !

Est-ce que tu pourrais me parler de deux chansons qui t’émeuvent tout particulièrement ?

Plainsong de Cure, sur l’album Disintegration. C’est la première chanson que j’ai entendue d’eux. Je me revois chez mes parents en train d’essayer de faire mes devoirs sur la table de la cuisine en pleurant. C’était surréaliste de sentir une telle émotion parcourir tout mon corps. C’était ma musique, je l’avais finalement trouvée. Quelqu’un avait compris ce que je recherchais. Quand j’ai vu les Cure au Madison Square Garden des années plus tard, il se trouve que les trois premières qu’ils ont jouées étaient issues de Disintegration. J’étais assis à quatre rangs de mon groupe préféré avec la même émotion que 15 ans plus tôt à la table de la cuisine de mes parents. Il y a aussi Surrender de Portable FT Lcio. Mon pote Freddy m’a fait écouter ce titre quand il est sorti, ça m’a permis de découvrir le monde de la house sud-africaine et donc Alan Abrahams, mieux connu sous le nom de Portable ou encore Bodycode. Les paroles font des allers retours entre des images oniriques et des scénarios de vie bien réels.

Est-ce que tu aurais un exemple ?

Par exemple, la phrase « On va au ciné, on prend un café, il faut que tu me connaisses », ça m’interpelle et me fait réfléchir sur le narcissisme qui entre en jeu dans les rendez-vous amoureux. C’est le premier rencard et tu te dis « si seulement cette personne arrivait à voir qui je suis vraiment, elle tomberait directement amoureuse » et puis tu retombes sur terre assez vite. La production de ce titre est sauvage, le piano est mixé juste ce qu’il faut, la flûte est utilisée avec parcimonie, assez pour provoquer cette tension qui est si efficace en dance music. C’est dans la toplist de mes chansons préférées de tous les temps. Un jour, j’étais un peu bourré, j’ai envoyé à Alan un message sur Instagram avec une photo de moi en train de m’éclater à une fête sur sa chanson et il m’a donné sa bénédiction.

Quel est le premier disque que tu as reçu ? Le premier que tu as acheté ?

C’était un cadeau de ma mère, la compilation Now 1 (Now That’s What I Call Music 1). Le premier album que j’ai acheté avec mes sous c’était (What’s the Story) Morning Glory d’Oasis. Les deux ont bien résisté au temps et je les écoute assez souvent.

Est-ce que tu as un endroit et un instrument privilégiés pour composer ?

J’écris mieux quand je dors où quand je suis en face de mon ordi. J’ai écrit pas mal de chansons en rêvant ces derniers temps. Par exemple, un riff de guitare me vient en plein rêve et je cours dans la salle de bain le chanter dans mon téléphone, puis je le retravaille le lendemain. Certaines de mes meilleures chansons ont été écrites pendant que je dormais (par exemple You Sat Alone sur l’album Body Is Dead et Rinsed sur l’album Nectarine). Donc, soit je fais ça soit je reste au lit et j’essaie de ne convaincre que la mélodie qui m’est venue n’est sans doute pas assez bonne. J’ai laissé passer plein de très bonnes idées comme ça. Sinon, il faut que je sois en face de matériel d’enregistrement pour composer, je ne suis pas un musicien virtuose donc j’ai besoin de matériel pour remodeler tout ce qui sort de ma guitare. Un ami m’a raconté que les Stones avaient l’habitude d’être accompagnés en studio d’un « scribe » qui notait toutes leurs idées. Moi j’ai mon ordi.

Funeral Advantage
Photo de Yusef Porcello

Est-ce que tu vas te produire en France ?

On nous a invités à faire quelques concerts mais on était toujours pris. On veut absolument venir, on a toujours eu le sentiment qu’en Europe et en France en particulier notre musique était mieux comprise qu’aux États-Unis. On viendra bientôt mais on attend d’être réinvités, on ne va pas s’imposer.

Est-ce qu’un nouvel album est en préparation ?

J’ai beaucoup écrit ces derniers temps. Et comme toutes mes guitares sont en réparation, ça me force à sortir de ma zone de confort. J’utilise des synthés modulaires, un piano, une boîte à rythme pour mes nouvelles chansons. J’ai travaillé mes lignes de basse sur un Korg MS20 Mini. Il tient dans mon studio et le son un vraiment bon, parfait pour des demos. Et j’ai aussi un Juno 106, plutôt pour les mélodies. Je superpose les deux. Les chansons ne sont pas toutes prêtes mais il s’en dégage quelque chose de spécial qui me motive vraiment.

Quelle chanson aimerais-tu que j’utilise pour clore cette interview ?

Celle que tu préfères, j’ai confiance en tes goûts.

Je choisis Peach Nectarine.

funeraladvantage.bandcamp.com

Discographie :
Demo (EP) (Disposable America, 2013)
Split 7″ with Caténine (EP) (Disposable America, 2013)
Split 7″ with Former Ghosts (EP) (The Native Sound, 2015)
Body is Dead (The Native Sound, 2015)
Please Help Me (EP) (The Native Sound, 2017)
Nectarine (EP) (Sleep Well, 2019)

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visite. Accepter Lire plus