Les Secrets les Mieux Gardés de la Pop (7) : Daniel O’Sullivan

Membre de groupes aussi éclectiques et expérimentaux que Guapo, Æthenor, Mothlite, Grumbling Fur, Miasma & the Carousel of Headless Horses, Sunn O))) et Ulver, Daniel O’Sullivan est en pleine promo de son deuxième album solo, Folly, sorti le 5 avril dernier. Il  nous a parlé de ce nouvel opus, publié sur le label de Tim Burgess (The Charlatans), mais aussi de ses racines familiales et musicales, de la naissance de son fils et de mégalithes.

Est-ce que tu peux me parler un peu de l’endroit où tu es né ?

Je suis né à Dublin, je n’y ai pas grandi parce que mes parents étaient basés en Angleterre. Mais, plus j’avance dans la vie, plus je me rapproche de mes racines celtes. Je passe plus de temps en Irlande, dans la famille, pour des concerts, j’y ai rencontré des artistes incroyables, entre autres Brigid Mae Power, Clodagh Simonds et Aoife Nessa Frances.

Est-ce que tu as un endroit spécifique et un instrument de prédilection pour composer ?

C’est le plus souvent dans mon studio, au piano. La mélodie vient en premier, ou les paroles, il n’y a pas de règle. Il y a un côté un peu surnaturel à tout ça, parfois la mélodie surgit à l’improviste dans ma tête, complètement formée, avec toutes les nuances de rythme, les harmonies, un peu comme si c’était un alien qui débarquait d’une autre planète ! Je me vois plus comme un canal, un vaisseau qui véhicule des notes, j’ai l’impression que ça ne vient pas forcément de moi. Ça m’est beaucoup arrivé récemment, la majeure partie des chansons de mon dernier album, Folly, me sont venues comme ça.

C’est sans doute pour ça qu’elles sonnent de manière très naturelle et font l’effet d’un futur classique.

Je pense qu’on fait souvent l’erreur de vouloir trop habiller une chanson, on veut la parer de ses plus beaux atours, utiliser tous les arrangements, toutes les techniques d’enregistrement qui sont à notre portée pour qu’elle soit la plus belle possible, au détriment parfois de son essence. Cette fois, j’ai vraiment voulu que tout parte de la chanson, pour revenir à l’essentiel. J’ai un ami qui m’a dit, comme toi, que Folly aurait pu sortir à n’importe quel moment ces 40 dernières années.

Daniel O'Sullivan - Tim Burgess
Avec Tim Burgess du groupe The Charlatans. Les deux albums solos de Daniel ont été publiés sur le label de Tim, O Genesis.

Est-ce que tu avais un concept avant de commencer à travailler sur Folly ?

Non, pas de concept, ça a plutôt été un processus, j’ai cherché à reproduire ce que j’avais ressenti à un instant T, dans un contexte particulier et dans un lieu précis. Ce n’est pas facilement transmissible, je voulais suggérer autour de ces mélodies des intervalles, des points de suspension, grâce aux arrangements, au traitement des cordes et du son. C’est une collection de chansons qui ont toutes des choses en commun mais ce n’est pas un concept. Elles ont été créées à un moment particulier de ma vie, je venais de perdre un ami très cher, qui m’avait toujours soutenu dans ma carrière. C’est quelqu’un à qui je dois énormément, plus que ces quelques chansons en vérité, mais c’était ma manière à moi de lui témoigner ma reconnaissance. Et au moment où cet ami quittait ce monde, mon fils s’apprêtait à naître, donc il y a un peu de cette espèce de contradiction dans l’album.

Daniel O'Sullivan

De quoi parle le premier single issu de l’album, Under The Knife (dont la pochette est un dessin de sa fille Ivy, ndlr) ?

Cette chanson parle de la violence que représente la mise au monde d’un enfant. Notre entrée dans l’univers est plutôt intimidante je trouve, tout comme l’est notre départ d’ailleurs. La naissance est un traumatisme, mais en douceur je dirais, car dans la plupart des cas c’est un traumatisme entouré d’amour et c’est quand même le début d’une nouvelle aventure.

J’aime beaucoup la police de caractère que tu utilises sur la pochette de l’album, est-ce que tu pourrais m’en dire deux mots ?

C’est un hommage à l’album Song Cycle de Van Dyke Parks. J’aime beaucoup son approche de la musique et du langage, il utilise différents idiomes d’un même pays et les mélange, c’était une époque où on ressentait le besoin à la fois de bousculer la norme et de permettre que les extrêmes se rejoignent. Et j’adore cette police de caractère.

Est-ce que, quand tu étais enfant, il y avait beaucoup de musique à la maison ?

Oui, beaucoup ! Mes parents étaient musiciens, ma mère jouait dans le groupe Automation, ils fréquentaient la scène pop, post punk et new wave de Manchester à la grande époque du Russell Club et de l’Hacienda (club mythique, l’un des premiers de Grande-Bretagne à avoir diffusé de la musique électro et house), dans lesquels mon père faisait le DJ. Ils étaient fans et allaient aux concerts de groupes comme Warsaw, qui devint Joy Division, mais aussi A Certain Ratio et Dead or Alive à leurs débuts. J’avais aussi un oncle, qui m’a initié à la pop progressive et à la musique classique, à Kate Bush, Syd Barrett, The Doors, The Beatles et Stravinsky. J’ai également pris des cours de piano classique pendant quelques années. C’était avant que je ne découvre le hardcore et le punk rock !

Est-ce que tu pourrais me citer deux chansons qui t’émeuvent tout particulièrement ?

Tears Of Rage de Bob Dylan and The Band, chanson issue de The Basement Tapes. Et aussi je dirais The kiss de Judee Sill.

Est-ce qu’il t’arrive d’écouter les albums sur lesquels tu as travaillé précédemment ?

Non jamais. Ils sont quelque part en moi, je n’ai pas vraiment besoin de les réécouter. Et je ne regarde pas en arrière. Une fois que l’album est sorti, c’est fini, je n’y pense plus, je passe à autre chose. C’est un peu comme pour les enfants, on les met au monde, on les soutient, mais il y a un moment où il faut aussi savoir les laisser vivre. Ça ne me dérangerait pas de refaire le même album à chaque fois, même style, même son, qui parlerait des mêmes obsessions et ça peut donner un très bon résultat, mais je suis trop curieux pour ça et le fait de collaborer avec d’autres artistes m’ouvre sans cesse de nouveaux horizons.

Qu’est-ce qui t’a amené au départ à collaborer avec autant d’artistes différents ?

Je dirais que les premières collaborations révélaient sans doute une certaine forme d’insécurité de ma part. Depuis tout petit, j’avais cette vision très claire que je voulais devenir musicien, il y avait un côté destinée. Et je ne voyais pas de meilleure manière pour faire sortir et articuler ce que j’avais en moi, mais je n’étais pas prêt pour y aller tout seul. Ce n’est pas une règle fixe, mais j’ai en général l’amitié est au centre de toutes ces collaborations, ou tout au moins la camaraderie, l’idée de passer du temps avec des personnes avec qui j’aime échanger.

Est-ce que tu as un hobby en dehors de la musique ?

Je passe beaucoup de temps avec mes enfants, mais ce n’est pas vraiment un hobby ! Sinon j’adore peindre et dessiner. C’est une manière pour moi, comme pour la musique, d’extérioriser ce que j’ai en moi.

Daniel O’Sullivan

Si tu pouvais voyager dans le temps, quelle époque choisirais-tu ?

Je serais curieux d’observer de près l’époque néolithique, tu sais quand nos ancêtres essayaient de se sédentariser et fabriquaient les premiers mégalithes, au moment où s’est formée la notion de cosmologie. J’aimerais mieux comprendre comment ces concepts ont influencé notre perception de la réalité jusqu’à aujourd’hui. Ou alors le passage du mode de vie Neandertal à une forme plus moderne, tout ce qui touche au début de cette nouvelle ère, à laquelle nous continuons d’appartenir d’ailleurs.

Est-ce que tu as des concerts prévus en France ?

J’aimerais bien, peut-être que ça va changer mais pour l’instant aucun des projets que j’ai menés n’a eu d’écho réel en France. Après tout, il n’y a qu’une mer à traverser, j’espère que ça viendra.

Laquelle de tes chansons choisirais-tu pour illustrer cette interview ?

The Diamond Vehicle.

 

http://mothlite.blogspot.com/

Discographie solo:

Veld – 2017 (O Genesis)
The Physic Garden – 2018 (KPM)
Folly -2019 (O Genesis)

 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visite. Accepter Lire plus