Les Secrets les Mieux Gardés de la Pop (5) : David Myhr

David Myhr, que certains surnomment le ″Jeff Lynne suédois″, est en ce moment en pleine promotion de la réédition sur les plateformes digitales de son dernier album Lucky Day en version Deluxe. L’auteur-compositeur multi-instrumentiste a répondu à nos questions depuis un café de Stockholm. Il nous a parlé entre autres de sa ville natale, de ses influences, de quelques techniques de composition, de sa rencontre avec l’une de ses idoles et bien entendu de Lucky Day.

Comment est-ce que tu te décrirais, David ?

Disons, optimiste, positif, sociable. J’aime quand les choses sont menées rondement, je passe beaucoup de temps sur mes projets musicaux. Je ne vois pas vraiment les choses en terme de carrière ou de retombées financières, je suis mon cœur !

Justement, en parlant de carrière, le premier de ton premier groupe, les Merrymakers, s’appelait No Sleep Til Famous !

The MerrymakersJe n’ai pas eu l’idée de ce titre ! Il y avait une chanson des Beastie Boys qui s’appelait No Sleep Til Brooklyn, c’est un clin d’œil. C’est vrai qu’à l’époque on avait soif de reconnaissance comme beaucoup de jeunes groupes, on se disait « on est bons quand-même, écoutez ce morceau… » et en même temps on se moquait de cette attitude. La vérité, c’est qu’on travaillait dur pour obtenir un contrat avec une maison de disques, pour pouvoir distribuer les chansons qu’on avait jouées, enregistrées, produites seuls. On était tellement impliqués dans tout ça que tous les autres aspects de l’existence étaient complètement laissés de côté, on voulait y arriver et on avait l’impression que c’était inatteignable ! La célébrité n’est pas forcément quelque chose de positif, mais tous ceux qui font de la musique rêvent de communiquer leurs chansons au reste du monde, on se dit que ce serait chouette qu’un de nos titre soit dans un film à Hollywood et on se demande pourquoi ça ne marche qu’au Japon, ou en Espagne, en Suède et en Californie et pourquoi pas en France ou en Allemagne ?

Est-ce que tu as un « hobby » ?

Bonne question, entre 7 et 9 ans, j’en avais plein, j’adorais la généalogie, l’observation des oiseaux ou des vagues hautes dans l’océan, des trucs bizarres, les grattes ciels. A 10 ans, je suis devenu un obsédé des Beatles, plus rien d’autre ne m’intéressait, je voulais faire de la musique, parler de musique. Aujourd’hui, j’aime aussi voyager et boire de la bière, rencontrer des gens.

David Myhr

Tu peux me parler de l’endroit ou tu es né ?

Je suis né à Pitea, une petite ville de 40 000 habitants du nord de la Suède, à quelques heures de voiture du cercle arctique. Quand j’y repense l’hiver était vraiment très froid, très obscur, mais je me souviens aussi de jours d’hivers magnifiques et ensoleillés ! Il n’y avait pas grand-chose à faire, on passait beaucoup de temps entre amis, on répétait nos chansons et on s’en foutait du froid, on avait des habits ! Ça peut être cool de vivre en Californie mais j’aimais bien les deux mètres de neige qu’on avait pour Noël !

Est-ce que tes parents écoutaient beaucoup de musique ?

Ma mère jouait du piano à la maison. C’est surtout en allant écouter les groupes de rocks locaux que j’ai fait mon éducation musicale. J’ai aussi été influencé par les albums de mes grands frères, Neil Young, David Bowie, j’étais plus tourné vers les artistes des années 70 que ceux qui avaient du succès auprès des enfants de mon âge. Le jour où j’ai découvert les Beatles, j’ai été pris !

Est-ce que tu aurais une petite anecdote d’enfance à me raconter ?

J’avais 10 ans quand John Lennon est mort et j’étais le seul à m’y connaître un peu en Beatles, alors le prof m’a proposé d’en parler en classe. J’ai fait une présentation de 25 minutes devant mes petits camarades. J’avais écrit mes notes sur des petits bouts de papier et je les ai collés bout à bout, ça formait un long parchemin !

Est-ce que tu pourrais me citer une ou deux chansons qui te touchent ?

J’ai fait une liste de 25 chansons qui m’ont beaucoup influencé, de cette liste je tirerai Junk de Paul McCartney, c’est une chanson très mélancolique et la mélodie est magnifique. Parmi les quelques 100 magnifiques mélodies qu’il a composées, celle-ci fait partie de mes préférées. Je dirais aussi American Girl de Tom Petty, pour l’attitude et le son de guitare super cool, plus sa voix, j’adore !

Et quand tu ne te sens pas au top de la forme, tu écoutes plutôt quel artiste ?

Ça m’arrive très peu souvent heureusement, mais je dirais plutôt Jeff Lynne.

Le très « Jeff Lynnien » Spellbound.

Tu l’as rencontré ?

Pas encore, j’ai failli, je l’ai vu en concert trois fois, mais j’ai rencontré quelqu’un d’autre. Je tenais un atelier au Lipa (Liverpool Institute of Arts), c’était le jour de la remise des diplômes. Après la cérémonie officielle, il y a eu un cocktail. C’est à ce moment-là que Paul McCartney s’est avancé dans ma direction, il allait saluer un couple qui était juste derrière moi et il m’a serré la main en passant, parce que j’étais là au milieu du chemin, à le regarder. J’avais attendu ce moment depuis mes 10 ans, j’avais 30 ans de questions dans la tête et je n’ai pas sorti une phrase, j’ai balbutié un truc incompréhensible ! J’ai depuis écrit 4000 mots sur cette poignée de main dans mon blog !

Quel a été le premier disque qu’on t’a offert ?

Je crois que c’était Double Fantasy de John Lennon et Yoko Ono et mon premier achat c’était Tug of war de McCartney.

 

Si tu pouvais voyager dans le temps, tu choisirais plutôt quelle époque ?

Ça dépend si je devais y rester ou juste passer un court moment ! En fait, je crois que je préférerais voyager dans le futur. Pour le passé je choisirais le Swinging London, plus précisément l’année 1966.

 

Est-ce que tu as un endroit spécifique pour compose, un instrument ?

J’ai un genre de studio dans lequel je peux hurler sans déranger ma femme ou nos voisins. Je compose à la guitare et au piano. Je n’écris pas des tonnes de chansons à l’avance, j’ai besoin d’un projet, de dates à respecter. J’aimerais écrire plus mais, si on prend par exemple mon dernier album, Lucky Day, le plus long n’a pas été d’écrire les chansons, mais l’enregistrement, les arrangements, la production, la promotion.

Tu pourrais m’expliquer la genèse type d’une chanson ?

Je choisis une tonalité, mi majeur par exemple, je choisis le tempo et je commence à jouer en chantant en même temps, j’improvise et parfois il en sort une mélodie intéressante, pas toujours ! J’essaie de me surprendre moi-même, en allant vers des accords qui ne coulent pas forcément de source. Parfois, j’ai de super couplets et j’ai envie que le refrain soit encore meilleur pour que l’ambiance ne retombe pas. Et si j’ai la chance de trouver ce chouette enchaînement, je m’attelle alors aux paroles. Il m’arrive d’utiliser les premiers mots qui me sont venus en chantonnant mon embryon de chanson et je rebondis là-dessus. Parfois j’ai un sujet que je veux aborder et ça aide, même au niveau de la mélodie. J’ai beaucoup réfléchi à tout ça, c’est le thème d’un atelier que j’anime à l’Université de la ville natale, Pitea.

Comment est-ce que vous fonctionniez à l’époque des Merrymakers pour les compos ?

On écrivait ensemble ou séparément mais il y avait une règle, tant que les trois membres du groupe n’étaient pas emballés sur un titre, on le rangeait dans nos tiroirs. Ça nous obligeait à nous surpasser. C’est sans doute pour ça aussi qu’on n’a fait que deux albums ! Ensuite, j’ai commencé à travailler avec d’autres personnes et ça a été une bouffée d’oxygène parce que ça faisait des années qu’on était en vase clos, à trois puis à deux.

Tu as fait quelques chouettes reprises (de 10CC, Secret Service, Roy Orbison…) quelle est ton approche ?

Ça dépend, en général j’essaie d’apporter ma petite touche personnelle comme sur ma version de Veronica d’Elvis Costello, avec un chœur plus puissant.

Tu as doublé ta voix pour obtenir cet effet ? 

Oui j’aime bien faire ça, j’en abuse parfois ! A propos des reprises, avec les Merrymakers, on a eu la chance de participer à un disque en hommage à Paul McCartney et plutôt que de choisir un de ses chefs-d’œuvre qu’on allait saboter, on a pris No More Lonely Nights, dont on adorait la mélodie mais moins les arrangements, qui sonnaient très années 80. On s’est éclatés à rajouter des guitares, un son plus lourd, j’aime beaucoup le résultat.

Quelle est ton actualité ?

Mon dernier album, qui est sorti en 2018, vient d’être réédité en version deluxe sur Spotify avec 4 titres supplémentaires (son single Spellbound et des reprises de Graham Nash, Brad Jones, Aztec Camera), qui étaient présents dans la version CD, mais pas en ligne. Pour l’instant pas de nouvel album en vue, j’espère juste que ça ne me prendra pas six ans comme entre les deux précédents ! Il y a quelques chansons qu’on a enregistrées pour Lucky Day mais elles ne cadraient pas avec l’esprit d’ensemble, je les sortirai peut-être un jour.

Est-ce qu’il y a une chose en plus dont tu aimerais parler ?

Si vous aimez un album, achetez-le si vous en avez la possibilité. J’ai la chance de pouvoir vivre décemment grâce aux jingles que je crée pour la télé ou la radio, en plus des cours à l’Université, sinon ce serait compliqué de payer les locations de studios, les musiciens… Le prix d’un café dans un bar sympa correspond à 1000 écoutes de l’un de mes titres sur Spotify !

Quelle chanson choisirais-tu pour illustrer cette interview ?

Jealous Sun, de mon dernier album.

Discographie solo: 
Soundshine (2011)
Lucky Day (2018)

www.davidmyhr.com

 

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