Les Secrets les Mieux Gardés de la Pop (4) : Duke Special

En pleine préparation de chansons pour une nouvelle comédie musicale, le chanteur auteur-compositeur de Belfast Peter Wilson, plus connu sous le nom de Duke Special, a répondu à nos questions.

Je suis très jaloux de ta coiffure, Peter.

UB40Malgré ce que pensent parfois les gens, à part le fait que le premier disque que j’ai acheté était Signing Off de UB40, il n’y a aucun lien entre ma coiffure et le mouvement rastafari ! En Irlande du Nord où j’ai grandi, historiquement, on a toujours attendu de nous qu’on se conforme, et je n’ai jamais trop aimé cette idée. Au départ, c’était surtout un moyen de me démarquer, aujourd’hui ça permet surtout aux gens de m’identifier facilement.

Comment est-ce que tu te décrirais ?

Je suis un conteur d’histoires, que je mets en musique. J’aime aussi me produire sur scène, chanter, ça me donne le sentiment d’être vivant. Sinon, je suis un papa, le compagnon de quelqu’un, et j’essaie d’être un ami sincère.

Pourquoi avoir choisi Duke Special plutôt que ton nom, Peter Wilson ?

Il y a déjà plein de Peter Wilson et j’ai toujours aimé les noms de groupe. Disons que Duke Special a une peu de Peter Wilson. J’ai choisi Duke en référence au music-hall, il y a toujours eu un côté cabaret dans ma musique. A la grande époque du music-hall, il y avait plein de gars qu’on appelait Duke quelque chose. Et le Special c’est en référence au groupe The Specials.

Duke Special

Est-ce que tu pourrais me parler un peu de l’endroit où tu es né ?

Je suis né A Lisburn, à 10 miles (environ 16km) au sud-ouest de Belfast. J’ai grandi à une époque qu’on appelle  communément « the troubles » (en Irlandais Na Trioblóidi, le conflit nord-irlandais), c’était tendu, du coup il n’y avait presque aucun concert à Belfast dans ces années-là. Aucune maison de disques, aucun promoteur ne voulait envoyer ses artistes en Irlande du Nord ! Les groupes punks ont ravivé la scène locale, sur fond de violence. Quand j’étais petit, j’ai habité dans plusieurs villes d’Irlande du Nord puis, quand j’ai commencé ma carrière, je me suis installé à Londres et j’ai voyagé un peu partout dans le monde, mais mon chez moi c’est Belfast, je suis heureux d’y vivre aujourd’hui.

Est-ce qu’il y avait beaucoup de musique à la maison ?

Ma grand-mère maternelle était professeur de piano. Mes 3 grandes sœurs ont appris le piano, ma mère en joue, ses frères et sœurs aussi, j’en entendais tout le temps quand j’étais enfant. Puis, j’ai commencé à m’amuser, chercher des accords, reproduire des chansons que j’entendais à la radio, ça a été une véritable Épiphanie pour moi !

Est-ce que tu pourrais me raconter une anecdote de ton enfance ?

Quand j’étais tout jeune, j’ai appris par cœur la chanson Hit me with your rythm stick de Ian Dury and The Blockheads, je la chantais avec une brosse à cheveux en guise de micro. Je me revois encore en train de brailler devant ma tante, interloquée : « Hit me with your rythm Stick, hit me, hit me, je t’adore, ich libe dich… » (Frappe moi avec ta baguette, frappe moi, frappe moi…) !

Est-ce que tu pourrais me parler d’une chanson qui te touche tout particulièrement ?

On Hyndford street de Van Morisson. Elle me fait penser à ma famille et à Belfast. J’ai vu plusieurs fois Van Morrison en concert et on a une fois partagé la scène, il a beaucoup d’âme, il est tellement à fond dans l’interprétation de ses chansons qu’il en sort presque toujours des moments de magie et de transcendance. Quand je n’ai pas trop la forme, je reviens toujours vers Van, mais aussi The Magnetic Fields. J’aime beaucoup l’approche aigre-douce des paroles de Stephin Merrit, il est très fort pour mélanger le miel au vinaigre. J’aime aussi beaucoup Ivor Cutler, un poète, auteur-compositeur et humoriste écossais.

On associe souvent les artistes nord-irlandais et irlandais à la soul et on parle beaucoup de l’influence américaine plus que britannique sur votre musique, qu’en penses-tu ?

Si on parle de genre musical, la soul vient du gospel mais, pour moi, est « soul » tout individu qui chante avec passion et honnêteté. Quant à l’influence de l’Amérique sur notre musique, il y a un grand débat là-dessus, je pense que le partage a été réciproque, la musique traditionnelle irlandaise est présente dans le bluegrass ou dans la folk américaine, même chose pour la musique écossaise et anglaise. Tout cela s’est mélangé là-bas à d’autres styles, comme le jazz par exemple, et puis c’est revenu. Aujourd’hui, ces interconnexions culturelles se sont généralisées et sont étendues à la planète entière.

Quel a été le premier 45T qu’on t’a offert ?

Oh, c’était un single de Noël, Hokey Pokey par The Snowmen !

Est-ce que tu as un instrument et un endroit de prédilection pour composer ?

Le piano. Avant il n’y avait pas vraiment de règle, j’écrivais n’importe où et à n’importe quelle heure, mais aujourd’hui j’ai une pièce spéciale pour composer, un atelier dans lequel il y a un piano. Je suis en ce moment sur un chouette projet de comédie musicale, et je dois rendre ma copie régulièrement au metteur en scène, alors je travaille plutôt la journée et c’est plus simple pour les interactions avec les auteurs qu’au milieu de la nuit.

Tu peux en parler un peu ? 

Je ne peux pas livrer trop de détails car on n’en est qu’au début. C’est l’adaptation du livre d’un auteur irlandais sur un transgenre au début des années 70, dans une ville imaginaire du nord de l’Irlande, avec tous les heurts que ça pouvait impliquer à l’époque. C’est ma 5ème incursion dans le monde de la comédie musicale, la première a eu lieu en 2009 pour l’adaptation de la pièce de Bertolt Brecht, Mère Courage et ses enfants (qui a donné lieu à un album du même nom de Duke Special). Ce que j’aime, c’est l’idée d’un projet qui vit pendant plusieurs mois, plusieurs années, toutes les fois qu’il est représenté sur scène, et chaque soir, c’est la même mise en scène mais le résultat est à chaque fois différent.

Sur ton dernier album en date, Hallow, sorti en 2017, j’aime beaucoup l’instrumental Remembering Carrigskeewaun. Est-ce que tu pourrais me parler de ce lieu et comment as-tu obtenu ce son vieilli de piano ?

C’est un conté d’Irlande où Michael Longley, un poète de Belfast dont j’ai adapté des poèmes pour cet album, passait souvent l’été. C’est au bord de la mer, c’est resté très sauvage, il y a beaucoup d’oiseaux. Ce morceau, c’est une improvisation pendant que je lisais un de ses poèmes, j’ai enregistré le piano sur mon téléphone dans mon atelier de Belfast, et le son qu’on entend derrière je l’ai capté, toujours sur mon téléphone, sur place, à Carrigskeewaun. En studio on a rajouté un peu d’orgue, mais on a laissé le rendu original du son du piano enregistré sur mon téléphone. Au départ c’était censé n’être qu’une démo mais ça sonnait un peu comme un vieux disque, du coup on l’a gardé en l’état !

Qui était le Garçon Pamplemousse (titre d’un album de l’un de ses premiers groupes, Benzine Headset) ?

Avec les membres du groupe, on s’est assis en rond en se demandant comment on allait appeler notre album et on a lancé des mots en vrac. On aimait le son de ce mot, Pamplemousse, et on a ajouté un autre mot français qu’on connaissait ! Il n’y a pas de sens caché !

Comment se passe la création d’une chanson ?

J’enregistre tout ce qui me passe par la tête ou sort de mon piano sur mon téléphone. Du coup, je sais que c’est là bien gardé au chaud et je ne me réveille plus la nuit ! Il y a plusieurs manières de faire ensuite. En ce moment, je retravaille mes démos sur l’ordi, je rajoute des instruments pour voir à quoi ça pourrait ressembler, puis on définit mieux tout ça en studio avec l’ingénieur du son, le producteur. C’est très mouvant jusqu’à la dernière minute, notamment pour les paroles. On essaie plein de choses, des sons électroniques, pour le dernier album une ambiance construite autour du piano. C’est ce que j’aime en studio, j’ai une chanson toute nue et je l’habille comme je veux, je choisis quels instruments vont s’animer au mieux autour du piano et de ma voix.

Est-ce que tu seras bientôt en concert en France ?

J’espère ! J’ai fait un concert l’an dernier à Paris, j’adore jouer en France, mais je tourne un peu moins en ce moment, je passe pas mal de temps à écrire. Dès que la comédie musicale sera prête, je me lancerai dans l’écriture du prochain album de Duke Special, sans doute l’an prochain puis on organisera des dates.

Est-ce que tu aurais quelque chose à ajouter ?

Peter brandit des plumes d’oiseaux de toutes les couleurs.

C’est toujours bien d’avoir un sac de plumes à portée de main !

Laquelle de tes chansons choisirais-tu pour illustrer cette interview ?

Grace Darling :


Discographie :

  • Adventures in Gramophone (2005)
  • Songs from the Deep Forest (2007)
  • I Never Thought This Day Would Come (2008)
  • Mother Courage and Her Children (2010)
  • The Silent World of Hector Mann (2010)
  • Under the Dark Cloth (2011)
  • Oh Pioneer (2012)
  • Look Out Machines! (2015)
  • Hallow (2017)

www.dukespecial.com

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