Les Secrets les Mieux Gardés de la Pop (27) : Marc Teamaker

Les deux premiers albums de Marc Teamaker, Lust for Wanda et Ping!, seront bientôt disponibles sur Bandcamp. En attendant, vous pouvez (re)découvrir son album éponyme de 2003, ainsi que des réalisations plus récentes enregistrées avec son groupe The Soul Shop, dont le petit dernier, All The Little Mornings. Depuis le Connecticut, Marc est revenu pour nous sur la genèse de cet opus et sur la signification de l’une de ses premières chansons, Gabriel. Il a également évoqué quelques souvenirs d’enfance, ses disques de chevet et les derniers livres qu’il a dévorés.

Bonjour Marc, où as-tu grandi et est-ce que cet endroit t’a inspiré pour tes chansons ?

Je suis né dans le Bronx et quand j’avais 4 ans on a déménagé dans le quartier des Yonkers, à New York, qui se trouve à peu près à 25 minutes au nord de Manhattan. Être de New York et avoir grandi dans son ombre, je trouve ça très inspirant. Pas seulement pour la musique. En plus, tous les plus grands groupes viennent jouer à New York, j’ai assisté à mon premier concert en 1972, quand j’avais 12 ans. Il y avait à l’affiche Humble Pie, Edgar Winter et Ramatam. C’était au Gaelic Park, qui est un stade de foot.

 

Est-ce qu’il y avait beaucoup de musique à la maison quand tu étais enfant ?
Oui ! Mon père et ma mère écoutaient tout le temps de la musique, surtout du classique et du jazz. Des trucs comme Debussy, Count Basie et Frank Sinatra. Quand les Beatles sont arrivés, ça a tout changé. Enfant, j’étais captivé par eux mais aussi à fond dans la musique soul. La Motown. Stax/Volt. C’est ce qui cartonnait aux cotés des Beatles dans le top 40 des radios new-yorkaises avec d’autres sons pop de la fin des années 60. J’ai des grands frères qui m’ont aussi converti à Santana, Crosby Stills, Nash and Young et d’autres. J’ai toujours été attiré par la musique.
Marc Teamaker
Des musiciens dans la famille ?
Mon grand-père et mon oncle côté paternel jouaient respectivement de la clarinette et du violon.
 
Est-ce que tu aurais une histoire amusante de ton enfance à me raconter ?
Hmm… laisse-moi  réfléchir. Il n’y a aucun lien avec la musique. C’était un jour d’été bien chaud, je devais avoir dans les 6 ans, je rabâchais à ma mère que je m’ennuyais. Tous les autres enfants étaient dans des colos ou ailleurs, il n’y avait personne avec qui jouer. Ma mère avait toujours plein d’idées ingénieuses, alors elle m’a donné un pinceau et une boîte à café pleine  d’eau et m’a demandé de peindre le mur de pierre en face de la maison. J’ai adoré l’idée !  Il fallait que je remette de l’eau quand il n’y en avait plus et j’avais l’impression de faire un boulot très important. En même temps je rêvassais tout en peignant. Et c’est resté jusqu’à aujourd’hui mon passe temps préféré ! Tu vois… Je pense que ma mère savait. Elle a encouragé mon imagination et je ne la remercierai jamais assez
pour ça.

Antonio Carlos Jobim

Donne-moi la première chanson qui te vient à l’esprit…
Walk On By chanté par Dionne Warwick et écrite par Burt Bacharach et Hal David. Bacharach est l’un de mes héros musicaux.
Est-ce qu’il y a un artiste ou un album vers lesquels tu reviens tout le temps ?
Il y en a plein. What’s Going On de Marvin Gaye, Wave d’Antonio Carlos Jobim, Bryter Layter de Nick Drake, les Small Faces. Il y en a tellement, je ne peux pas en citer qu’un !

 

En dehors des musiciens, qui t’a le plus inspiré dans ta vie ?

Mon Dieu… Il y en a quelques-uns mais je dirais en particulier ma mère. Elle m’a inculqué la joie d’être imaginatif et de lire… et le goût de la bonne bouffe. C’était quelqu’un de très spirituel et ça m’a certainement inspiré. C’était la personne la plus douce et aimante que j’ai connue. Tout ça m’a guidé dans mon cheminement en tant que personne et en tant que musicien.
 
Quel à été le premier disque qu’on t’a offert ? Le premier que tu as acheté ?
The BeatlesOuhla c’est difficile de m’en souvenir mais c’était sans doute un disque des Beatles. Peut-être Help ! Qui est jusqu’à ce jour mon disque préféré. Sans doute un cadeau de Noël ou d’anniversaire de la part de mes parents. Le premier que j’ai acheté avec mes petits sous, c’était le 45T I want You Back des Jackson Five.
 
Si tu pouvais voyager dans le temps, tu choisirais quelle période et tu serais qui ? 
Ce qui me vient en premier c’est l’ère victorienne et je serais Charles Dickens. J’aurais rêvé d’écrire comme lui et aussi m’habiller comme ça.
 
Est-ce que tu as un moment de prédilection pour composer, un instrument ?
En général après le petit déjeuner, vers 10h du matin, dans mon appartement. Guitare ou piano.

Qu’est-ce que tu pourrais me dire de ton dernier album ?
Il s’intitule All The Little Mornings, c’est un double album de 23 chansons écrites et enregistrées entre 2010 et 2019. Elles ont été inspirées par beaucoup de choses mais en particulier par les femmes de ma vie. La séparation avec ma première épouse, mes filles, une nouvelle compagne, puis je me suis remarié avec Kathleen, qui venait de Chicago, et était l’amour de ma vie. Hélas, elle est décédée en 2016, ce qui m’a anéanti. Elle était incroyable ! Elle était écrivain. Elle a aussi écrit les paroles d’un disque qu’on a fait ensemble sous le nom de groupe Albany Park Wirephoto. Ça s’intitule Random Acts of Commandment. On l’a écrit entre 2011 et 2016 à Chicago. Pour revenir à All The Little Mornings, je chante et joue de tous les instruments sauf la batterie. C’est Jared Nixon qui s’est chargé de la batterie, plus un peu de basse et de chœurs. Ray Herrmann a joué e la batterie aussi. Ce sont de très bons amis qui font partie de mon groupe, The Soul Shop. Le violoncelle sur Unravelling est joué par Dan Cho. C’est un album dans la veine de ceux des années 70, qui a également été influencé par la musique de Neil Finn et Paul Weller, entre autres.
Qui était le Gabriel de ton album Lust For Wanda ?

C’est l’ange Gabriel. Tu sais l’histoire du chat qui a soufflé dans sa trompette annonçant le jour du jugement dernier, mélangé avec une référence à Louis Armstrong, dont le surnom était “Pops.” Cette chanson c’était un genre de flot de pleine conscience, quelque chose de spirituel mais avec humour. Ne pas résister à la vie et juste essayer d’être.

Est-ce que tu vas venir jouer en France ?
Ce n’est pas dans les plans mais j’adorerais. Je prévois de retourner en Angleterre où j’ai joué souvent et peut-être que je pourrais aller jusqu’à Paris si une opportunité se présente.
Quelle est la question que tu souhaiterais que je te pose ?
Peut-être quel serait l’auteur de prose ou de poésie qui m’a le plus influencé ?
Est-ce qu’il y a un sujet dont tu aimerais parler ?
Hé bien… il y a deux livres que je suis en train de dévorer qui me plaisent vraiment beaucoup. Le premier c’est Sula de Toni Morrison et l’autre s’intitule The Majesty of Calmness, Individual Problems and Possibilities… de William George Jordan. Il a été écrit en 1900 et parle de la prise de contrôle sur soi, l’autonomie, etc…  C’est autant pratique que spirituel. Très inspirant. Quant à Sula, c’est très bon, l’expérience afro-américaine tout au long du 20ème siècle vue par des femmes. Je recommande ces deux livres, j’adore la littérature.
Laquelle de tes chansons pourrait illustrer cette interview?
Ce n’est pas évident. Tu peux choisir parmi ces 3 là: Unraveling, Time is Just a Sham, ou Skinny Wrist. Toutes issues du dernier album All The Little Mornings.

Ça tombe bien, Skinny Wrist est l’une de mes préférées !

 

 

Discographie
All The Little Mornings (2019, Fair Square)
Albany Park Wirephoto – Random Acts of Commandment (2017, Fair Square)
Tomorrow’s Today (Volume Two, EP, 2008, Fair Square)
Tomorrow’s Today (Volume One, EP, 2008, Fair Square)
Marc Teamaker (2003, 9 Ball Records)
Empress Polecat (EP, 2003, Olong Songs)
Ping! (2000, Hive Music)
Lust For Wanda (1997, Hive Music)

marcteamaker.me

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