Les Secrets les Mieux Gardés de la Pop (20) : El Petit de Cal Eril

Joan Pons a donné à son groupe, El Petit de Cal Eril, le nom de la maison dans laquelle il a grandi, près de Barcelone. En pleine promo de leur nouvel album, Energia Fosca, Joan a répondu à nos questions en français, en espagnol et en anglais. Il nous a parlé des chanteurs qui ont bercé son enfance, de la langue catalane, de hardcore suédois, de sa première tentative de chanter en français (en espérant que ce ne sera pas la dernière) et du Big Bang.

Bonjour Joan, pour commencer, que signifie le nom de ton groupe, El Petit de Cal Eril ?

C’est Le Petit de la maison Eril. Eril, c’est le nom de la maison dans laquelle je suis né et où j’ai grandi, dans un village proche de Barcelone. C’est un nom très ancien qui fait référence à un palais du 17ème siècle  dans les Pyrénées. Au début, je pensais utiliser mon nom, Joan Pons, mais j’ai trouvé que ce serait plus original. C’est vrai que beaucoup de gens ne savent pas ce que ça signifie, même en Catalogne.

Quand tu étais enfant, à l’école, l’enseignement se faisait en espagnol et en catalan ?

En catalan uniquement. C’était un petit village de l’intérieur de la Catalogne et tout le monde ne parlait que catalan. J’ai commencé à parler espagnol en regardant la télévision. A l’école, on avait un professeur d’espagnol, mais il expliquait tout en catalan !

Est-ce que tes albums marchent bien en dehors de l’espace catalan ?

Oui, on a beaucoup d’auditeurs non catalans, en Espagne ou ailleurs.Nous ne sommes pas du tout un groupe politisé. L’origine de notre projet musical n’est pas basé sur une quelconque revendication politique, je chante en catalan parce que c’est ma langue, c’est plus facile pour moi de véhiculer mes sentiments dans cette langue. Ce n’est pas un drapeau !

C’est une très belle langue. Même si je ne la comprends pas, je trouve sa sonorité très poétique. Dans le clip de la chanson qui donne son titre à ton dernier album, l’Energia Fosca, il y a les paroles qui apparaissent et j’arrive à comprendre certains trucs…

Oui c’est assez proche du français et les Espagnols peuvent comprendre aussi.

J’avoue que j’ai été surpris par la modernité de ta musique, j’avais sans doute un petit à priori ne connaissant pas d’autres artistes catalans.

On fait la musique qu’on aime, la même que celle d’un Britannique, un Espagnol ou un Français, mais en catalan, c’est la seule différence. L’habillage sonore irait avec n’importe quelle langue.

El Petit de Cal Eril

En dehors de la musique, qu’est-ce que tu fais ?

J’ai étudié le cinéma et j’ai beaucoup travaillé avec Albert Serra, qui est un cinéaste catalan. J’ai également installé un studio chez moi pour produire d’autres artistes locaux.

Est-ce qu’il y avait beaucoup de musique à la maison ?

Ma mère écoutait beaucoup de chanteurs français, Moustaki, Brassens, mais aussi des artistes catalans comme Raimon, Ovidi Montllor, Pau Riba. Mon père écoutait plutôt du jazz. Je suis le cadet de la famille, j’ai quatre grands frères. L’aîné était fan de punk, il a écouté beaucoup de punk espagnol et aussi les Ramones, les Sex Pistols.

Tu as déjà pensé à faire une chanson en français ?

J’en ai fait une, qui s’intitulait Je m’appelle la Tour Eiffel ! J’étais au lycée ! J’aime bien la chanson française, par exemple François Virot, est-ce que tu connais ?

Mais non, je vais écouter ! Et quel style t’a le plus influencé ?

Ça a beaucoup évolué, le premier album était de style plus classique et puis on a incorporé de nouveaux sons. On est cinq dans le groupe et chacun amène sa personnalité musicale. Ce qui est primordial pour moi, avant toute chose, c’est la chanson, plus que son habillage, la qualité de la mélodie.

Est-ce que tu pourrais me raconter une anecdote de ton enfance ?

Quand j’étais petit, je ne pensais qu’à une chose, m’échapper du petit village dans lequel je suis né, voir le monde ! Dès que j’ai pu, je suis allé vivre à Barcelone. Et puis je suis revenu, pas dans mon village d’enfance, mais pas loin. Entre mon village d’enfance et Barcelone.

Est-ce que tu pourrais me citer une chanson qui te touche tout particulièrement ?

C’est très difficile ça ! Il y a une chanson catalane, qui a côté très cru, désossé, c’est un titre de Raimon qui s’appelle Una Vaca Amb un Vedellet en Braços. C’est l’adaptation d’une œuvre du poète catalan Pere Quart. J’aime beaucoup ce titre, je le chante à mon fils, c’est à la fois très simple et vraiment profond, tout ce que j’aime.

Quel est le premier disque que tu as reçu quand tu étais enfant ?

Je ne me souviens pas exactement. Ah si, mon frère m’a offert un vinyle de Bad Religion, Recipe for Hate ! J’avais dans les 12-13 ans !

Quel est le premier que tu as acheté ?

Pour moi et mes copains du lycée, c’était très compliqué d’acheter des disques, il fallait qu’on se rende dans un autre village et puis prendre le train jusqu’à Barcelone, en tout ça nous prenait quatre heures pour arriver chez le disquaire ! Donc on en achetait chacun notre tour et on se les prêtait ! Mon premier, achat c’était un groupe de hardcore suédois, Refused. Super cool. Je devais avoir 15-16 ans.

Si tu pouvais voyager dans le passé, quelle époque de l’histoire est-ce que tu choisirais ?

C’est marrant, parce que quand on est en tournée avec le groupe, on se fait toujours ce genre de question ! Moi, j’aimerais remonter jusqu’au Big Bang !

Peut-être que le Big Bang c’était un son musical ?

La première musique jamais entendue dans l’univers !

Comment est-ce que tu composes tes chansons ? Dans ton studio, en marchant, en faisant du vélo ?

En général, il me faut trouver un endroit tranquille où je suis seul pendant quelques jours. Je prends ma voiture et je vais m’isoler, par exemple à la montagne ou dans une maison de campagne… J’ai déjà essayé chez moi, mais ça ne fonctionne pas, il y a l’internet, mon fils… Pour moi, faire des chansons, c’est comme aller à la pêche.

El Petit de Cal Eril

Quelle est la particularité de ton dernier album, Energia Fosca, par rapport aux précédents ?

A chaque fois on essaie d’apporter un son différent ou d’utiliser d’autres instruments, on enregistre dans un autre studio avec un nouvel environnement, même s’il y a une constance dans tous nos albums. Pour celui-ci, on a choisi un son plus brut, en 4 pistes, une pour la guitare et la voix, une pour le clavier, une pour la batterie… C’est sa particularité, le son est plus cru.

Est-ce que tu as déjà donné des concerts en France ?

Une seule fois, à Perpignan. C’est très difficile pour nous de sortir de Catalogne. On a essayé par exemple de nous produire à Toulouse, mais pour l’instant ça n’a pas fonctionné. Le problème principal, c’est la langue. En même temps, si tu y réfléchis, il y a très peu de groupes francophones par exemple qui se produisent en Catalogne, alors qu’on accueille plein d’anglophones. C’est comme ça. On nous dit souvent que si on chantait en espagnol par exemple, on serait programmé dans tous les festivals espagnols.

Laquelle de tes chansons est-ce que tu choisirais pour illustrer cette interview ?

Je dirais Som Transparentes de notre album El Disc Triangular ou alors Pols du dernier album.

Site Officiel
elpetitdecaleril.com

Discographie
Energia Fosca (2019)
El Disco Triangular (2018)
La Força (2016)
La Figura Del Buit (2013)
Vol i Dol (2010)
Cançons de Nadal (2009)
…I les Sargantanes al Sol (2009)
Per Què es Grillen les Patates? (2007)

 

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