Les Secrets les Mieux Gardés de la Pop (13) : Anthonie Tonnon

L’artiste néo-zélandais Anthonie Tonnon a l’art de renouveler l’approche de la scène, dans des musées ou des festivals d’arts dans lesquels il présente son Synthetized Universe Tour autant visuel qu’audio ou en accompagnant en train ses spectateurs jusqu’aux salles de concert. Il nous a également parlé de sa ville natale, Dunedin, de ses talents de pianiste, du temps moyen de création d’une chanson et des vertus thérapeutiques des chansons de Kate Bush.

Bonjour Anthonie, est-ce que tu pourrais me parler de la série de concerts que tu viens de donner, A Synthetized Universe ?

C’est parti d’une invitation du musée de Dunedin, qui m’a laissé carte blanche pour un événement musical et visuel. J’ai donc imaginé, avec le designer Andy Charlton, une expérience à 360 degrés d’un show un peu futuriste dans un planétarium. Le planétarium est devenu en quelque sorte un nouveau membre du groupe. On a fait un premier spectacle, qui a fait complet, un second aussi à guichet fermé. Du coup, on l’a recréé au Auckland Arts Festival. C’est une super expérience, qui représente assez bien qui je suis, d’un côté un musicien un peu old school et de l’autre un artiste attiré par la technologie, les robots.

Le côté futuriste vient-il aussi des arrangements des morceaux ?

J’utilise pour ce spectacle un synthétiseur appelé le Synthstrom Deluge, une création Néo-Zélandaise, qui me permet de modifier tous les sons en direct, donc oui la texture des morceaux est modifiée, il y a des intros expérimentales, des sons atmosphériques ou un peu étranges.

Est-ce que ça a modifié ton approche de la scène ?

Oui tout à fait, les regard sont plus braqués sur les images que sur moi, c’est rafraîchissant. Et ce qui est génial c’est qu’on se produit dans des espaces qui peuvent accueillir au maximum entre 50 et 100 personnes, le public est en totale immersion. D’habitude, une telle pyrotechnie visuelle est réservée aux très grandes salles ou aux stades. J’ai été voir Radiohead dans un stade. D’où j’étais, les membres du groupe n’étaient pas plus grands qu’une allumette. Dans mon cas, le public est à la fois proche du groupe, dans une ambiance intime et en même temps au milieu d’une débauche d’effets spéciaux.

Est-ce que les chansons de ton prochain album seront dans la même lignée ?

Il y aura certaines influences. J’ai écrit une nouvelle chanson, spécialement pour le spectacle, qui colle à certains effets spéciaux que je souhaitais mettre en place. Et il se trouve qu’il me manquait une chanson pour finir le prochain album donc elle devrait y être. Je travaille sur cet album depuis un bon bout de temps, pas mal de chansons avaient été écrites avant l’expérience du planétarium. Et j’ai un autre projet en cours, qui est également très inspirant, qui s’appelle Rail Land. Je voyage en train jusqu’à la localité où va avoir lieu mon concert avec tout le public qui va y assister !

Le concept est génial, comment t’est venue l’idée ?

Anthonie TonnonEn nouvelle Zélande, le parc ferroviaire a un peu été laissé à l’abandon du coup c’est une manière sympa de remettre les trains au goût du jour. Et moi ça m’inspire pour l’album tous ces projets parallèles grâce auxquels je rencontre plein de gens différents. Tu sais, la plupart du temps l’artiste s’enferme pendant des mois pour essayer de créer un grand album, puis il tente de convaincre tout le monde que c’en est un puis il y a les concerts et on recommence. Je trouve tout ça très ennuyeux donc je cherche à casser ce cercle et à faire des concerts d’un type un peu différent.

Est-ce que tu as une date de sortie pour le nouvel album ?

Bientôt ! Je n’aime pas trop m’avancer sur les dates, je dois être un peu superstitieux, mais sans doute en début d’année prochaine, ou un peu plus tard.

J’ai quelques questions sur ton parcours musical et tes influences. Tout d’abord, est-ce que tu pourrais me parler de l’endroit où tu as grandi ?

Je suis arrivé à l’âge de 3 mois à Dunedin, une très jolie ville sur des hauteurs dans le sud de la nouvelle Zélande. C’est une ville qui a été bâtie au moment de la ruée vers l’or, c’était la ville la plus importante du pays jusqu’au début du 20eme siècle puis elle a cessé de grandir. Elle s’est un peu figée dans le temps. Presque tous les immeubles ont une vue sur l’océan, c’est un endroit à la fois romantique et dur. C’est complètement isolé, tu as l’impression que le reste du monde n’existe pas et la propre ville de Dunedin n’a pas l’air réel. C’est une ville très créative. Quand on est éloigné de tout, on n’a aucune limite, on expérimente sans pression en se disant que de toute façon personne ne nous écoutera.

Quel type de la écoutaient tes parents ?

Il y avait plein de super groupes dans les années 80 à Dunedin, comme The Chills ou The Verlaines et la presse néo-zélandaise est persuadée que j’ai grandi en les écoutant mais pas du tout, je viens d’une famille d’ouvriers et on n’avait pas accès à ces musiques branchées, on écoutait ce qui passait à la radio et mes parents avaient 3 K7, Phil Collins, Supertramp et Vanessa Mae. De mon côté, je suivais un programme à la radio dédié à la musique des années 60, j’adorais ça. A l’époque, je n’avais pas les moyens de m’acheter les disques des Beatles et internet n’était pas ce qu’il est aujourd’hui. Quand George Harrison est décédé, ils ont passé à la radio des chansons des Beatles non stop et c’est comme ça que j’ai pu découvrir leurs titres moins connus comme Sexy Sadie, Julia… J’ai passé le week-end à enregistrer routes ces chansons qui passaient à la radio.

Est-ce que c’est en écoutant ces artistes des années 60 que tu as eu envie de devenir musicien toi-même ?

Non, en fait j’ai commencé le piano quand j’avais 4 ans et pour être franc j’ai détesté ! Petit, j’aimais bien, c’était l’occasion de faire du bruit, puis je me suis lassé et à 16 ans j’ai laissé tomber. On étudiait pendant un an 3 morceaux classiques pour le concert de fin d’année du lycée et ce n’était pas un apprentissage très joyeux. Cet été là, un de mes amis a monté un groupe et ça m’a donné envie de me mettre à la guitare. Ma sœur en avait une, je suis allé à la bibliothèque et la méthode que j’y ai trouvée était vraiment très didactique, organisée par clés et par accords et j’ai soudain eu l’impression de comprendre la musique. J’avais une compilation de Bowie et je me suis fait la main sur la guitare avec Starman et Ziggy Stardust. Puis, j’ai commencé très rapidement à écrire des chansons.

Aujourd’hui, tu composes plutôt au piano ou à la guitare ?

Au piano, j’aime beaucoup écrire au piano.

Est-ce que c’est grâce à la technique que tu as acquise pendant tes années d’apprentissage

Non, je suis une bille , j’ai une très mauvaise technique ! Je ne suis pas pianiste mais j’aime écrire mes mélodies au piano ou via mon Synthstrom Deluge sur lequel je branche un synthé.

Est-ce que les mélodies viennent facilement ?

Ça dépend, je peux rester bloqué 2 ans sur une chanson ! Quelques accords qui ne vont pas, les paroles. Le public et les artistes débutants ne se rendent pas forcément compte mais c’est parfois plus dur qu’il n’y paraît d’écrire une chanson. Disons que les premières notes ou les premiers accords que tu mets en place peuvent venir assez facilement parce qu’à ce stade tes options sont quasiment infinies mais après ça elles se réduisent drastiquement, tu dois compléter ta chanson dans le rythme, le  style, les enchaînements d’accords qui correspondent à ces premières notes !

Comment est-ce que tu vis ça quand tu bloques sur une chanson ?

Leonard CohenÇa peut être très frustrant mais il n’y a aucune honte à mettre 3 ans à finir une chanson. Un jour Leonard Cohen a rencontré Bob Dylan dans un café et ils ont commencé à parler chansons. Leonard a demandé à Bob combien de temps il avait mis pour écrire tel titre et Bob lui a répondu « 15mn ». En retour, Bob lui a demandé combien de temps il lui avait fallu pour écrire Hallelujah et Leonard a répondu « 2 ans ». Puis Leonard Cohen a avoué avoir menti pour impressionner Bob Dylan : la chanson lui a pris en vérité 10 ans et il a passé des nuits blanches à essayer de trouver les bonnes paroles ! La vérité c’est qu’une chanson comme Hallelujah avait sans doute besoin de 10 ans pour arriver à maturité dans sa tête. Tu peux écrire une chanson incroyable en 10mn mais ça ne signifie pas que toutes tes chansons pourront être écrites en 10mn. Pour certaines, il te faudra 10 ans. Personnellement, je compare l’écriture d’une chanson à du jardinage, une fleur ne pousse pas en une heure, il faut de la patience, de l’eau du soleil. Et tout ce processus est aussi important que le produit fini !

A quel moment est-ce que tu considères qu’une chanson est finie ?

Je pense que ça n’arrive jamais en fait, tu as l’impression que oui quand tu as fini l’enregistrement et qu’elle sort. Puis il y a les concerts et tu lui donnes de nouveaux arrangements, tu la vois différemment, tu la joues mieux qu’en studio et parfois d’autres interprètes s’en emparent.

Quel est l’artiste que tu écoutes en boucle quand tu n’es pas en super forme ?

J’avais mal au dos ces dernières semaines et les chansons de Kate Bush m’ont fait me sentir physiquement mieux ! Elle m’a aidé à me rétablir, les sons, les tons de sa  voix, du plus grave au plus aigu, c’était comme un massage musical. Ses chansons sont super modernes.

Est-ce qu’il y a une question qu’on ne t’a jamais posée en interview ?

Ce n’est pas une question mais je ressens une certaine frustration parfois sur la perception que certains journalistes ont des musiciens, en tout cas les journalistes qui ne sont pas musiciens eux-mêmes. Ils véhiculent souvent l’idée qu’un musicien « de talent » a des genres de super pouvoirs, qu’il est magique, alors qu’en vérité il a énormément travaillé pour en arriver là, parfois depuis son plus jeune âge et qu’il devra continuer à bosser dur s’il veut parvenir à se renouveler. Pour moi, faire de la musique n’est pas différent de faire un café, dessiner des voitures ou n’importe quelle autre activité. Le talent existe mais il n’est pas suffisant et il y a des tas de gens qui n’étaient pas doués dans un domaine et ont fini par faire des trucs plus intéressants que d’autres qui l’étaient. C’est vrai que si je veux avoir un succès planétaire il vaudrait mieux que je fasse croire à tout le monde que j’ai des super pouvoirs mais un jour je serai démasqué !

Laquelle de tes chansons aimerais-tu que j’utilise pour illustrer cette interview ?

Two Free Hands

www.anthonietonnon.com

Discographie:
Successor (album)- 2015
Two Free hands (EP) – 2017

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