Les Coronados : ″C’était uniquement pour le plaisir″ – Interview

En complément de la chronique d’ « Un Lustre », à l’occasion de la réédition vinyle de l’album par Mono-Tone Records, Yves Calvez, bassiste des Coronados, nous a accordés un peu de son temps pour nous donner des détails sur l’enregistrement de l’album et la vision du groupe. Un entretien d’autant plus précieux que le groupe a toujours été connu – au cours de son existence et par la suite – pour ne divulguer que très peu de choses, et laisser flotter un halo de mystère autour d’eux. Profitons donc pleinement de cet entretien sans langue de bois, avec, cerise sur le gâteau, quelques mots d’Yves Calvez sur chacun des morceaux d’ « Un Lustre », façon track by track sauvage. Ladies & Gentlemen, Les Coronados.

Qui était à l’origine de cette réédition d’Un Lustre ? Etait-ce pour fêter les 30 ans de l’album ?

Non, pas du tout, il n’y avait pas de souhait particulier de notre part, c’est le label Mono-Tone qui a pris l’initiative de cette réédition. Il trouvait cela intéressant et il semble en effet que ça intéresse encore quelques personnes ! Même si les Coronados sont une affaire close depuis longtemps maintenant.

C’est un album qui a en effet particulièrement bien vieilli, bien au-dessus de la production française de l’époque. Vous avez mis cinq ans pour le réaliser ?

Oui, en effet. cinq ans, un lustre (rires). On se prenait la tête pour trouver les titres, et finalement, on s’est arrêté sur celui-là, qui résume le temps qui le sépare du premier album, N’importe quoi (sorti en 1984 chez Romance, ndr) On a réalisé ce disque en trio, après le départ de Dominique Especel. Il est parti fin 85, et on a dû commencer l’enregistrement deux mois après, début 86. L’enregistrement de l’album en lui-même s’est effectué sur deux ans, entre 1986 et 1988. Les morceaux ont été composés par Bernard Lepesant (chanteur et guitariste du groupe, ndr) et moi-même, en duo, comme cela a été le cas pour tous les titres que nous avons écrits.

Où a-t-il été enregistré ?

Dans plein d’endroits différents, principalement en banlieue parisienne. Certains titres ont été enregistrés dans le studio où a été réalisé le premier album, d’autres chez Didier Le Marchand, notre producteur, d’autres encore ailleurs…

Il y a une grande diversité de styles dans l’album. Collectionneur Maniaque ou Inutile de Dire, par exemple, sont de grandes chansons pop, de vrais hits potentiels. Y-a-t-il eu de la part du groupe une volonté de sonner, si ce n‘est de manière plus commerciale, en tout cas de manière plus « radiophonique » ?

Non, pas du tout, ça correspondait simplement à notre volonté d’expérimenter différents styles musicaux, sans aucune censure. Comme nous n’avons jamais vécu de la musique et que nous travaillions tous à côté, nous étions tout à fait libres de nos choix. C’était uniquement pour le plaisir.

Pourtant, le groupe va s’arrêter en 1989. Même si l’album a reçu d’excellentes chroniques à l’époque.

Oui, dire que c’est un album culte, ça veut dire concrètement que tu as fait un disque qui n’a rien vendu (rires). Après Un Lustre, on a enregistré trois titres supplémentaires dans les studios Pathé Marconi (figurant sur la réédition CD d’Un Lustre chez Last Call Records en 1997, ndr) Et je les ai pris sous le bras pour faire le tour des maisons de disques, mais, alors que quelques temps avant, tout le monde voulait nous faire enregistrer un album, les maisons de disques étaient beaucoup plus frileuses, elles refusaient de se projeter en se basant sur quelques titres et nous disaient « on préférerait entendre tout l’album avant de nous prononcer »… Les responsables de labels commençaient déjà à avoir des oreilles en carton. De ce fait, on arrivait sur une impasse, et on a préféré arrêter, d’un commun accord.

Vous avez toujours travaillé en parallèle du groupe pendant toute sa durée ?

Oui. En fait, en remontant de Limoges après notre passage à l’école Nationale Supérieure de Céramique Industrielle. Bernard et moi squattions chez Dominique Especel, on jouait au billard toute la journée (rires). On ne souhaitait pas être ingénieurs, mais en même temps, on savait qu’on n’allait pas pouvoir rester éternellement comme cela. C’est Dominique qui est revenu un jour en disant « j’ai vu une annonce, ils recherchent des profs, vous devriez candidater ». Je voulais faire ça trois mois, j’ai été professeur de physique 30 ans (rires).

Yves Calvez - Les Coronados
(DR)

Je ressens cette même absence de regrets, d’amertume ou de frustration que lorsque j’en parlais à Erick Gervais, des Valentino, qui a toujours travaillé en parallèle. Didier Wampas aussi a un discours similaire. Est-ce que le fait de ne pas voir la musique comme un moyen de subsistance ne permet d’y voir que le plaisir ?

Bien sûr, car tu es complètement libre de tes choix. J’ai vu des groupes avec lesquels on tournait à l’époque, et qui jouaient pour vivre ; on avait l’impression qu’ils partaient à l’usine. On a voulu éviter ça à tout prix.

Il y a toujours eu un certain mystère que vous entreteniez autour du groupe : les disques ne précisaient pas le nom des membres du groupe, vous signiez collectivement tous les titres, très peu de photos du groupe existent… On avait le sentiment que, contrairement à la plupart des groupes qui recherchaient l’exposition médiatique, vous balanciez vos brûlots musicaux, vous réalisiez des concerts très intenses, sauvages puis repartiez dans la nuit sans vous retourner, façon braqueurs soniques. C’était une démarche voulue ?

Oui, c’était exactement ça. On a tourné avec quasiment tous les groupes de l’époque, on s’entendait bien avec tout le monde, mais il n’y a jamais eu de liens particuliers. Notamment parce qu’on avait un parti pris de chanter en français, ce qui n’était pas forcément la norme à l’époque. On était indépendants en tous points et on l’est resté.

La réédition d’ Un lustre n’est qu’une étape ? Le reste de la discographie va suivre ?

Oui, N’importe quoi…  sera ensuite réédité en vinyle, puis un dernier disque contiendra les EP et autres raretés.

Il reste quelques titres dans les tiroirs ?

Quelques petits trucs, oui. On nous demande notamment un album « live », mais il faudrait qu’on réécoute toutes les bandes des concerts qu’on a enregistré sur dix ans et on a un peu la flemme (rires).

Au vu de tes réponses précédentes, je pense connaître la réponse mais il faut que je pose la question : Les Coronados, c’est terminé ?

Oui, bien sûr. On jouerait beaucoup moins bien qu’à l’époque, donc quel intérêt ? Lorsque je vois tous ces groupes qui ne savent pas s’arrêter, je trouve ça pathétique.

Y-a-t-il un titre que tu aimes particulièrement sur l’album ?

J’aime bien la reprise de Willie Dixon I Love The Life I Live. Notre reprise est inspirée par celle d’Esquerita, la version ultime en la matière.

Dernière question, évidente : Yves Calvez, es-tu un collectionneur maniaque ?

Complètement. Peut-être pas maniaque, mais j’ai des mètres cubes de disques et de guitares chez moi… ce qui n’est pas sans poser problème dans les déménagements (rires)

Coronados - Un lustre

Bonus track : Un Lustre, track by track

Un lustre

Enregistré dans la cave d’un type alcoolique et dépressif, fan de Michel Sardou qui venait nous prendre la tête tous les jours en nous expliquant sa conception de la vie…

Comment croire à de la méchanceté ?

Idem que le précédent.

I Live the Life I Love

Enregistré à Clamart là où l’on avait enregistré le premier album. Au lendemain d’un concert à Genève: nous étions très fatigués…

Encore

Également enregistré à Clamart, il a été le premier titre qu’on ait enregistré pour cet album.

Inutile de Dire

Enregistré à Clamart, pendant des jours et des jours… Les chœurs sont fait par les mecs de Jezebel Rock, ce qui a pris un temps infini à cause de leur accent du sud: “la cheuse”, “elle n’euse”, etc… il y a tout Paris sur les guitares sèches, mais on a été obligés de les refaire Lepesant et moi en fin de compte…

Belle journée

Enregistré dans un garage (sauf la voix, faite chez Le Marchand)…

Collectionneur maniaque

Enregistré chez Alain Baronnet, avec son matos et son savoir faire à la cuisine.

Chienne de retour

Toujours chez Baronnet, je crois me rappeler qu’il y a François, le frère de Lepesant qui fait des voix…

Pas de raison de se plaindre

Encore chez Baronnet… C’était pas très stakhanoviste, on bossait deux ou trois heures par jour, on mangeait (bien) et on faisait la sieste et après la journée était pliée…

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