Kelley Stoltz – Natural Causes

(Banana and Louie)

Depuis une vingtaine d’années, le prolifique Kelley Stoltz, à la fois songwriter, multi-instrumentiste et producteur, promène sa silhouette au sein d’une scène indie-rock californienne dont il est l’un des parrains plus ou moins officiels. Chouchou des critiques mais peu connu du grand public, le résident de San Francisco a pourtant servi au fil du temps pour plusieurs maisons de disques de renom (Sub Pop, Castle Face ou encore le Third Man de Jack White). Toutes ces expériences auraient pu lui donner accès à une plus grande notoriété, mais sans doute notre homme, désormais engagé pour le tout jeune micro-label madrilène Banana & Louie Records, préfère-t-il au feu des projecteurs le confort de cette semi-confidentialité qui lui a permis d’acquérir le statut ambigu d’artiste culte.

A l’image d’une discographie labyrinthique, la pop lo-fi tortueuse de Kelley Stoltz a toujours refusé de choisir son camp entre le classique (Beatles, Kinks, Beach Boys) et l’oblique (Wire, Syd Barrett, Velvet Underground). Fidèle à ce tempérament complexe, le dixième album de l’Américain s’inscrit encore parfois dans le registre pop psychédélique qui l’a fait connaître (Decisions, Decisions, Are You An Optimist), mais il s’engouffre surtout dans la brèche synthétique ouverte sur ses dernières productions (Static Electricity, hommage vocoderisé à peine voilé aux pionniers allemands de Kraftwerk). Parmi les autres titres qui se détachent du lot et nous rappellent l’étendue du talent de ce drôle d’homme-orchestre, le tubesque Our Modern World renvoie au New Order des jeunes années, tandis que Where You Will est une élégante ballade aux arpèges nostalgiques caressée par une légère brise océanique. Enfin, Stoltz, fan des 80’s, rappelle qu’il sait mieux que quiconque entretenir la flamme d’Echo & The Bunnymen, un groupe qu’il porte dans son cœur depuis le plus jeune âge, dont il a repris intégralement le premier album sous le nom de Crockodials et qu’il a même accompagné sur scène à la guitare. Toutes les tentatives de revival post-punk / new wave d’un groupe comme Motorama sont ainsi ruinées en moins de trois minutes, tout juste le temps qu’il faut à l’imparable chanson-titre pour imposer un lyrisme brumeux digne des grandes heures de la bande à McCulloch.

Sorti sans tambour ni trompette en pleine torpeur estivale, Natural Causes mérite pourtant que l’on s’y penche sérieusement. Il pourrait en effet constituer une introduction idéale à l’univers hors-norme de ce génie méconnu de la pop indé américaine.

Discographie :
The Past Was Faster (1999)
Antique Glow (2001)
Crockodials (2001)
Below The Branches (2006)
Circular Sounds (2008)
To Dreamers (2010)
Double Exposure (2013)
In Triangle Time (2015)
Que Aura (2017)
Natural Causes
(2018)

www.kelleystoltz.com
kelleystoltz.bigcartel.com