Julia Jacklin – Crushing

(Transgressive Records - PIAS)

″Don’t know how to keep loving you, now that I know you so well…″. La sentence est cruelle. Et pourtant, nous savons que nous passerons tous un jour par là. Julia Jacklin – elle – a fait son choix. Et il n’était pas question d’un quelconque sacrifice : il fallait partir. Alors d’accord, ça la rend triste, nostalgique – et plus encore – mais pour la fille des Blue Mountains australiennes, c’était la seule et unique décision à prendre. Après tout, lorsqu’un tel constat d’échec surgit à la surface, c’est que ″There’s nothing left to find″ Tant pis pour lui. Tant pis pour nous aussi : on sait depuis longtemps que l’usure du couple peut faire des ravages. Toujours est-il qu’au lieu de garder tout ça pour elle, Julia Jacklin en a fait un disque magnifique.

Crushing est avant-tout ce que l’on appelle un ″break-up album″, où le thème de la rupture se retrouve au centre de tout. Dans cette catégorie, on peut ranger des disques comme Rumours (Fleetwood Mac), Blood On The Tracks (Bob Dylan) ou 13 de Blur. Mais si on osait une comparaison entre Julia Jacklin et une autre auteure d’un illustre ″break-up album″, ce serait plutôt du côté de Liz Phair et de son Exile In Guyville (1993) qu’il faudrait regarder. Avec Liz Phair, Julia Jacklin partage l’essence indie rock. Même si Crushing – manifeste relatant les débuts de la fin (et la fin, forcément) d’une relation – se révèle finalement beaucoup plus folk, notamment dans sa seconde partie. Et si Julia Jacklin se réclame de Billy Bragg, de Leonard Cohen et de Fiona Apple, on pense aussi beaucoup à Angel Olsen, voire à Sharon Van Etten dans les moments les plus enlevés et saturés (Pressure To Party, Head Alone, You Were Right).

Julia Jacklin (DR).

Autant le dire tout de suite, ce deuxième album de l’Australienne de 28 ans fera date (au moins pour cette année). Déjà parce qu’il déborde de chansons assez extraordinaires (Body, le slow dévastateur Don’t Know How To Keep Loving You, Turn Me Down, When The Family Flies In). Mais aussi parce que Julia Jacklin s’y révèle touchante, drôle, directe et délibérément candide. Son ex, s’il écoute Body, sait désormais pourquoi il ne partage plus sa vie aujourd’hui. Une histoire d’avion dont le couple se serait fait éjecter parce que l’ex en question s’était réfugié dans les toilettes pour y fumer un peu d’herbe. Un détail ? Peut-être. En tout cas, la mésaventure de trop pour Julia Jacklin qui, à l’image de Cat Power, décide de mettre un terme cette relation toxique pour redevenir une ″Good Woman″ (″I’m gonna leave you, I’m not a good woman when you’re around″). Après ça, Julia Jacklin se libère peu à peu. Elle retrouve possession de son esprit, et de son corps aussi, dont il est beaucoup question tout au long de Crushing. Soit parce qu’il faut le protéger : ″And it’s just my body, I guess it’s just my life″ (Body). Soit parce qu’il est temps de poser les limites à ne plus dépasser : ″I don’t want to be touched all the time, I raised my body up to be mine″ (Head Alone).

Si Crushing se distingue par le talent inné de son auteure pour la narration, il s’agit aussi d’un disque où l’on entend tout. Le moindre souffle, le moindre soupir, la moindre note, le moindre silence, le moindre craquement… Crushing se livre à travers ses détails les plus intimes, qui font d’ores et déjà de lui l’une des œuvres majeures de cette année 2019.

 

 

Tracklisting
1. Body
2. Head Alone
3. Pressure To Party
4. Don’t Know How To Keep Loving You
5. When The Family Flies In
6. Convention
7. Good Guy
8. You Were Right
9. Turn Me Down
10. Comfort

Discographie
Don’t Let The Kids Win (2016)
Crushing (2019)

Julia Jacklin

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