Ici Paris – Circus

 

C’est une histoire de fidélité. De rock’n’roll. Et une incompréhension, aussi. Comment un groupe aussi doué et original, disposant de chansons d’aussi grande qualité, ayant signé en 1982 l’un des plus beaux disques du rock français (″Allô le Monde… ″) allait à ce point passer à côté de son public ?
Il est temps aujourd’hui de rompre la malédiction, de rechanter la légende d’Ici Paris, et de faire connaître toutes les formidables chansons du groupe, tandis que sort Circus, son premier album en presque 40 ans.

Ici Paris a connu 3 périodes: celle de l’aube des années 80 et du premier album avec Marie Alcaraz au chant. Des chansons sensationnelles, une critique à genoux, mais Marie refuse de donner des concerts pour promouvoir l’album, ce qui empêche de le faire connaître un peu partout. Elle quittera le groupe peu après, pour fonder le projet ″Hou La La″. Refusant de se laisser abattre, Ici Paris recrute une grande fan du groupe, l’actrice Anicée Alvina, pour remplacer Marie au chant, le temps de sortir en 45 tours la sublime ″Maman, je n’veux plus aller à l’école″ (avec ″Le ver interplanétaire″ en face B) , tube interplanétaire dans un monde idéal. Le groupe insiste pour sortir la version originale du morceau et non une version ″radio-compatible″, ce qui entraîne de facto leur mise à l’écart des diffusions radios. Un dernier titre, ″Si tu m’aimais encore ″, sorti en 1987 dans une version reniée par le groupe (production abominable, tous synthés dehors et guitares écartées), scelle -temporairement – le sort du groupe qui se sépare à la même époque, chacun des membres du groupe repartant de son côté.

En 2004, sentant en elle que l’histoire du groupe n’est pas arrivé à son chapitre final, Anicée Alvina convainc Hervé Scott Flament de ressortir la Burns du placard et de composer de nouvelles chansons. C’est le morceau ″Choisir son camp″ qui émerge en premier, et qui se retrouvera sur le EP ″Le retour″ en 2012. La fatalité frappe malheureusement à nouveau le groupe puisqu’Anicée, malade, nous quitte en 2006. Mais, fidèle au serment fait à Anicée de relancer le groupe, Shere Khan tient le choc. Azadée, la fille de la chanteuse, élevée dans le rock’n’roll, était toute désignée pour reprendre le flambeau vocal et continuer l’histoire d’Ici Paris.

Après ″Le retour″, très bel EP sorti en 2012, c’est donc avec un grand bonheur que nous voyons paraître ce Circus, qui sonne comme la poursuite de l’univers si spécifique au groupe : cette fusion unique entre twist, rockabilly, rock’n’roll : une sorte de carambolage heureux entre Cramps et Gillian Hills, quelque chose proche finalement de l’esprit… des New York Dolls.

Grande influence d’Ici Paris, le groupe de David Johansen et Johnny Thunders avait réussi ce mix improbable d’obsessions girls groups avec le rock’n’roll primal et originel. Ici Paris depuis toujours court après cette fusion entre innocence et outrage.

Les morceaux s’enchaînent comme autant de classiques, preuve que Shere Khan n’a rien perdu de ce très grand talent de songwriter qui est le sien depuis les début du groupe. L’influence des Flamin’ Groovies reste très présente (sur l’excellent Tout recommence d’ouverture, ou Désir au riff introductif qui n’est pas sans rappeler ″Teenage Head″), mais également celle des des Rolling Stones (la ballade imparable Si tu tiens à moi , son rythme ternaire et ses contrechants à la ″Time is on my Side″ de Jerry Ragovoy, titre immortalisé par le groupe de Mick & Keith).

Le sublime Bel été aurait pu être interprété en 66 par France Gall ou Chantal Goya (première incarnation, celle qui jouait pour Godard et chantait des morceaux arrangés par Mickey Baker)

Mais Ici Paris, c’est une affaire de famille, au sens premier du terme. Tel un message envoyé à sa mère, Azadée reprend ainsi le  Maman…  et sa face B Le ver interplanétaire (pour lequel le Baron, guitariste historique du groupe, revient l’espace d’un instant signer une partie de guitare de son cru), parus en 1983, comme un hommage direct à sa mère, à qui ce nouvel album est dédié. Comme pour réparer une injustice, Si tu m’aimais encore est également réenregistré, toutes guitares en avant, afin de lui redonner sa patine originelle. Influencé – dans ses textes et ses tableaux – par l’érotisme et la science-fiction, Shere Khan signe des paroles très réussies et remarquablement évocatrices (la spatiale et réverbérée Pour très loin ). Le tout en français, comme se rapprocher encore davantage de nous.

Cet album regorge de vraies et grandes chansons, stylées, référencées, efficaces et fortes. La voix diablement séduisante d’Azadée, plus voilée et langoureuse que celle d’Anicée, apporte mystère et sensualité à cet album. Shere Khan occupe l’espace avec de sublimes et multiples parties de guitares -Burns- qui s’enchevêtrent, tandis que Capitaine Mystère parachève le tout par son jeu de batterie tout en souplesse et en surprises.

« Tout peut bien arriver, puisque tout recommence », chante Azadée au début de l’album. Il n’est jamais trop tard pour tout recommencer, effectivement. Et faisons en sorte, cette fois-ci, de ne pas passer à côté de ce groupe magnifique, qui vient de signer l’un des plus beaux disques français de ces dernières années.

Liste des morceaux

Tout recommence
Pour très loin
Désir
Tangue, tangue
Maman, je n’veux plus aller à l‘école
La poupée du marché
Si tu tiens à moi
Le ver interplanétaire
Bel été
Lee Fong de Hong Kong
Si tu m’aimais encore
Hold Up !
Le mystère de la momie
Panthera
Petit rubis

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visite. Accepter Lire plus