I Love My Label (12) : Martyrs of Pop

Avec ″I Love My Label″, Fanfare part à la rencontre des labels indépendants qui font vivre la pop, un peu partout dans le monde.

Voilà maintenant 15 ans que Jean-Emmanuel Dubois (aka Jean-Emmanuel Deluxe) – dandy esthète, fin connaisseur de la pop et auteur de plusieurs ouvrages remarqués sur les filles de la pop, la pop bubblegum ou encore les Beach Boys – a surgi avec son projet Martyrs of Pop, label de haute tenue qui a vu se côtoyer en son sein Alexander Faem, April March ou encore les Beautiful Losers de Jay Alanski. Avec toujours cette obsession : faire surgir à la surface des trésors actuels ou passés, méconnus – pour le moment – et à les faire briller de mille feux. Enfin. Coup de projecteur sur un bienfaiteur de la pop.

Jean-Emmanuel Deluxe, et une amie argentine.
Crédits : Clément Boulland.

Jean-Emmanuel, pourriez-vous nous présenter Martyrs of Pop ?

C’est un label créé vers 2006 suite à la mort de mon ancienne structure Euro-visions. L’idée, bien plus qu’un label strictement musical, était de promouvoir une sorte d’esthétique et d’éthique globale. Avec toujours l’envie de rejeter les chapelles – Martyrs Of Pop pouvant à la fois s’enticher de pop très populaire que de créations plus underground.

On ne se refuse rien. Plus globalement, je voulais aussi souligner qu’au final dans la pop, de Britney Spears à Michael Jackson, il y a souvent des parcours bien plus christiques et destructeurs que dans le rock – une sorte de constat qui amène l’air de rien à se poser des questions.

Quels sont les labels qui vous ont le plus inspirés ?

Mute, El Records, Compact Organisation, Ralph Records (le label des Residents), Rough Trade, Saravah (le label de Pierre Barouh), Ace Records, Lion Productions, Creation Records , Rigolo (le label d’Henri Salvador), le Vogue de Jack Wolfsohn, Celluloid, Byg, Sordide Sentimental de Maître Jean-Pierre Turmel, Postcard, Ché Records, Warp Records, Ghostbox et j’en oublie.

Comment choisissez-vous les artistes et comment arrivez-vous à les convaincre de vous rejoindre ?

Avec Adélaïde, ma directrice de production, nous organisons des goûters avec du thé anglais et des petits gâteaux, et on écoute nos coups de cœur ; ensuite nous invitons les artistes que nous faisons chanter avec des photos compromettantes (rires).

Plus sérieusement, tout est une affaire de rencontres et d’affinités. Nous sommes petits en taille mais c’est justement notre pratique de la guérilla dans la jungle de l’industrie et des médias, qui fait notre force. Mieux vaut être top priorité chez nous que n° 16777 chez Universal.

Pensez-vous que la musique sur support physique a encore un avenir ?

Il ne faut pas rêver, le physique restera une niche – mais plus la culture va se dématérialiser, plus les gens voudront de beaux objets. C’est un processus général – la fin des produits du milieu – à l’instar des classes moyennes qui disparaissent. Soit tu achèteras ou « streameras » gratuitement des musiques vite oubliées, soit tu achèteras de beaux objets – disques que tu aimes.

Comment les ventes du label sont-elles réparties entre les formats physique et numérique ?

Le numérique, c’est encore très dur. Mais ça va changer je pense : c’est inévitable.

De quels pays sont originaires les gens qui commandent vos disques en ligne ?

France, Belgique, Royaume-Uni, Allemagne, Japon, États-Unis et j’en oublie.

Quels rapports entretenez-vous avec les gens qui achètent des disques du label ?

En tant qu’acheteurs, Adélaïde et moi aimons bien avoir des contacts humains et personnalisés. Alors, quand nous sommes de « l’autre côté », on essaie aussi d’apporter de l’humain dans l’acte de vente.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui lancerait un label ?

Keep your day job ! Et n’écoute pas les idoles ! Vas-y, lance toi !

Quel groupe ou artiste aimeriez-vous signer ?

Virna Lindt, Robert Wyatt, David Thomas, Van Dyke Parks, Nina Hagen, Lio et Annie Philippe pour les icônes des 60’s, 70’s et 80’s ; Sofia Portanet et sauver Britney Spears de la dépression en lui faisant enregistrer un grand disque de pop orchestrale !

Quels sont vos prochains projets ?

Un album de Ian Chippett -un gentleman anglais devenu français et une sorte de génie du songwriting acide, un nouvel Alexander Faem, un compagnon de longue date – ainsi que mon prochain album qui sera plus commercial au sens positif du terme !! Il y a aussi d’autres projets discographiques mais pas que – mais je vous en parlerai en tant utile – je ne voudrais pas déflorer l’histoire !

Quels sont pour vous les trois disques qui résument le mieux le label ?

April March – Magic Monster

Alexander Faem – Agent 238 (un jour le monde se rendra compte du génie d’Alexander).

Et Rouen Dreams de Jean-Emmanuel Deluxe and Friends, paru récemment.

Un mot pour définir Martyrs of Pop ?

It’s a strange job but someone just has to do it !

Martyrs of Pop
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Nota : afin de soutenir le label Martyrs of Pop – sévèrement touché par l’incendie récent de l’appartement de Jean-Emmanuel, ayant détruit une partie de leur stock de disques -, n’hésitez pas à apporter votre contribution via Paypal à l’adresse suivante : jeanemmanueldeluxe@yahoo.com

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