Gil Riot : « Je continue à faire des disques comme un écrivain continuerait à faire des livres » – Interview

(Ido/Beast Records)

Je suis originaire de Saint-Brieuc dans les Côtes d’Armor et j’ai débarqué à Rennes en 1981, époque fastueuse de la ville quand on voulait faire du rock. J’ai intégré le groupe P38 comme guitariste quinze jours avant leur passage aux Transmusicales et j’ai donc joué mon tout premier concert sur la scène emblématique de la salle de la cité. Après P38, j’ai rencontré Eric Le Breton, batteur venant de Rouen, avec qui on a formé les Conquérants en 1983. C’était du rock sixties en français. L’expérience s’est concrétisée par l’enregistrement d’un album, sur un label qui s’appelait Lolita, qui sortait des groupes anglais. A l’époque, on a tourné avec les Inmates.

J’ai ensuite arrêté la musique deux ou trois ans puis c’est Dominic Sonic, quand il a sorti Cold Tears, qui m’a donné envie de reprendre la scène. J’ai alors à nouveau composé et je tournais sous le nom de Dizzy Romeo. Puis avec Tonio Marinescu, batteur qui a laissé une marque indélébile et avec qui je jouais très souvent, nous avons intégré Casse Pipe même si cette association était assez improbable. Avec Tonio, nos influences étaient un peu plus anglo-saxonnes que françaises, mais l’ouverture musicale a fonctionné et l’aventure a finalement duré onze ans. J’ai découvert à cette occasion tout un univers. On a beaucoup tourné, y compris à l’étranger. Il y a eu quatre albums. J’ai ensuite sorti un disque de reprises de Gainsbourg puis fondé le Rio Cinema Orchestra, qui n’a pas beaucoup marché. Il y a eu deux disques dont je reste somme toute assez fier. Aujourd’hui, je fais de la musique sous mon nom.

Ton album est sorti sur Beast Records il y a quelques mois. On y entend du rock teinté de blues avec beaucoup d’arrangements de cordes. On pense aussi beaucoup à Elliott Murphy….

Oui, on me l’a dit. Ce sont les mêmes racines. J’avais envie d’un disque varié, avec beaucoup d’espace. L’album précédent était plus folk. Celui-ci est plus blues et j’ai voulu alterner des morceaux de folk et de rock aéré. Nous l’avons enregistré chez Jibé Polidoro qui possède un studio à Saint-Senoux, en pleine campagne. Je me suis tout de suite trouvé bien dans cet endroit, qui a incontestablement profité aux chansons. Jibé joue d’ailleurs sur l’album, de la guitare et des claviers. J’ai trouvé là un bon complice. On avait onze morceaux et on en a gardé neuf. Les deux morceaux qu’on a retiré sont deux reprises, l’une de Tom Waits, l’autre de Cochran. Mais finalement l’album se tenait bien sans ces morceaux et j’aime bien les albums courts.

Quel est ton processus d’écriture ?

Je n’ai pas vraiment de méthode. J’écris les textes et les musiques en même temps. Pour l’album précédent, j’avais un peu tout composé juste avant de rentrer en studio, un peu sous la pression. Pour Whisky on the Wounds, j’ai pris plus de temps. Je joue avec des gens de confiance. Cela se fait naturellement. Je ne sais pas forcément ce que je veux mais je sais ce que je ne veux pas, et c’est important ! Je suis bien entendu ouvert aux propositions des autres musiciens lors des prises de son.

Gil Riot
© Laurent Guizard

Quel sont les retours que tu as pu avoir sur cet album ?

Ils sont plutôt bons. Malgré tout,  je ne crois pas que je vais devenir riche avec ce disque, je ne rêve pas ! Cela reste assez confidentiel. Mais je ne le fais pas pour la gloire, évidemment. Les musiciens que nous sommes continuent à faire des disques un peu comme les écrivains continuent à faire des livres, pour la beauté du geste. Tout est compliqué aujourd’hui, les circuits de distribution, la numérisation… Tout ça ne facilite pas le travail des artisans…

Tu collabores avec beaucoup de musiciens ; Goulven Hamel, bien connu dans le milieu indé (Les Nus, Celtic Social Club, Santa Cruz) est venu jouer avec toi.

Oui, on se connaît depuis longtemps et on a vraiment beaucoup de goûts en commun. On a d’ailleurs monté un duo de reprises quand j’étais à Paris et lui à Montreuil. J’aimais bien l’idée qu’il participe à l’enregistrement de ces morceaux. Il joue sur deux morceaux de l’album.

Ton album est rempli d’ambiances sonores…

Oui j’aime bien les climats, c’est vrai. En même temps je ne compose pas en me disant je vais faire « à la façon de ». Cela vient tout seul. C’est ce que j’aime. J’essaye de faire des trucs un peu intemporels. Je suis par exemple assez fier d’un morceau sur l’album There’s Some Word, très épuré.

 

Gil Riot
(DR)

Tu as aussi un autre groupe avec lequel tu joues beaucoup, Wolfoni.

Oui, ça c’est pour le côté électrique et rock’n’roll ! Ce projet n’était d’ailleurs pas prévu pour durer mais bon, tant qu’on nous demande de jouer… Évidemment, il y a des contraintes de calendrier, mais bon…. Pour ce qui concerne mon projet solo, je peux jouer mon répertoire sous toutes les configurations, seul ou en groupe à trois ou quatre, je peux m’adapter. C’est pratique quand l’un des musiciens ne peut pas être présent sur un concert.

Comment prépares tu tes concerts ?

Cela dépend de la configuration. On a présenté l’album à l’Ubu où on a joué avec les musiciens qui sont sur l’album et après avoir répété dans de bonnes conditions. Je tourne moins qu’avant mais quand on m’invite, je viens toujours !

Propos recueillis par Christophe DAVID

Gil RiotWhisky on Your Wounds (Ido/ Beast Records)

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