Fruit Bats – Gold Past Life

(Merge Records)

Songwriter remarquable, chanteur à la voix haut perchée dont le « falsetto » évoque parfois celui de Barry Gibb des Bee Gees, Eric D. Johnson rayonne depuis une bonne vingtaine d’années sur la scène indie-rock américaine. Le multi-instrumentiste, qui a notamment collaboré avec Vetiver, The Shins ou Califone, est surtout le seul membre permanent des admirables Fruit Bats. L’un des principaux faits d’armes de ce projet, lancé en solitaire à la fin des années 90 avant de se muer en véritable groupe, est d’avoir figuré au catalogue de la légendaire maison de disques Sub Pop le temps de quatre albums publiés entre 2003 et 2011. 

Présenté comme le troisième et dernier chapitre d’une « trilogie cathartique » initiée en 2014 avec son album solo EDJ et poursuivie deux ans plus tard avec Absolute Loser, ce Gold Past Life au charme immédiat et à l’atmosphère chaleureuse constitue l’un des possibles sommets de la discographie du natif de Chicago. Servi par la production vintage du chevronné Thom Monahan (Beachwood Sparks, Neko Case, Pernice Brothers…), le septième album studio de Fruit Bats est un vrai disque d’été sans fin, quoique tout indique qu’il saura résister aux changements de saison. 

Fruit Bats - Fanfare
DR

Parcouru d’un bout à l’autre par un groove pacifique et moelleux comme les fameuses moquettes orange des seventies, Gold Past Life est un trip nostalgique que l’Américain explique avoir écrit dans le but de trouver du réconfort en ces temps incertains. Toujours aussi doué pour ciseler des mélodies entêtantes (Drawn Away, A Lingering Love), Eric D. Johnson emprunte au soft-rock (la chanson-titre pourrait faire penser à… Supertramp), s’approprie les saintes écritures alt-country de Wilco (Calzadera, Mandy From Mohawk), puis s’expose aux arpèges en pluie fine d’un Ocean mélancolique, avant de conclure dans l’ambiance rétro-futuriste de Two Babies in Michigan.

En nous privant définitivement de David Berman (Silver Jews), de Daniel Johnston et de Neal Casal (qui faisait ici l’une de ses dernières apparitions à la guitare), l’année 2019 n’aura pas été tendre avec l’Amérique des songwriters cultes. Raison de plus pour apprécier à sa juste valeur le travail d’un musicien aussi méconnu que talentueux. Aujourd’hui comme hier et sans doute encore demain (l’excellent premier album de Bonnie Light Horseman, son nouveau groupe folk formé avec le guitariste Andy Kaufman et la chanteuse Anaïs Mitchell, sortira fin janvier), Eric D. Johnson est de ceux dont la présence vaut tout l’or du monde.

Discographie
Echolocation (2001)
Mouthfuls (2003)
Spelled in Bones (2005)
The Ruminant Band (2009)
Tripper (2011)
Absolute Loser (2016)
Gold Past Life (2019)

Site officiel

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