EXTRAA : ″Notre musique est constituée de vibrations sucrées″ – Interview

Avec Baked, déjà disponible en digital en attendant une sortie physique, EXTRAA signe un album de pop indé toute fraîche. Entretien avec Alix et Antoine, têtes pensantes de ce projet alléchant.

D’où vient et comment s’est formé Extraa ? 

Antoine : Tout gravite principalement autour d’Alix, qui tournait beaucoup sous le nom de Melody Says il y a quelques années. Je l’ai rejoint dans son projet en 2015, j’ai ensuite convié Pedro et Thomas à nous accompagner il y a un peu plus d’ un an et de cette nouvelle formation a forcément découlé quelque chose de neuf, EXTRAA était né. Quant à nos origines géographiques, Alix et Thomas sont de la région parisienne, Pedro vient de Sao Paulo au Brésil et je viens de Laval, en Mayenne.

Alix : J’ai toujours été impressionnée par ton esprit de synthèse Antoine….

L’influence sixties de vos titres est assez évidente, mais résolument teintée d’une approche moderne. Comment définiriez-vous votre musique ?

Antoine : Pour aller droit au but, nous faisons de la pop indé. Je pense que nous sommes tous des instrumentistes de notre époque, avec les influences que cela implique. Mais il est vrai que l’écriture d’Alix est résolument très Beatles. Je pense que du mix de ces éléments est né le son du groupe sans doute.

Alix : J’aime bien dire que notre musique est constituée de vibrations sucrées. J’ai baigné dans les sons que mon père passait en voiture en chantant par dessus, ou sur vinyle chez nous en dansant dessus, il y avait beaucoup de disques entre les 60’s et 80’s, francophones comme anglophones. Après je pense qu’en grandissant je suis allée même plus loin que mon père dans la recherche de pépites sonores de ces années-là, en m’épanchant aussi sur d’autres styles, funk, disco, hip hop us… Pour le côté actuel, je bosse dans la partie streaming d’un label indépendant à côté de la musique que je fais, et du coup je suis très souvent amenée à écouter des sons très modernes. C’est un plaisir de tous les jours Vegedream, Heuss L’enfoiré, un vrai régal. Plus véritablement, des projets comme Lispector, Maston, Michael Rault, Tobias Jesso Jr, ce sont des références actuelles qui nous inspirent beaucoup. Je trouve ça hyper important d’avoir encore des artistes qui écrivent des chansons puissantes et riches en arrangements, en harmonies vocales, en émotion et qui arrivent à utiliser des technologies ancienne avec une approche contemporaine.

Certains titres m’ont fait penser aux High Llamas et à Robert Wyatt, ça vous parle ?

Antoine : Je ne connais pas les High Llamas, et j’ai rarement dépassé les premières chansons de Rock Bottom donc je passe lamentablement, sur cette question.

Alix : Mais bien sûr ! C’est un énorme compliment pour moi de savoir qu’on pourrait faire penser aux High Llamas. Je les ai découvert à travers leur album Talahomi Way, un vrai chef d’oeuvre. Du pur son généreux et agréable. J’ai moins écouté Robert Wyatt, je connais plutôt Soft Machine qu’il a formé aussi, et Kevin Ayers aussi dans toute cette scène là (Joy of a Toy est à écouter absolument).

Baked a été produit par Alexis Fugain (Biche), comment la connexion s’est-elle faite ?

Alix : J’ai connu Alexis via Morgane une amie qui, je crois, sans en être certaine, est la cousine d’Alexis. En 2013 ou 2014 je crois, on avait organisé un concert avec une asso qu’on avait monté avec des potes, c’était à l’Alimentation Générale et on avait d’ailleurs fait jouer Biche à l’époque où ils étaient tout le temps comparés à Tame Impala. C’est marrant mais dès qu’un groupe joue de la musique un peu psyché, Tame Impala apparaît en comparaison comme si ils étaient les seuls à en faire correctement aujourd’hui. C’est le cas tu penses ? Et depuis on est restés en contact, c’est un amour et il a été parfait par rapport à ce qu’on recherchait sur cet album.

 

EXTRAA- Baked


Qu’est ce que vous aimez le plus dans la vie de groupe ?

Antoine : ça va forcément être très bateau mais évidemment les concerts, surtout les réussis et les célébrations qui s’en suivent. Le studio aussi, en particulier la période d’enregistrement où nous avons, avec l’aide d’Alexis, beaucoup bidouillé et étoffé l’écriture des morceaux. Les tournées estivales aussi, c’est comme partir en vacances mais revenir avec plus d’argent qu’au départ, en faisant ce que tu aimes. Mais bon là, puisque tu me poses la question à un moment où nous vivons tous une période de confinement (interview réalisée le 20 mars 2020, ndlr), ce serait juste se voir tous, juste pour un verre.

Alix: Je ne sais pas si beaucoup de personnes répondraient ça, mais j’adore les répétitions, je m’y sens bien. Travailler les morceaux en groupe, réfléchir à des versions lives, façonner les arrangements tous ensemble, ça nous solidarise et solidifie et j’adore ce sentiment là, sentir l’alchimie chez tout le monde.

A l’inverse, qu’est-ce que vous détestez le plus ?

Antoine : L’édit. Pour ceux qui ne le savent pas l’édit consiste à découper et sélectionner les meilleures moments des meilleures prises de chaque instrument afin que tout soit carré pour le mix. Je déteste ça, mais sûrement pas autant qu’Alix qui a  dû se taper la majorité de celui de l’album toute seule. C’est clairement la chose pour laquelle je mettrai toujours un point d’honneur à demeurer nul pour ne jamais être sollicité. Mais bon aujourd’hui j’ai détesté le fait de me réveiller, de sentir le soleil frapper mon visage par le velux de ma chambre, alors que je vais devoir traîner en slip toute la journée dans mon appartement…

Alix : Ce que je déteste c’est quand Antoine s’énerve, du coup, comme il déteste les édits je m’en occupe.

Y a t’il un meneur dans la bande, une sorte d’organisateur voire un dictateur ?

Antoine : Alix est clairement la meneuse, mais je partage avec elle le rôle d’organisateur. Je ne pense pas qu’on puisse parler d’emprise dictatoriale sur le projet même si il est plutôt clair que la personnalité totalitaire de Pedro pourrait correspondre à la définition.

Alix : Du coup je mène, tu organises, et Pedro est le dictateur ? Thomas doit être si heureux à nos côtés !

EXTRAA

Comment se passent et qui se charge des compositions ?

Antoine : On va pas faire genre, c’est Alix qui compose tout, parfois même nos lignes instrumentales, mais on se retrouve régulièrement à apporter notre savoir faire sur les idées de structures ou d’arrangement pour le live.

Alix : c’est sûrement pour ça que je prends beaucoup de plaisir à bosser avec eux en répétitions, ça fait du bien d’avoir d’autres têtes créatives sur les arrangements. Mon rêve serait qu’à l’avenir on arrive à s’enfermer tous les 4 avec plein de matos quelque part pendant un moment pour vraiment écrire tous ensemble. Je pense qu’on sortirait avec quelque chose de très original, on tendrait vers du Queen, c’est sûr.

J’imagine qu’il ne faut pas vous parler de concerts en ce moment ?

Antoine : Et bien ils sont pour l’instant suspendus ! Nous devions jouer à la boule noire le 15 avril  avec Serpent et Good Morning pour notre release, le concert du 17 mars au Silencio avec Frank and Walters a lui aussi été annulé. On a quand même pu jouer le 9 mars au point éphémère avec The Big Moon. Ca nous attriste mais on comprend la nécessité des mesures. En revanche, nous serons le 16 mai à la baleine déshydratée à Quimper chez Gauthier, le champion d’Europe de coupe mulet et ça, ça efface toutes les annulations antérieures du monde.

Alix : J’ai hâte d’avoir 32 dates de prévues pour voir si tu vas les retenir par cœur et pouvoir les réciter en interview.

La chose que l’on pourrait vous souhaiter en 2020 ?

Alix :  32 dates de prévues…

Antoine  : Des concerts, du succès, la gloire, rafler des Grammy Awards, tomber dans la drogue dure puis en sortir fièrement, que des gens prennent du plaisir à écouter notre musique surtout. Et puis de façon plus pragmatique, trouver du papier toilettes à chaque sortie courses, que le vinyl sorte un jour (la sortie vient d’être décalée au 15 mai prochain, compte tenu de la crise sanitaire liée au covid 19, ndlr), et que tout le monde puisse se retrouver pour faire la fête.

 

Propos recueillis par Christophe David

EXTRAA
Facebook
Bandcamp

 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visite. Accepter Lire plus