En Attendant Ana – Juillet

(Trouble In Mind Records)

« Ça te dit quelque chose En Attendant Ana ? Tu devrais écouter. Je pense que ça devrait te plaire ». Parfois, il suffit d’un texto pour vous mettre sur la piste d’un petit quelque chose. D’une sensation d’écoute nouvelle, bien que familière, de quelques titres qui resteront peut-être toujours quelque part en vous. Il faut dire que le message en question provenait d’un ami « tapotant » en connaissance de cause. Il sait que vous vouez un culte récent au premier album d’Alvvays, que vous n’avez pas encore trouvé le temps de parcourir tout le catalogue Sarah (mais que vous essayez), ou encore que – plus jeune – vous vous seriez bien engagé dans la French Navy de Camera Obscura. Et pour le coup, c’était bien vu de sa part.

C’est comme cela que l’on a pu faire connaissance avec En Attendant Ana, et ainsi retrouver toutes les sensations décrites un peu plus haut. C’était il y a un peu plus d’un an, au moment de la sortie de Lost and Found (traduisez par « objets trouvés »). Cet album allait permettre au quintet parisien emmené par Margaux Bouchaudon de s’émanciper de son cercle d’initiés. De s’extirper hors de cette cave familiale qui abritait autrefois les armes de la Résistance, et dans laquelle En Attendant Ana a aiguisé ses premières missives pop. De passer à « l’International(e) » à la faveur du label US Trouble In Mind. Bref, d’être exposé au grand jour. The Violence Inside, Night, , This Could Be, Square One… Dans Lost and Found, il y avait ce souffle prometteur – juvénile, romantique et sauvage – puisé quelque part dans l’héritage d’une certaine idée de la pop, celle de la sacro-sainte C86. Avec cette tension new-yorkaise en plus.

(Photo : Chloé Lecarpentier)

La suite s’appelle Juillet et elle est arrivée très vite. Enregistré en rase campagne, à quelques kilomètres d’une capitale pliant sous la canicule, ce deuxième album est décrit par le groupe parisien (qui affiche un nouveau line up avec l’arrivée de Maxence Tomasso à la guitare) comme un disque de transition entre « la fin de quelque chose et le début d’une nouvelle histoire ». Un peu à l’image de ce mois de Juillet dont le destin sera à jamais lié au passage entre le printemps et l’été. S’il s’agit d’une transition, celle-ci se fait en douceur puisqu’on y retrouve tout ce qui fait le charme intemporel d’En Attendant Ana : cette voix à la fois suave et élastique, ces nuées de cuivres, et cette urgence dans l’exécution d’une pop qui si elle reste mélancolique, n’est désormais plus tout à fait hors de contrôle. Ici, tout apparaît plus structuré, peut-être un tout petit peu moins lo-fi.

Tandis que les trois singles envoyés en éclaireur – Do You Understand, Words (où vient s’intercaler un formidable dialogue de sourds entre la guitare, quelques effets et les cuivres), In and Out (dont la vidéo nous permet de faire connaissance avec la fameuse Ana) – se révèlent d’une efficacité assez redoutable, les cinq parisiens se permettent de lâcher tout ce qu’ils ont sur un Enter My Body (Lilith) qui promet énormément en live. Leur manière d’exprimer « l’acceptation des pertes » – celle des amis, des amants… – passe aussi désormais par des plages plus contemplatives, mais toujours aussi fiévreuses (From My Bruise To An Island sur laquelle on pense beaucoup au Velvet Underground, When It Burns). Comme si elles étaient chantées dans un confessionnal, elles sont comme suspendues aux cuivres de Camille Fréchou et lèvent le voile sur les capacités qu’a En Attendant Ana à grandir encore davantage. Et à faire de Juillet, un deuxième chapitre qui vient confirmer voire même dépasser toutes les promesses suscitées par l’inaugural Lost And Found.

 

 

Discographie
Lost And Found (2018)
Juillet
(2020)

En Attendant Ana

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visite. Accepter Lire plus