Emmanuel Tellier – La Disparition d’Everett Ruess

(December Square / Differ-Ant)

Je préfère la selle de mon cheval aux voitures des villes, le ciel étoilé à un toit, la piste incertaine et difficile menant à l’inconnu… la paix profonde…″. Ceci est un extrait de la dernière lettre qu’Everett Ruess a envoyé à son frère le 11 novembre 1934. Everett Ruess, le jeune poète, le ″vagabond for beauty″ a ainsi décidé (?) de s’effacer du monde à 20 ans, l’âge de tous les possibles, dans un contexte, les années 30, qui a durement marqué l’histoire de milliers de familles et travailleurs américains jetés sur les routes par la grande dépression de 1929 et magnifiquement photographiés par Dorothea Lange qui a su saisir à travers ses portraits toute la détresse et l’angoisse des mères et autres ″hoboes″.

 

© Matthieu Dufour

Emmanuel Tellier s’est emparé de l’histoire hors du commun de ce jeune homme pour la partager à travers un documentaire dont il a aussi écrit la bande son. Il s’est mis en quête, comme il avait un temps suivi les traces de Pat Hobby, scénariste fictif de l’âge des ″mosaic swimming-pools″ créé par F.S. Fitzgerald. Il y a 23 titres sur cet album. 23 titres comme autant de tableaux qui dépeignent la trajectoire fulgurante du jeune poète, errant vers un idéal qu’il a cherché à atteindre au mépris des conventions sociales, des carcans en toute liberté.

Seul au piano sur une grande partie du disque, il nous entraîne sur les pas d’Everett Ruess. Et dès l’entame, on est pris par la main et le décor est planté. A travers la voix d’Emmanuel Tellier, on entend les mots du jeune Everett qui parle à ses proches, qui les rassure, explique les raisons qui l’ont poussé au départ. How The Wild Calls to Me, chante-t-il. Parfois une voix féminine, celle de Cassandre Berger, vient se poser à côté de celle du chanteur comme dans My Body You Will Never Find, magnifique valse lente ou encore dans Cathedral of Tears, ballade absolument splendide. Un peu plus loin, la guitare et les cordes reviennent sur Stella, Alone With Sky. Peut-être l’un des titres les plus émouvants. Émouvant… ″moving″ en langue anglaise, mot dont le sens premier est celui du déplacement, du mouvement, ce qui caractérise bien le personnage d’E. Ruess, véritable ″wandering star″.

Bien sûr, il y a de la mélancolie sur ce très bel album. Everett Ruess est là, présent, en filigrane, de manière évanescente. Mais les sentiments que l’on ressent à l’écoute des superbes mélodies composées par Emmanuel Tellier sont eux bien concrets. Et lorsque le dernier morceau s’éteint et que la dernière note reste en suspens, c’est notre esprit qui se met alors à vagabonder… Walking, Walking, Walking

Tracklist
How The Wild Calls To Me
My Body You Will Never Find
Theme For Stella
When You Sleep
Not Coming Home
When I Go I Will Leave No Trace
Death Takes A Holiday
Blue Is The Valley
Cathedral Of Tears
Navajo Mountain
531 North Ardmore Avenue
Anybody Seen Our Son (guitar theme 1)
More Letters (1934)
Stella, Alone With The Sky
Walking Walking Walking
The Thousand Year Long Road
Anybody Seen Our Son (guitar theme 2)
Theme For Christopher
Houses And Mansions
Have You Seen Our Son (Piano versions 1 And 2)
Sundown
Theme For Waldo
On The Grand Circle Tour

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