Emily Jane White – Immanent Fire

(Talitres)

Dans la chanson Lily, publiée il y a quelques années par Kate Bush, le refrain disait ″Child, you must protect yourself, I’ll show you how with fire… With a pinch of salt, protect you with fire″. A l’instar de la grande prêtresse britannique, le feu immanent qui anime Emily Jane White n’est pas destructeur, mais protecteur. Ce feu qui l’habite est nourri de son observation du monde et d’un constat plus que pessimiste en ce qui concerne son avenir. Après deux ans d’écriture, Immanent Fire, le sixième album d’Emily Jane White, est sans doute celui qui décrit le plus intrinsèquement sa volonté et sa révolte intérieures. Alors c’est vrai, notre maison brûle, au propre comme au figuré. Dérèglements climatique et sociétal, monde dans lequel l’avoir est plus important que l’être, perte des valeurs qui font les relations humaines équitables… Le bilan est bien sombre et alarmant. Courber l’échine et attendre sans réagir signifieraient perdre d’avance. ″We might as well be washed away″ (on pourrait tout aussi bien être disparaître), chante-t-elle sur Washed Away.

Mais on peut aussi décider de regarder la vérité crue et nue droit dans les yeux. C’est pourquoi des artistes comme Emily Jane White choisissent non pas la voie du soulèvement pour protester, mais leur voix pour poser le constat et s’élever contre cet état de fait.
Et quelle voix ! Tour à tour mélancolique, intense, légère, magnétique et envoûtante comme celle d’une enchanteresse (l’écrivaine Starhawk, militante féministe et sorcière, étant source d’inspiration pour l’Américaine), la chanteuse d’Oakland fait passer l’auditeur à travers mille paysages. Les orchestrations sont splendides, tantôt aériennes, tantôt telluriques à l’image d’un monde qui gronde. S’entremêlent échantillons sonores (chants d’oiseaux…), musiques acoustique et électronique, guitares en tension et violons qui cohabitent comme sur le titre
Infernal. Arrangé et co-produit par Anton Patzner, connu pour ses collaborations avec Bright Eyes et Two Gallants entre autres, ce disque est d’une grande beauté, sans doute le plus beau de l’année, dans lequel la supposée douceur du chant d’Emily Jane White vient en contrepoint, en réplique à l’urgence de la situation. On le sait, une solution existe pour arrêter la propagation d’un incendie. On appelle cela un contre-feu.

Tracklist:
1. Surrender
2. Drowned
3. Infernal
4. Washed Away
5. Metamorphosis
6. Dew
7. Shroud
8. Entity
9. Light
10. The Gates at the End

http://www.talitres.com/fr/artistes/emily-jane-white.html

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