Elbow – Giants Of All Sizes

(Polydor)

Avec son huitième album, sorti au début du mois d’octobre, Elbow est parvenu à se hisser au sommet des charts britanniques pour la troisième fois de son histoire. Vu de ce côté-ci de la Manche, où le groupe de Bury a toujours été un secret trop bien gardé, ce succès commercial jamais démenti a pourtant de quoi surprendre. Lauréat du Mercury Prize en 2008 pour l’indispensable The Seldom Seen Kid, Elbow est l’un des groupes anglais les plus brillants et les plus constants de sa génération. Sans essayer de draguer la bande FM avec des refrains racoleurs (le syndrome Coldplay), sans chercher à complexifier à tout prix leur approche (le syndrome Radiohead), Guy Garvey et ses compagnons ont su s’imposer sur la durée avec une musique singulière, progressive dans le bon sens du terme, et qui nécessite qu’on lui consacre du temps avant de se laisser pleinement apprivoiser.

© Paul Husband

Conjuguant l’exigence artistique et la reconnaissance publique, Elbow s’affirme plus que jamais comme le Talk Talk ou le Blue Nile de notre temps : même élégance, même goût pour la sophistication discrète, même refus des concessions et du tape-à-l’oeil (Delayed 3:15). Sur Giant of All Sizes, la formation emprunte encore ce chemin sinueux le long duquel elle pose depuis le début du siècle les jalons d’une oeuvre magistrale, dont la cohérence force l’admiration. Inutile de scruter parmi ces neuf nouveaux titres la moindre trace d’un potentiel tube radiophonique. Elbow sait remplir des stades, mais il n’a jamais été une machine à singles. Au contraire, il a toujours appartenu à la catégorie des groupes qui accordent un soin particulier à la construction de leurs albums, ce nouvel effort ne faisant pas exception à la règle. Tendu et ombrageux, à l’image de l’Angleterre du Brexit et de la Grenfell Tower (Dexter & Sinister, White Noise White Heat), Giant of All Sizes est l’un des disques les plus aventureux que le quatuor ait jamais commis (Seven Veils, On Deronda Road). Grand chanteur et grand parolier sachant faire résonner l’intime et l’universel (My Trouble), Guy Garvey évoque ici le deuil et la paternité, tout en observant avec anxiété les tourments du monde qui l’entoure (Empires). Pourtant, même porteurs des stigmates d’une époque oppressante, ses mots ont encore l’effet consolateur d’une étreinte fraternelle. Un ami pour la vie.

Discographie
Asleep in the Back (2001)
Cast of Thousands (2003)
Leaders of the Free World (2005)
The Seldom Seen Kid (2008)
Build a Rocket Boys! (2011)
The Take Off and Landing of Everything (2014)
Little Fictions (2017)
Giants of All Sizes (2019)

Site officiel

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