Dexys – Let The Record Show : Dexys Do Irish and Country Soul

(Rhino)

Les enfants des eighties pensent connaître les Dexys Midnight Runners parce qu’ils ont tous un jour brait Come on Eileen sur un Karaoké. La météorite irlandaise surgit en 1978 pour envahir les foyers européens et américains. Le succès est gigantesque, le tube Come on Eileen de 1982 passe sur toutes les ondes, effaçant les autres chansons des Dexys, si belles, si pop. Le grand groupe aux jeans et aux bandanas se disloque en 1986 et disparaît quasiment 20 ans avant de se reformer en 2003.

Les Dexys Midnight Runners, désormais portant le nom de ‘Dexys‘ tout court, c’est le groupe de Kevin Rowland, leader, qui enfant déménage du comté de Mayo en Irlande et suit ses parents à Birmingham où il forme très jeune son premier groupe Lucy & The Lovers. L’éternel romantique se tourne furtivement vers le punk rock, époque oblige. La seconde formation Killjoys se garnit de Lee Burton à la batterie et Heather Tonge aux choeurs. C’est finalement le style ska typé celtic pop-folk saupoudré de soul ‘blue eyed’ façon Sex Pistols et Roxy Music qui est adopté sur le seul et unique single Johnny Won’t Get To Heaven. Cette année 1976, le groupe s’installe à Londres, recrute Keith Rimell à la guitare et Bob Peach à la batterie pour remplacer Burton. Entre temps, la jolie Tonge est aussi écartée pour des raisons sentimentales. 1978, les tensions dans le groupe sont perceptibles : Kevin est décrit comme tyran par les autres du groupe qui rechignent à répéter 8 heures par jour et trouvent son leadership totalitaire. C’est alors que Rimell qui boude fort, quitte le groupe, remplacé sans tarder par Kevin Archer.

Les deux Kevin décident de retourner à Birmingham, avec des chansons incroyables dans la besace et ce sera le prélude des Dexys Midnight Runners. Ces chansons sont si prometteuses que le label Mercury se répand en courbettes. 1980, sortie du premier album Searching for the Young Soul Rebels. Une nouvelle équipe de musiciens est mise en place, Pete Williams à la basse, Pete Saunders aux claviers, Bobby Ward à la batterie suivis d’une géniale section de cuivres, Jim Paterson au trombone, Geoff Blythe et Steve Spooner aux saxophones. Tous, sans exception, quittent le navire à peine un an plus tard. 1981, arrivent pour jouer aux chaises musicales, Billy Adams à la guitare, Micky Billingham aux claviers, Steve Wynne à la basse, Paul Speare et Brian Maurice aux saxophones et Seb Shelton à la batterie (membre de Secret Affair). Steve Wynne se met vite à bouder et sera remplacé par Giorgio Kilkenny (qui n’est pas un pseudo).

Dans ce va-et-vient foutraque, quelles que soient les susceptibilités, c’est Kevin Rowland qui maintient la barre. Après les singles Dance Stance de 1979, Geno en 1980 qui se place en tête des charts, paraît en 1982 le génial second album Too-Rye-Ay et rebelote, Kevin Rowland recrute de nouveaux rangs qui resteront fidèles. In fine, c’est le noyau dur Kevin Rowland, guitare et chant, Billy Adams guitare et banjo, Helen O’Hara au violon, Seb Shelton à la batterie, Nick Gatfield au saxophone qui portent les grandioses Come On Eileen, The Celtic Soul Brothers, la reprise de Von Morrisson, Jackie Wilson Said (I’m in Heaven When You Smile).

Anecdote : quand les Dexys la chantent dans l’émission Top of the Pops la première fois, le groupe demande des photos de Jackie Wilson (chanteur américain dans les années 50) pour animer le décor du plateau mais les techniciens, un peu trop perchés, confondent et passent des images de l’écossais Jocky Wilson, champion du monde de fléchettes en 1982.

Don’t Stand Me Down, troisième album de 1985 voit le groupe s’effriter et sera annonciateur d’une longue pause. En 2003 les Dexys reviennent avec l’album Let’s Make This Precious: The Best of Dexys Midnight Runners comptant des musiciens des débuts, Pete Williams et Mick Talbot et les nouveaux venus, la violoniste galloise Lucy Morgan et Neil Hubbard à la guitare. En 2007, paraît le single It’s OK Johanna qui présage l’album de 2011, One Day I’m Going to Soar. Le nom de groupe raccourci Dexys est officiel et la troupe compte Kevin Rowland, Jim Paterson, Pete Williams, Mick Talbot, Neil Hubbard, Lucy Morgan, les chanteuses Madeleine Hyland et Siobhan Fahey.

Anecdote : Siobhan était chanteuse et membre du groupe Bananarama, mariée d’abord à Dave Stewart d’Eurythmics, puis à l’Écossais Bobby Bluebell des Bluebells, elle est aussi la sœur de Máire Fahey qui joue Eileen dans la vidéo de Come on Eileen en 1982.

En 2014 sort le film sur la carrière de Kevin Rowland signé de Kieran Evans et de Paul Kelly, Dexys : Nowhere is Home. Celui-ci montre le grand artiste qui marque notre époque de son empreinte, pianiste, guitariste, bassiste, chanteur, auteur et compositeur,  inspiré, curieux, simple et exigeant.

Alors que ses fans ne l’attendent plus, le messie de la pop revient en mars 2016. Kevin avec les Dexys se fait plaisir et nous fait plaisir en signant le fabuleux Let The Record Show: Dexys Do Irish and Country Soul, comprenant des titres qui végètent depuis 1985, des reprises et des standards traditionnels irlandais qui lui tiennent à coeur. Cette parution arrive synchronisée avec les célébrations organisées par le gouvernement irlandais du Centenaire de la Proclamation de la République en 1916.

L’album est cousu d’or pop country soul. Il est autant esthétique de l’intérieur que de l’extérieur. Les chansons traditionnellement irlandaises comme Carrickfergus, Curragh of Kildare, et l’émouvant Women Of Ireland sont subtilement arrangées, magiquement interprétées par Rowland qui ne perd rien de sa tessiture au fil du temps. Le style musical est appuyé par le style vestimentaire années folles et montre avec coquetterie jubilatoire l’intérêt de Kevin Rowland pour le vintage.

Le sublime Dexys Do Irish and Country Soul commence élégamment sur les notes de piano, d’harmonica et de violon du touchant Women Of Ireland. La volupté est au rendez-vous avec To Love Somebody des Bee-Gees, revue avec l’aura de Rowland. La sonorité soul, les arrangements rock de guitares viennent voltiger derechef sur Smoke Gets In Your Eyes. Le titre qui date de 1933 connu pour sa reprise de Nat King Cole en 1946, puis des Platters en 1960 est ici remodelé avec attention et délicatesse, fleuri de cordes rétro qui s’élancent sur le chant admirable de Rowland. Sa voix scintille encore sur le majestueux Curragh of Kildare, air traditionnel plein d’iode, de fleurs et d’amour, avant la ballade romantique I’ll Take You Home Again Kathleen, panachée de cordes avec un respect infini pour l’originale. Puis le rythme monte, le tempo accélère avec un Kevin Rowland qui tape du pied et des mains, la batterie pétille, la guitare et la basse sont habiles sur les harmonies de violons pour la reprise du You Wear It Well de Rod Stewart. L’âme de l’Irlande s’immisce moribonde, sautille sur la mélodie country de 40 Shades of Green de Johnny Cash. L’ambiance devient sensuelle, l’instrumentation superbe sur How Do I Live de Diane Warren où la voix glisse sur les cuivres et les cordes fondantes. L’esprit soul, funk, jazzy band inonde Grazing in the Grass, titre funky de 1968 qui pousse à danser et à gigoter avant que la douceur de The Town I Loved so well saisisse. La chanson de 1973 ramène à l’histoire du pays et à la vague de violence qui touche la région du Derry dans le Nord de l’Irlande où grandit son auteur, Phil Coulter, producteur de The Dubliners. La fin de l’album pointe son nez avec une cavalcade de notes dansantes, de swing charmant apposés au Both Sides Now de Joni Mitchell. Le finale Carrickfergus est somptueux. Si vous êtes amateurs d’Irlande et fans des Dexys, il incite à une jolie émotion. On s’émerveille de l’afflux de sang neuf qui irrigue Let The Record Show: Dexys Do Irish and Country Soul, hommage à d’anciens compositeurs, album traditionnel, polaroid sonore qui s’avère être un travail collectif de 20 musiciens, doté d’une personnalité charismatique, entraînante, endurante et solide, celle de Kevin Rowland.

Discographie
Searching For The Young Soul Rebels (1980)
Too-Rye-Ay (1982)
Don’t Stand Me Down (1985)
One Day I’m Going To Soar (2012)
Let The Record Show: Dexys Do Irish and Country Soul (2016)

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