Découverte : CAFE BIZARRE (Paris, FR)

Le premier album de CAFE BIZARRE, combo parisien, était passé sous nos radars. La sortie récente de ce nouvel EP 7 titres est l’occasion d’évoquer ce groupe aux influences en prise directe avec un univers que l’on affectionnera toujours. Les morceaux essaimés sur ce moyen format sont certes sous perfusion américaine (Pavement, Strokes, Pixies) mais ici, on ne singe jamais ses héros, on se contente de leur rendre un hommage appuyé en retenant le plus efficace et le plus simple de ces références prestigieuses.
Les compositions tiennent ainsi en parfait équilibre, soutenues par des guitares qui tout en se répondant, n’effacent jamais une rythmique parfaitement tenue où rien ne dépasse et l’on se dit que si la chose est similaire en concert, ce CAFE BIZARRE a décidément de beaux jours devant lui. On My Side, ritournelle entêtante fait figure de single parfait et offre à cette formation une carte de visite des plus rutilantes. En face B., le très sautillant Beautiful Losers annonce une succession de quatre pop songs, parfois traversées par de violents orages (Losing My Time), les musiciens ne perdant jamais la direction d’un ensemble qui tend, il faut l’admettre, à rejoindre des cimes encore plus ambitieuses . Aucun doute n’est permis : CAFE BIZARRE est fait pour durer. Entretien.

Fabien, peux-tu nous présenter le groupe et les musiciens qui t’accompagnent ?

Café Bizarre, est vraiment un groupe de notre époque, mais notre époque à nous a démarré dans les années 90 ! Nous nous sommes tous les cinq rencontrés à vingt ans, et depuis, nous jouons inlassablement ensemble ! Il y a eu des arrêts plus ou moins longs, mais on n’a jamais officiellement splitté, et on se retrouvait de répétitions en répétitions parfois toutes les semaines, parfois trois ou cinq ans plus tard sans qu’on sache vraiment pourquoi ! On vient d’horizons et influences diverses (la new-wave, le rock alternatif français, et même le jazz), mais on s’est retrouvé autour d’une envie commune, celle d’un jour rencontrer Stephen Malkmus de Pavement et de faire sa première partie. Au final, j’ai pu approcher Mark Ibold, leur bassiste dans un bar du Lower East Side, mais nous n’avons jamais ouvert pour le groupe de Stephen. En revanche, on a fait la première partie de Frank Black au Café de la Danse en 1993 ou 1994, et on a donc décidé de continuer la musique… 

 

Vous avez déjà une sortie discographique derrière vous. Peux-tu nous en parler ?

C’est vraiment début 2010 qu’on a repris l’affaire, avec à l’époque une envie de produire des morceaux courts et plutôt rapides. Ça a donné l’album (éponyme) CAFE BIZARRE en 2017, qui résume trois ou quatre ans d’idées de morceaux. Après, on a aussi une discographie du monde de « l’avant-internet »… c’est pas forcément inoubliable, donc on en parle pas trop, même si j’aime bien le titre d’un EP 3 titres désormais introuvable qui s’appelait My Dad Is A Punk (ce qui n’est pas complètement vrai…).

Comment a germé l’idée de sortir Don’t swim tonight… Où a-t’il été enregistré ?

Nous n’avons jamais ensuite cessé de répéter et les morceaux se sont enchaînés assez naturellement. On enregistre les répétitions, ce qui nous permet de garder aussi des accidents, des erreurs qui ensuite sont gardées, modifiées, enrichies et retravaillées. C’est quand on a eu une version aboutie de Don’t Swim Tonight My Love de presque six minutes qu’on a pensé avoir quelque chose d’intéressant à enregistrer. Faute de disponibilité, on a fait reprogrammer la batterie plutôt que de l’enregistrer live. Et ensuite ça s’est enchaîné naturellement avec des sessions chacun « chez soi » pour les guitares, la basse et la voix. Une fois quinze couches de guitares empilées on a fait le tri… On a nettoyé et ensuite on a rencontré un ingé son, Alexis Gautier qui a vraiment apporté beaucoup en termes de production. Il a les mêmes références, et il a, je pense, donné sa cohérence à l’ensemble. Il a donc toute notre gratitude et notre respect.

L’influence des Pixies est assez audible. Est-ce une référence incontournable pour vous ?

En ce qui concerne les influences, oui, les Pixies ont compté pour nous, c’est sûr. Comme beaucoup d’autres d’ailleurs, la liste est longue : ça nous ramène au final à beaucoup de productions de la fin des années 80 et du début des années 90… Il nous manque juste l’équivalent de Kim Deal dans le groupe… ça aurait de la gueule ! On veut bien embaucher Kim Gordon aussi…

Avec quel groupe aimeriez-vous partager la scène ?

L’idée serait donc de finir notre carrière en ouvrant pour Stephen Malkmus (en solo, ou en reformation avec Pavement), si possible à Brooklyn ou à New-York, NY, USA ! Mais bon, en attendant, on aime bien jouer avec des groupes amis comme le Blank Island Club ou Angelfish Decay, dans des petits bars à Paris devant 25 personnes, on n’est pas chiant ! Ou alors une tournée (mini, la tournée, car on fatigue vite) en Bretagne avec n’importe quel groupe du label Born Bad Records…

Quel est ton rapport à la musique… Addictif ou raisonné ?

Mon rapport à la musique est addictif, obsessionnel et déraisonnable ! Je ne conseille à personne d’explorer mes playlists stockées sur Spotify, ça donne le vertige et montre la vacuité du truc. Je suis capable de référencer plus de 75 ans d’écoute continue de musique, ce qui est objectivement débile. Je peux aussi passer deux heures d’affilée sur acclaimedmusic.net afin de regarder le classement des singles de l’année 1978. Je peux enfin écouter cinq fois de suite un truc que je viens de découvrir parce que je trouve ça génial et que je n’arrive pas à comprendre pourquoi. Mais je n’écoute jamais de morceau à l’envers – je ne suis pas complètement pervers, donc.

Quel est le groupe français avec lequel tu aimerais que CAFE BIZARRE soit comparé ?

Nos influences sont quand même très anglo-saxonnes et c’est difficile de répondre très honnêtement à cette question ! Dans les années 90 on a un peu écouté un groupe qui s’appelait Welcome To Julian. Et aussi Sloy (bien qu’on ne puisse  être comparé à Sloy, beaucoup plus violent que nous, et très objectivement bien meilleur). Sinon on aime beaucoup Phoenix. Voilà, Phoenix peut-être… sans le côté électro…

Peux-tu nous expliquer le nom du groupe ?

Le CAFE BIZARRE, c’est à priori l’un des premiers endroits (si ce n’est le premier) où le Velvet Underground a joué à New-York, sur la 3ème rue, pas très loin de Washington Square (maintenant, ça doit être un fast food ou un marchand de fleur). Sur le papier, ça fait pas très indie ce nom de groupe, mais en fait, quand on sait ça, ça constitue quand même une sacré référence ! En même temps un de mes groupes actuels préférés – que j’écoute là tout de suite, c’est Car Seat Headrest… ce qui veut dire « Appui-tête de voiture » ! Alors, bon, CAFE BIZARRE, pourquoi pas ! 

Bandcamp
Facebook
Instagram
Twitter

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visite. Accepter Lire plus