Dear Japan – Hollow Hearted Hands EP

(Atelier Moist)

S’il est une personnalité délicatement insaisissable dans le paysage musical actuel, il s’agit bien de Rey Villalobos. Depuis presque dix années maintenant, sous le patronyme de House of Wolves, il n’a cessé de faire évoluer sa musique aux subtiles sonorités folk. Du clair-obscur Fold In The Wind sorti en 2011 en passant par le crépusculaire et déchirant Daughter of the Sea en 2015, le Californien semblait finalement s’être dirigé vers la clarté au détour d’un lumineux troisième album éponyme laissant entrevoir l’aube d’une journée s’annonçant des plus radieuses.

C’est au travers d’une remarquable et remarquée collaboration avec Emily Jane White que Rey a poursuivit ces derniers temps ses errances musicales, collaboration ponctuée par un EP écrit et joué à quatre mains retranscrivant parfaitement les appétences des deux musiciens à entremêler leur sensibilité propre et leurs inspirations communes.

Mais le Californien, qui a décidément plus d’une corde à son arc, toujours soucieux de privilégier aux gré de ses tournées les rapports humains au sens le plus attachant du terme, a laissé mûrir lentement mais sûrement en parallèle à ses diverses activités l’idée d’une autre collaboration musicale. Pour notre plus grand plaisir, elle est sortie de l’ombre en ce début d’année.

C’est en 2011 que Rey Villalobos a fait la connaissance de Daniel Jåhn, musicien basé à Hambourg officiant en compagnie de Tobias Rutkowski au sein de Unhappybirthday, groupe de synth pop allemand nous ramenant au bon souvenir des plus belles sonorités hivernales du label 4AD (le dernier album de Unhappybirthday, Schaum, a bénéficié d’une sortie physique sur l’excellent label Tapete Records l’année dernière). Initialement tourneurs pour les concerts européens de House of Wolves, Daniel et Tobias ont finalement accompagné Rey sur scène lors de concerts en Allemagne et au Pays-Bas en 2013 puis 2015. Cette collaboration, atypique sur le papier, a naturellement débouché sur l’envie de composer conjointement non pas dans le cadre de leurs formations respectives mais au sein d’un projet spécifique.

Dear Japan © DR

Dear Japan, appellation évoquant l’intérêt de Rey Villalobos pour l’art et la culture japonaise et l’amour porté par Daniel Jåhn à Toni Takitani, film de Jun Ichikawa qui n’est autre qu’une adaptation d’une nouvelle de Haruki Murakami, a ainsi vu le jour. L’influence de ce film, et plus particulièrement de sa musique composée par l’immense Ryūichi Sakamoto, est d’ailleurs en tout point prégnante dans le processus créatif des trois camarades. Les cinq titres, de Hollow Hearted Hands, EP dévoilé le 8 janvier dernier et sorti chez Atelier Moist, en témoignent grandement. Si au sein de cette nouvelle invitation au voyage l’ordre et la beauté règnent en maître, le calme n’est cependant qu’apparent et la volupté somme toute relative. En effet, la froideur synthétique de la musique alliée à l’incomparable chaleur de la voix de Rey Villalobos génère dès la première écoute la sensation d’une expérience hors du temps, qu’il soit ici question de temporalité ou de climat.

Dès l’introductif Hollow Hearted Hands nous remémorant des sonorités entendues récemment chez Death And Vanilla, le ton est donné : la vision fantasmagorique de la neige hambourgeoise fondant délicatement sous le soleil californien s’offre à nous. Tout au long de cet EP, de subtiles variations viennent alors tantôt réchauffer, tantôt refroidir cette ambiance si intime et si particulière. Alors que Echoes souffle le chaud avec ses nappes de synthé et son discret saxophone subtilement eighties nous rappelant certaines productions d’Arbutus Records, Tops ou encore Sean Nicholas Savage en tête, Kishuro avec ses airs de morceau inédit de House of Wolves période Daughter of The Sea et surtout le crépusculaire Falling Faster viennent replacer l’automne et l’hiver au centre du débat. Parfaite symbiose de ce mélange des saisons, le vertigineux Well Your Veins nous fait prendre la hauteur nécessaire afin d’admirer avec quiétude l’ensemble de cette œuvre que l’on souhaiterait entendre se prolonger bien au delà des cinq magistrales pièces qui nous sont ici offertes. Dear Japan prévoit une tournée européenne en septembre prochain. Espérons vivement que cette alliance musicale américano-germanique vienne souffler le chaud et le froid dans nos contrées.

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