Cut Worms : « Je ne crée pas de la musique rétro » – Interview

Cut Worms, le projet de Max Clarke sort son premier album Hollow Ground chez Jagjaguwar. Si Cut Worms s’est fait remarqué par de rares sorties lorgnant du côté rétro lo-fi, Hollow Ground apporte une nouvelle dimension au groupe. Si les influences restent sensiblement les mêmes, une production plus léchée dévoile des richesses insoupçonnées jusqu’à aujourd’hui. Au cours de cet entretien accordé à Fanfare il se révèle une personnalité complexe, n’ayant que la qualité de son art en tête. Max Clarke nous explique pourquoi il a mis au placard des morceaux enregistrés avec Jonathan Rado de Foxygen, mais aussi pourquoi il a mis des années avant de trouver les musiciens qui jouent aujourd’hui dans Cut Worms.

As-tu eu d’autres groupes avant Cut Worms ?

J’ai toujours évolué seul. J’avais pour idée de créer un groupe, mais je ne trouvais jamais les bonnes personnes. Tu n’as pas idée du nombre de musiciens qui ont joué avec moi sur scène. Je pense être aujourd’hui entouré de gens qui me comprennent et avec qui Cut Worms prend toute sa dimension en concert. Je regrette qu’ils n’aient pu se joindre à moi pour ma première tournée européenne. Je n’ai pas encore de budget suffisant.

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Mettre des années pour trouver les bons musiciens pourrait te faire passer pour quelqu’un d’exigeant.

Je le suis. Même en habitant à Chicago j’avais du mal à trouver chaussure à mon pied. C’est en déménageant à New York que tout a changé. Mais cela ne vient pas que de moi. La majorité des musiciens jouent dans plusieurs groupes. Intégrer de façon permanente un projet aussi personnel que Cut Worms ne sera jamais leur priorité. Ils se sentent comme des musiciens de studio.

Tu as déménagé à New York il y a deux ans. Etait-ce dans le but de donner une meilleure visibilité à Cut Worms ?

Oui, ma petite amie et moi avons déménagé à Brooklyn avec cet espoir en tête. C’était son idée. Je ne l’aurais jamais fait sans elle. Nous avions l’impression d’avoir fait le tour de Chicago après six années passées là-bas. Vivre à New-York était un rêve que je portais en moi depuis longtemps. Je n’avais jamais eu le courage de me confronter à cette ville. Elle m’intimidait avec ses habitants réputés froids et durs à cuire. Ce qui est éloigné de la réalité.

Jusqu’à aujourd’hui le groupe s’est fait plutôt discret avec un single sorti en 2016 et un EP en 2017. Pourrais-tu nous expliquer pourquoi ?

Je n’ai pas arrêté de composer pendant cette période. J’ai commencé à chercher un label début 2016. A partir de ce moment il n’était plus pertinent de poster mon travail systématiquement en ligne comme précédemment. Mon objectif était de garder les meilleures chansons pour sortir un album. Cette discrétion pendant deux ans ne veut pas dire que je n’étais pas inspiré. Je pars du principe qu’il faut prendre le temps nécessaire pour produire de la qualité.

Ton EP précédent, Max’s Alien Sunset était une collection de démos enregistrées sur une longue période. Voulais-tu montrer une version de toi au plus brut avant de sortir ton premier album ?

Ces démos avaient déjà circulé hors du circuit officiel. Je ne recevais que des louanges les concernant. Certaines personnes s’y identifiaient. D’où ma volonté de ne pas les laisser dans l’ombre. Le EP est sorti en édition limitée. C’était pour me faire connaître. J’espère pouvoir le rééditer dans un futur proche.

On retrouve certains titres en commun avec Hollow Ground. Don’t Wanna Say Goodbye ouvre à la fois le EP et l’album. Pourrais-tu nous dire pourquoi ?

Ces maquettes étaient bonnes, mais j’avais plus d’ambition les concernant. Être jouées par un groupe en était une. Elles méritaient également une qualité de son supérieure. Ça n’a pas été facile. Je m’identifiais trop à ce que j’avais réalisé avec les maquettes. Je voulais rester fidèle au son de Cut Worms tout en essayant de le rendre plus propre.

Par le passé, tu n’as jamais été réellement satisfait de tes expériences dans un studio d’enregistrement. Etais-tu stressé avant d’entrer en studio pour Hollow Ground ?

Oui. Ça c’est mieux passé que d’habitude même si ce n’est pas encore ça. J’ai tendance à trop analyser les choses. Je travaille mieux seul. J’ai du mal à être à l’aise quand je suis entouré. Même quand l’équipe du studio se montre encourageante. Quand on me conseille de faire quelque chose, mon réflexe est de faire l’inverse. C’est stupide et improductif, mais je n’arrive pas à me comporter autrement.

Cela signifie t-il que tu préfères te produire sur scène ?

Oui, car j’arrive à rentrer en transe en concert. Mais surtout, personne n’est là pour me donner des conseils.

Est-ce toi qui es à l’origine de la collaboration avec Jonathan Rado de Foxygen ? Tu as enregistré une partie de l’album chez lui.

Nous partageons le même label, Jagjaguwar. Ce sont eux qui nous ont présentés. J’étais fan de son travail. J’ai demandé si l’on pouvait tenter quelque chose ensemble. Ça s’est concrétisé par deux semaines ensemble à Los Angeles, dans son studio. On retrouve quelques titres de ces sessions sur l’album. J’en ai écarté plusieurs autres qui ne me satisfaisaient pas. Elles ont été enregistrées à nouveau, comme je l’entendais. C’est une perte de temps et d’argent, mais je veux que mes chansons soient parfaites.

Etait-ce important pour toi d’enregistrer presque tous les instruments de l’album ?

Oui. A part pour quelques instruments sur lesquels je suis moins à l’aise. Pour la batterie je dois trouver quelqu’un de confiance. Je ne suis pas très bon pour articuler mes idées à d’autres musiciens. C’est pour cette raison que si je maîtrise un instrument, je préfère en jouer moi même.

Avec cet album, les gens vont peut-être arrêter d’utiliser les termes “vieux” et “vintage” pour décrire le son de Cut Worms. Est-ce quelque chose qui t’a surpris ou énervé par le passé ?

C’était parfois frustrant d’entendre les gens décrire mes chansons de la sorte. Je n’ai jamais essayé de sonner rétro. C’est juste le reflet de la musique que j’écoute à la maison. Mais aussi lié au fait que je n’étais pas au point pour utiliser mon matériel d’enregistrement. Si le résultat sonnait lo-fi, ce n’était pas par choix. Quelque part, ça collait bien à l’esthétique des chansons.

Plutôt que de parler d’influences musicales, as-tu des influences en termes d’écriture. Tes chansons semblent imprégnées de tes lectures. Quels sont tes storytellers préférés ?

(Visiblement touché) Je suis très branché science fiction. Philip K. Dick, H. P. Lovecraft. Leurs nouvelles me passionnent. J’ai aussi des périodes pendant lesquelles je me plonge dans la poésie, même si j’en trouve certaines plutôt opaques. J’écris mes chansons comme des nouvelles. Avec des personnages et une histoire.

Tu es graphiste de profession. Tu réalises toi même ton artwork. Pourrais-tu nous dire ce que cache l’intrigante pochette de Hollow Ground ?

Il m’a fallu un temps fou pour donner un nom à l’album. C’est une collection de chansons, pas un concept album. J’ai fini par trouver Hollow Ground. Un peu par défaut. Je trouvais qu’une pochette inspirée par la science fiction collerait bien au titre. Elle a un côté old school, un peu quatrième dimension. J’adore les animations au ralenti, les modèles en pâte à modeler. J’ai pensé qu’il serait cool de créer quelque chose dans cet esprit. J’ai créé moi même la maquette que j’ai peinte. C’était une première, un projet très intéressant. Mais hyper stressant. On ne se refait pas….

Crédit Photos : Michel Cuccagna

Merci à Agnieszka Gerard

https://cutworms.bandcamp.com/

Discographie :

Don’t Want To Say Good-Bye (7″, Single) 2016

Alien Sunset (EP) 2017

Hollow Ground (album) 2018