Binic Folks Blues Festival : la pertinence d’une programmation audacieuse

C’est une histoire singulière  que celle du Binic Folks Blues Festival, et c’est d’abord celle d’un homme : Ludovic Lorre, fondateur et organisateur de l’évènement costarmoricain. Les 26, 27 et 28 juillet prochains, le centre ville de la petite cité balnéaire sera envahi par une horde de groupes qui comptent parmi ce qui se fait de meilleur sur le circuit international du rock indépendant, sans avoir forcément la reconnaissance méritée associée à leurs forfaits. On s’en rend compte dès les premiers échanges, Ludovic Lorre est un partageur et ne conçoit pas de garder pour lui les secrets les mieux gardés du rock, souhaitant en faire profiter le plus grand nombre. C’est la raison pour laquelle il n’a jamais transigé sur la gratuité de l’événement, ce qui à l’heure ou les situations de déficit des rendez-vous musicaux se multiplient en dépit d’une accessibilité tarifée à haut coût, fait figure d’exception, pas plus d’ailleurs qu’il ne fait de concessions sur la qualité de la programmation. Il s’est associé à Seb Blanchais, grand manitou de Beast Records, label incontournable de la scène garage blues, ainsi qu’à un tourneur professionnel, qui ramènent en Bretagne des noms qui feraient pâlir d’envie les plus grosses machines festivalières de l’hexagone.

 

 

Car le point du rupture avec les autres raouts en plein air est précisément là : ici, pas de place aux conventions et aux formations sans saveur, trop souvent programmées chez les voisins, qui ont pour seul mérite de remplir le bar parce qu’il ne se passe rien sur scène. Tout le contraire du Binic Folk Festival ou les trois scènes proposent à un rythme effréné des prestations enflammées qui s’enchaînent sans temps mort, sinon celui que le festivalier, éreinté, prendra lui même sur la plage de la Banche, qui longe la grande scène, où il ira s’allonger au soleil pour récupérer des émotions emmagasinées, tout en surveillant l’heure de façon frénétique pour ne pas louper l’essentiel d’une programmation débridée et audacieuse.

 

 

Quand Ludovic Lorre vous reçoit au Chaland qui Passe, bistrot dont il a fait l’acquisition en 2002 après quelques années passées dans la presse musicale, et où il ne cesse tout au long de l’année de programmer des concerts, « pour rendre service » selon ses dires, vous comprenez immédiatement que celui qui passe le pas de la porte sera amené à y revenir souvent, porté par une bienveillance amicale qui est ici le critère d’adoption. Quand il arrive à Binic, la mairie lui confie le soin de monter un événement musical digne de ce nom. Il n’en faudra pas plus à cet activiste assoiffé de rock indépendant pour imposer ses choix. La sauce prend rapidement et le Binic Folks Blues Festival aura même l’outrecuidance de programmer The Oh Sees, The Monsters, Ty Segall, The Sonics, Kid Congo, à un moment ou ces groupes étaient encore abordables, proposés à un public pointu mais pas seulement, le touriste de passage découvrant ébahi des groupes qui font le meilleur de la scène internationale sans même avoir payé de ticket d’entrée. Le pari est fou mais l’homme ne fait jamais rien comme tout le monde. L’assistance découvrira ainsi, médusée et au fil des années, des prestations furieuses des chantres du rock garage qui mettent à sac les trois scènes installées en plein centre du bourg. Ludovic Lorre a l’indépendance chevillée au corps et tout en s’appuyant sur une association bénévole efficace qui compte aujourd’hui près de 500 adhérents, dit se foutre de ce qu’on dit de lui, dégagé de tout ego, seule comptant pour lui la fidélité à un principe qui constitue son credo : servir cette musique et refuser tout compromis. Quand on vient lui proposer d’établir un partenariat avec un grand média régional, il refuse. Vendre son âme n’est pas dans les habitudes de la maison.

 

 

C’est aussi l’amitié qui conduit ses choix car les groupes qui jouent à Binic éprouvent toujours le besoin d’y revenir et tous les prétextes sont bons, connaissant l’accueil chaleureux qui leur sera réservé. Le festival finit ainsi par constituer le point de passage obligé d’une certaine scène, celle qui défend des valeurs d’authenticité et de pertinence, ce qui, tout en en étant parfaitement conscient, n’amène nullement l’organisateur à se vanter de la chose. Il reste au contraire parfaitement conscient du fait que tout est remis en cause à chaque édition, et que seule l’adhésion massive du public constitue le moteur de l’événement. Chose capitale, le festival est parvenu à ne pas s’enfermer dans une chapelle, le rock garage US et australien y étant bien représenté, non moins que le meilleur de blues ou du folk, sans oublier une légion de groupes français, parmi les meilleurs du circuit qui viennent ici étrenner leurs compositions, souvent d’ailleurs, après avoir eux mêmes assisté à des concerts en tant que festivaliers sur les éditions précédentes. Pour Ludovic Lorre, point d’ambiguïté la dessus, ce n’est pas l’étiquette qui compte, c’est la crédibilité et le talent, rien d’autre.

 

On viendra donc une nouvelle fois à Binic les 26, 27 et 28 juillet prochains, découvrir une affiche qui promets d’être radieuse (Schizophonics, Red, Mod Con, Grindhouse, Shifting Hands, Beechwood, Mister Airplane Man, etc…), et l’on sait déjà en quittant Ludo, avec son petit sourire en coin et sa franche poignée de main, qu’on est pas prêt de se défaire de ce rendez vous annuel.

www.binic-folks-blues-festival.com

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