Barbara Carlotti – Magnétique

(Elektra)

Barbara, ou l’aventure intérieure.

Barbara Carlotti, qui nous enchante depuis maintenant près de 15 ans avec des albums où un sens mélodique inné le dispute à un vrai talent d’écriture (L’idéal, L’amour, l’argent, le vent), revient avec Magnétique, un album somptueux, profond, conceptuel dans sa réalisation. Barbara est partie explorer le monde des rêves. Le sommeil, vu non pas comme une interruption mais comme un éveil, un terrain de jeu inconnu et sans limites. Que se passe-t-il  une fois les yeux clos ? Avec une grande rigueur scientifique, analysant le résultat de ces voyages oniriques, expérimentant sur elle-même, tel Thomas de Quincey, elle allait tirer de cette expérience (interdite ?) la matière qui allait constituer ce nouvel album.

Pour sa réalisation, Barbara Carlotti s’entoura d’une véritable dream team, rassemblant quelques-uns des musiciens les plus talentueux de la pop française : Bertrand Burgalat (avec qui Barbara réalisa son premier mini-album en 2004, et qui partage avec elle le micro sur Tout ce que tu touches), plusieurs membres d’AS Dragon, Benjamin Esdraffo (Dorian Pimpernel), Olivier Marguerit (Syd Matters), Thomas de Porquery… Tous portés et transcendés par l’intérêt du projet, ils donnèrent le meilleur pour des chansons à l’équilibre parfait entre accessibilité pop et recherche sonore, dans lesquelles les influences s’entremêlent : de grands morceaux pop (Voir les étoiles tomber et ses cuivres entre Penny Lane des Beatles et This Will Be Our Year des Zombies, Radio Mentale Sentimentale, où la voix de Barbara transperce tout, la perle acoustique Bonheurs Hybrides, le très west coast Phénomène Composite), côtoient des morceaux plus expérimentaux, comme le sublime Plaisir ou Agonie ?, dans lequel les voix s’élèvent et se fondent dans un maelstrom électrique, pour un final au croisement de The Cure et des Cocteau Twins, à la ligne de basse fabuleuse. Et que dire du grand final, le morceau-titre, extraordinaire, dans lequel l’utilisation très réussie des boucles ramène aux grandes heures du krautrock, traversé de stries de saxophone signées Thomas de Porquery, qui se frayent un chemin sur la voix en talk-over de Barbara.

Ouvrant le champ des possibles, Barbara Carlotti parle de connexions, de réseaux… grâce à cette abolition des frontières entre éveil et sommeil, entre jour et nuit, entre rêve et réalité, le disque baigne dans un état de conscience modifié. Barbara « voit des choses que les autres ne voient pas », elle « sait des choses que les autres ne savent pas ». Les liens invisibles. Les correspondances baudelairiennes. Ce qui lui correspond tout à fait, elle qui est habitée par un sens esthétisme très élevé, attachée à la « beauté du geste », nourrie de dandysme et de lectures sublimes (Barbey d’Aurevilly, Jean-Jacques Schuhl, Yves Adrien…) et qui a toujours, dans l’ensemble de son oeuvre, voulu dresser des ponts entre littérature, musique, théâtre…

Barbara Carlotti signe un disque cérébral mais accessible, littéraire mais pas verbeux, d’une grande sensualité et rempli d’émotion(s). Un disque de rêve(s), en somme. Et probablement le disque de l’année 2018. Comme elle le dit à la fin de l’album, « nos nuits de dérive ont trouvé un miroir ». Et si cela reste abscons, « viens dans ma chambre que je t’explique… ».

Discographie :
Chansons (2005)
Les Lys brisés (2006)
L’Idéal (2008)
L’Amour, l’Argent, le Vent (2012)
Magnétique (2018)

https://www.facebook.com/barbaracarlottiofficiel/

 

La source Emission "Spirit in the Night" - Invitée : Barbara Carlotti - 25 février 2018 Vidéo de "Voir les étoiles tomber"